INTERVIEW: ROVER poursuit sa route

08/12/2015 // Categorie: Musique




Trois ans après un formidable premier album éponyme, c’est en toute grande forme que Timothée Régnier – Rover à lui tout seul – fait son grand retour discographique. Bavard, chaleureux et plein d’humour, notre gaillard est visiblement heureux de nous revoir et d’apprendre que nous avons adoré son nouveau bébé. Rencontre!


Rover: J’étais très relax pendant l’écriture. Mais maintenant, c’est un peu la folie. Pour la sortie d’un premier disque, la promo est étalée sur une période assez longue. Tandis que maintenant… Il faut que la sortie soit belle pour le label. Le premier album a été Disque d’Or en France et il y a donc une certaine pression.

 

GUIDO: Il y a eu trois éditions du premier album. C’est un peu fou, non?

Rover: J’avais enregistré 21 titres. Et forcément, on n’a pas tout gardé pour l’album. Vu qu’il a bien marché, on a fait une édition Deluxe. Ensuite, il y a eu une seconde édition spéciale qui reprenait en bonus un concert enregistré avec un trio à cordes lors du Printemps de Bourges. C’était le fruit d’une collaboration avec Gaspar Claus, un violoncelliste surdoué. Un gars assez extraordinaire. Sortir trois versions d’un même album en quelques mois, oui, c’est un peu un gag. La version Deluxe, je peux difficilement la cautionner. L’expérience avec Gaspar Claus était très intéressante. Cela m’a servi d’apprendre à disséquer la musique. Épurer pour ensuite rendre compte qu’elle peut tenir avec très peu de choses. J’ai donc essayé d’aller plus à l’épure sur Let It Glow.

 

GUIDO: Comment as-tu abordé l’écriture de ce second album?

Rover: Après la sortie du premier album, on a fait trois ans de tournée – presque 300 dates – et on a terminé sur les genoux. Je n’ai pas pris de vacances. Il y a eu deux semaines difficiles, pendant lesquelles j’ai eu peur de me mettre en concurrence avec le premier disque. Et ensuite, je suis reparti à zéro. La démarche a donc été sensiblement identique que pour le premier album, mais avec un capital confiance important. Le premier album était une fulgurance. Il avait été composé et enregistré en très peu de temps. Et puis, dans un premier disque, on est quand même malgré tout en train de se présenter, de dire «je chante bien, j’ai des chansons, je veux exister». C’est inconscient, mais c’est ainsi… Pour le second, on est plus dans l’affirmation. «J’ai encore des choses à dire.» Un premier disque, c’est un peu comme un premier rendez-vous amoureux.

Pour le second, tu es toujours un peu dans tes petits souliers, mais tu es tout de même un peu plus sûr de toi.

 

Entre Bruxelles et la Bretagne

 

GUIDO: Tu as écrit Let It Glow en Bretagne?

Rover: Je l’ai composé en six mois, à Bruxelles. J’ai un amour pour cette ville. Et puis, j’adore les Belges. Ils ont un sens de l’autodérision très particulier. Bref, j’adore Bruxelles. Et j’y ai des attaches. (rires)

 

GUIDO: Tu as pourtant enregistré cet album en Bretagne?

Rover: Ma résidence principale est en Bretagne. C’est là que j’ai enregistré les deux albums. J’ai enregistré Let It Glow près de Guingamp, dans le fin fond de la Bretagne, où une espèce de fou a ouvert un studio. Il y avait la console de Melody Nelson et de vieux instruments analogiques. Une grande partie du premier album avait été enregistrée dans une vieille maison avec très peu de moyens. Pour un second album, on bénéficie en général de plus de confort. Moi, je voulais que ce soit moins confortable. Que ce soit encore plus dur. Ce studio est à peine chauffé.  J’avais besoin de sentir la Bretagne, sentir les amplis qui chauffent. J’avais besoin que cela ne soit pas aisé de trouver le bon son, le bon truc. Et d’arriver à avoir un disque plus organique, moins intellectualisé.

 

GUIDO: Le morceau Let It Glow - qui donne son nom à l’album – est un OVNI dans le paysage musical actuel…

Rover: Absolument! Ce n’est pas formaté, évidemment. On n’est pas dans le couplet-refrain. Et puis, il y a ce solo de basse… Je suis heureux de voir qu’en 2015, il y a un label qui suive. Soit on adore, soit on déteste. Et ça me fascine. J’aime autant les gens qui détestent que ceux qui aiment. Ce que je ne supporte pas, c’est l’indifférence, la fadeur.

