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Le logement intergénérationnel: Un kot chez papy ou mamy
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Le logement intergénérationnel: Un kot chez papy ou mamy


Posté: 5/04/2010
Catégorie: Dossier


Réunir des étudiants et des séniors sous un même toit: c’est le défi que s’est lancé l’ASBL ‘1 toit, 2 âges’. Ce concept, déjà bien ancré dans plusieurs pays étrangers, effectue ses premiers pas chez nous avec succès.


Principe

D’un côté, il y a une personne âgée dont les enfants ont quitté le domicile, qui se retrouve seule dans une grande maison et qui se bat chaque jour avec la solitude. De l’autre, il y a un étudiant en quête d’un logement pas trop cher et peu bruyant histoire de se concentrer sur ses études. C’est de ce constat qu’est née l’idée du logement intergénérationnel. «Ce concept est déjà très courant dans des pays comme l’Espagne, l’Angleterre ou la France. En Belgique, très peu de personnes en avaient déjà entendu parler. L’idée répond visiblement à une attente puisque depuis le lancement de l’ASBL durant l’été 2009, les demandes affluent», explique Claire de Kerautem, initiatrice du projet. Si, pour les parents des jeunes ou les jeunes eux-mêmes, l’aspect financier joue un rôle important dans le choix de ce type de logement, il ne représente pas la seule motivation. «La plupart des étudiants recherchent aussi une expérience humaine et enrichissante. C’est d’ailleurs presque essentiel de le souhaiter. Sinon, la cohabitation avec la personne âgée risque de mal se passer. Ce concept rassure également les parents, plus particulièrement lorsqu’il s’agit de la première année d’étude pour leur enfant», poursuit Claire de Kerautem. Quant aux seniors, sentir une présence chez eux les rassure. Pour certains, la compensation financière n’est pas négligeable non plus. Le concept s’applique actuellement aux communes d’Ixelles, d’Etterbeek et d’Auderghem mais la responsable de l’ASBL ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. «Nous aimerions nous ouvrir aux autres communes bruxelloises dans un premier temps puis tenter de toucher le reste de la Belgique», précise-t-elle.

1 toit, 3 formules

Pour bénéficier de ce type de logement, le jeune doit être âgé entre 18 et 28 ans. Côté senior, 50 ans est l’âge minimum requis pour offrir une chambre (séparée et meublée) à un étudiant. L’ASBL ‘1 toit, 2 âges’ propose trois types de formules. La première offre un logement entièrement gratuit en échange d’une présence régulière de l’étudiant, à savoir au moins quatre soirs par semaine et deux week-ends par mois. La seconde, moins contraignante, propose un logement à un prix très démocratique (entre 50 et 80 euros par mois) en échange d’une présence régulière de l’étudiant et d’un partage des tâches. Les termes du contrat sont réglés par le senior et l’étudiant eux-mêmes. Le but étant de respecter les envies et les disponibilités de chacun. Dans certains cas, le senior demandera à l’étudiant de se rendre au supermarché pour faire les courses et de lui préparer son repas du soir. Dans d’autres, il s’agira de l’emmener chez le médecin ou de lui apprendre les nouvelles technologies. Enfin, la troisième formule n’implique aucun engagement de la part de l’étudiant vis-à-vis du senior (si ce n’est la courtoisie et le respect afin que la cohabitation se déroule parfaitement). En contrepartie, la personne âgée demandera à l’étudiant de payer un loyer qui ne peut excéder 300 euros, charges comprises. «C’est la première formule qui a le moins de succès car elle demande pas mal de concessions de la part de l’étudiant. En général, le jeune préfère garder un maximum de liberté», précise Claire de Kerautem.

Un casting sérieux  

«Pour que la cohabitation se déroule bien, il faut absolument trouver des paires qui fonctionnent en parfaite harmonie». Dans ce but, l’ASBL se charge de sélectionner minutieusement les candidats en fonction de la région géographique et de la formule demandées. Première étape: un rendez-vous est fixé avec le senior afin de faire plus ample connaissance avec celui-ci, mais aussi de constater dans quelles conditions et dans quelle chambre le jeune pourra être accueilli. Vient ensuite la rencontre avec l’étudiant pour en savoir davantage sur ses attentes. «Quand il nous semble que deux personnes pourraient s’entendre, on leur propose de se rencontrer. A l’issue de cet entretien en face-à-face, les deux parties nous recontactent. S’il y a un ‘oui’ des deux côtés, on établit alors un contrat» constate Claire de Kerautem. Dans certains cas, il arrive que la sauce ne prenne pas. D’autres rencontres sont alors organisées jusqu’à ce qu’un binôme se forme. En dépit de toutes les précautions prises, des tensions peuvent malgré tout parfois apparaître. Dans ce cas, l’ASBL intervient afin de comprendre le problème. «La plupart du temps, c’est l’étudiant qu’il faut recadrer. Si malgré l’avertissement, la cohabitation reste difficile, le contrat est alors interrompu entre ces deux personnes et l’on en recherche d’autres. Heureusement, cette situation reste vraiment exceptionnelle», estime la présidente de l’ASBL.