 

GUIDO: L’artwork de l’album est surprenant. Pourquoi cette pochette rouge? 

Rover: C’est une forme de provocation. Une saine provocation. Let It Glow. Laisser les choses briller. Pour la cover, on a pris une photo en noir et blanc. Ensuite, elle a été colorée. Je trouve que j’ai l’air d’un lapin qui est pris dans les phares d’une voiture. J’adore cela. La pochette du premier album avait un côté un peu prétentieux, et en même temps apeuré. Le rouge, c’est une couleur qui me fascine. Ma moto est rouge, ma voiture est rouge. Cette couleur est de l’ordre de l’érotisme, du danger, du sang. C’est la vie. Je voulais que l’artwork soit très brut, un peu warholien. Et pas de titre, pas de Rover. On est dans l’épure. Et cela fout le bordel pour la maison de disque qui est obligée de mettre des étiquettes. (rires)

 

Des compromis difficiles

 

GUIDO: Avant de revenir en France, tu jouais avec ton frère dans un groupe à Beyrouth, The New Government. C’était d’ailleurs lui le chanteur du groupe. Vous n’avez jamais eu envie de retravailler ensemble?

Rover: Je l’ai vu la semaine dernière. Et oui, on en parle. Cela nous titille. Il est très fier de moi, d’autant plus que je suis son petit frère. Je pense que cela se fera, même si on a du chemin à faire. Moi, je dois accepter de me mettre au service d’une chanson en commun. C’est quelque chose de très difficile. L’écriture en solo, c’est aliénant. C’est comme du bon vin, il faut finir la bouteille. Cela rend dingue de travailler seul. On est face à soi. Il y a à la fois un côté addictif et angoissant. La perspective de travailler avec mon frère, c’est évidemment excitant car on se comprend sans se parler. C’est un peu magique. Il est de retour en France et a composé pour Barbara Carlotti, une chanteuse française. En ce moment, il enregistre son album solo. Je suis heureux de le voir commencer en solo. De le voir découvrir les joies et les peines du travail en solitaire. Auparavant, on écrivait à deux. On rebondissait très vite. Mais, il y a des compromis à faire. Un compromis en musique, c’est dur, car cela prend de l’ampleur avec le temps.

 

GUIDO: La manière de consommer de la musique a beaucoup évolué. Tu peux concevoir qu’une partie de ton public ne découvrira peut-être qu’un ou deux titres de Let It Glow, et sur un iPod?

Rover: Non, c’est comme envoyer un enfant à l’école et dire aux autres: «tu restes dans ta chambre». Les titres se nourrissent entre eux. Je suis un amoureux du disque, les chansons vivent ensemble. Je suis peut-être le dernier des Mohicans, qui rêve que l’on achète des disques et qu’on les écoute dans leur intégralité. Mais c’est ainsi que je conçois mon travail. L’enchaînement et le placement des titres, c’est réfléchi. Moi, j’ai du mal avec la dématérialisation de la musique. La grosse majorité des productions actuelles – que ce soit des disques ou des films – sont faites à l’ordinateur. Je n’ai rien contre les informaticiens. Mais leur démarche est différente de la mienne. C’est un peu comme si tu compares un graphic designer avec quelqu’un qui peint à l’huile. Perso, je me nourris beaucoup plus d’albums d’il y a vingt ou trente ans que des productions actuelles.

 

GUIDO: Que peut-on te souhaiter pour les prochains mois?

Rover: J’adore le studio, j’adore faire des chansons, j’adore faire des disques. J’aime tout, composer, enregistrer, tourner. Même la promo. C’est dur de faire un disque. Ici, j’ai écrit et également réalisé l’album. Je me suis entouré d’un ingénieur du son et d’un batteur. J’ai pris la direction artistique. Les voix, ce sont des premières prises dans 90% des cas. Tout est très instinctif. Il y a plein d’imperfections, et j’en suis conscient. Mais, j’adore tout cela. Que puis-je souhaiter de plus? Continuer, tout simplement…

 

Rover: Let It Glow (Walgram/PIAS)

 

En concert au Botanique le 23/03/2016

 



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