Témoignages
Depuis septembre 2009, Marine, 18 ans et étudiante en première année de logopédie à l’ULB, loue une chambre dans la maison de Mme Bleyenheuft, âgée de 88 ans.
GUIDO: Pour quelle(s) raison(s) avez-vous eu envie de tenter cette expérience hors du commun?
Mme Bleyenheuft
: J’habite dans une grande maison et je m’y sentais un peu seule malgré les visites fréquentes de mes enfants, petits-enfants et arrières petits-enfants. J’avais à nouveau envie de sentir une présence chez moi. J’ai sauté sur l’occasion quand j’ai appris que cette ASBL existait.
Marine: C’est ma mère qui m’a parlé de ce concept et j’ai trouvé que c’était une bonne idée. C’est rassurant pour mes parents de me savoir ici et de mon côté, ça me permet d’étudier au calme tout en sentant une présence dans la maison. Comme je quittais mes parents pour la première fois, cette formule me semblait être un bon compromis. Financièrement aussi, c’est plutôt intéressant. Un petit studio aurait coûté plus du double à mes parents. Et puis, je préfère ce type de logement à un kot étudiant car je sais que j’aurais été régulièrement tentée de sortir. C’est ma première année d’unif et j’ai envie de la réussir.
GUIDO: Quelle formule avez-vous choisie?
Marine: Celle qui permet à l’étudiant d’être indépendant et libre de ses mouvements. Bien entendu, le but est d’entretenir une relation cordiale avec la personne avec laquelle on habite. J’aide donc de temps en temps avec plaisir Mme Bleyenheuft quand elle me le demande. Je lui ouvre parfois un pot de confiture parce qu’elle a du mal à le faire ou je porte les cartons de boissons lorsqu’elle revient du supermarché. En automne, j’ai balayé les feuilles mortes dans la cour et en hiver, j’ai déblayé la neige devant la maison. Je l’aide très volontiers même si mon contrat ne me demande pas de le faire. Je trouve que cela permet d’entretenir de bonnes relations.
Mme Bleyenheuft: J’ai également opté pour cette formule car je voulais absolument conserver mon indépendance. Nous partageons la cuisine et le WC, mais Marine dispose de sa chambre et même de sa propre douche. Le week-end, elle rentre la plupart du temps chez ses parents, ce qui me permet de me retrouver entièrement seule parfois. Cet équilibre me convient très bien.
«Je suis rassurée par la présence de Marine»
GUIDO: Comment s’est passée votre première rencontre?  
Mme Bleyenheuft
: Marine est venue chez moi accompagnée de ses parents et le contact est tout de suite très bien passé. Avant elle, j’avais rencontré deux autres jeunes filles. J’aimais beaucoup la première, mais elle souhaitait avoir la télé dans la chambre et ce n’était malheureusement pas possible de l’installer. Avec la seconde, le contact n’est pas très bien passé, donc j’ai refusé. Marine est la troisième jeune fille que j’ai rencontrée et elle m’a d’emblée semblée très correcte.
Marine: J’ai tout de suite trouvé Mme Bleyenheuft très accueillante donc je n’ai pas hésité. Avant elle, j’avais rencontré une autre dame mais le courant est un peu moins bien passé et puis les sols de sa maison étaient tous recouverts de moquette. J’y suis allergique, j’ai ainsi su dès le premier coup d’œil que je ne pourrais pas habiter là!
GUIDO: Comment se déroule votre quotidien?
Mme Bleyenheuft
: Parfaitement bien. J’ai eu beaucoup de chance de tomber sur une jeune fille comme Marine. Elle est discrète, calme, propre et ordonnée. Des qualités qui sont très importantes pour moi. Elle ne laisse jamais rien traîner après être passée dans une pièce. Elle me donne aussi ses horaires afin que je sache si elle est à la maison ou pas. Et le soir, elle vient même me souhaiter une bonne nuit.
Marine: Nous gardons chacune notre indépendance, mais cela ne nous empêche pas de discuter ensemble de temps en temps. On échange souvent quelques mots lorsqu’on se croise dans la maison. Elle me demande comment se passent mes cours. Quand je suis en examen, elle s’y intéresse également. Si j’habitais seule dans un studio, je ne bénéficierais pas de cette présence et c’est ce qui plaît dans ce type de logement. Dernièrement, elle est partie en vacances pendant une semaine et je me suis vraiment sentie très seule. Par contre, je n’ai encore jamais invité personne ici car je ne dispose pas de ma propre entrée et je ne voudrais pas embêter Mme Bleyenheuft. Je lui demanderai peut-être un jour pour recevoir l’une ou l’autre personne mais pour l’instant, je trouve que c’est encore trop tôt. Je préfère qu’elle me fasse d’abord entièrement confiance.
«J’aime donner de temps en temps un coup de main à Mme Bleyenheuft»
GUIDO: Partagez-vous certaines activités comme le repas par exemple?
Mme Bleyenheuft
: Non, on ne mange jamais ensemble. On cuisine chacune de notre côté. Et c’est volontaire dans le but de ne pas dépendre l’une de l’autre. On ne partage pas non plus d’autres activités. Nos contacts se limitent à quelques petites minutes de discussion lorsqu’on se croise. Il arrive que Marine me demande pour regarder la télé et je la laisse volontiers aller dans le salon car j’ai une seconde télévision dans une autre pièce.
Marine: Nous ne faisons aucune activité à deux, mais si Mme Bleyenheuft le souhaitait ou me le proposait, cela ne me dérangerait pas. En fait, je n’ose pas lui proposer d’activité car j’ai peur qu’elle se sente obligée d’accepter sans en avoir réellement envie. Peut-être que cela viendra lorsqu’on se connaîtra un peu mieux.
GUIDO: Vous êtes-vous appris mutuellement certaines choses spécifiques à vos générations respectives?
Marine
: Je suis originaire de Soissons en France et Mme Bleyenheuft m’a un jour raconté toute l’histoire du vase de Soissons. Bien entendu, je la connaissais déjà un peu, mais pas avec autant de détails. Elle m’a impressionnée. Comme je suis française, elle m’apprend aussi beaucoup de choses sur la Belgique ou sur Bruxelles. J’ai même appris quelques belgicismes que je ne connaissais pas encore. De mon côté, j’ai un jour essayé d’expliquer à Mme Bleyenheuft le fonctionnement de son GSM mais il est tellement compliqué que je n’ai moi-même pas bien compris. Oups!
GUIDO: Que pensent les personnes de votre entourage de ce genre de cohabitation?
Mme Bleyenheuft
: Quand j’en ai parlé à mes enfants, ils ont trouvé cette idée excellente. Ils sont rassurés qu’il y ait quelqu’un chez moi. Et dans mon entourage, la plupart des personnes à qui j’en ai parlé trouve cette initiative très chouette.
Marine: Quand mes amis de l’unif me demandent où je kote et que je leur explique le principe du logement intergénérationnel, ils sont surpris car ils n’ont généralement jamais entendu parler de ce genre de formule. La plupart des gens trouve le concept vraiment original. Bien sûr, certains étudiants préfèrent koter avec d’autres jeunes et ne supporteraient pas ce genre de logement. Vouloir habiter avec une personne âgée est une décision qui ne se prend pas à la légère. Il faut être réellement intéressé, sinon ça risque de ne pas fonctionner.
 
Plus d’infos

ASBL 1 Toit 2 Ages
Claire de Kerautem
0475/93.28.28
1toit2ages@telenet.be
www.1toit2ages.be
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 


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