KONOBA: Le monde des possibles

17/07/2017 // Categorie: Musique




Sorti sur le pointe des pieds, le premier album de Raphaël Esterhazy – Konoba à lui tout seul – a très vite fait l’unanimité et s’est imposé comme l’une des sensations de ce début d’année. Alors qu’une carrière internationale lui tend les bras, le petit prodige wavrien nous a reçus en pleine campagne autour d’un café serré.


Raphaël: J’ai commencé le piano alors que j’avais environ huit ans. Ado, j’ai ensuite appris la guitare et monté un petit groupe avec des potes. Nous nous sommes produits à la première édition de l’Inc’Rock, à Dour Kids… Après mes études secondaires au collège Notre-Dame de Basse-Wavre, je me suis lancé dans des études d’architecture à Saint-Luc. Cela se passait plutôt bien et j’ai réussi ma première année. Après un an, j’ai cependant décidé de traverser la Manche pour faire une année sabbatique à Londres en vue d’apprendre l’anglais et de suivre des cours de musique.

«Ce succès, j'ai du mal à me l'expliquer»

GUIDO: Ce choix est plutôt surprenant. Un ras-le-bol de tes études d’architecture?

Raphaël: Pas du tout. Au départ, cette année devait être une parenthèse dans mes études. Je n’avais que 19 ans et je m’étais dit que si je ne le faisais pas à ce moment-là, je n’aurais probablement plus cette possibilité par après. J’ai donc suivi une formation d’un an, principalement axée sur le chant et la performance scénique à la Tech Music School à Londres. Je comptais rentrer une fois qu’elle serait terminée et poursuivre mes études d’architecture.

GUIDO: Tu as ensuite obliqué vers des études de production musicale à Brighton.

Raphaël: Le cours de production musicale que j’ai suivi à Londres m’a véritablement passionné. Ce n’était pourtant qu’une option, mais j’ai réalisé que c’est ça que je voulais faire. Comme ce type d’études n’existe pas en Belgique, je me suis finalement inscrit à Brighton qui n’était pourtant que mon cinquième choix. J’y étais allé par curiosité en juillet et le temps était magnifique. Le coup de foudre a été immédiat. Brighton est une ville pleine de vitalité située en bord de mer avec une superbe plage de galets. Il y a des artistes à tous les coins de rue et des concerts tous les soirs. J’ai donc zappé les unifs à Londres, et je ne l’ai d’ailleurs jamais regretté.

GUIDO: C’est à Brighton que tu as monté ton projet Konoba?

Raphaël: J’ai monté Konoba comme projet de fin d’études et il a très vite pris beaucoup de place dans ma vie. Je me suis rendu compte que ce que j’aimais le plus, c’était de faire de la musique moi-même, composer, chanter. J’ai donc délaissé la production pour me consacrer à Konoba quasi à plein temps. Après mes études, j’ai multiplié les concerts et les petits boulots afin de pouvoir nouer les deux bouts. J’ai également produit plusieurs artistes des environs. Je serais bien resté à Brighton mais c’était compliqué financièrement. Le marché musical en Angleterre est très difficile pour de jeunes musiciens. Je sentais qu’il était préférable de rentrer en Belgique pour pouvoir continuer à développer mon projet.

GUIDO: Tu as sorti un premier album sans label et tu remplis aujourd’hui des salles telles que l’Ancienne Belgique ou le Cirque Royal. C’est un peu fou, non?

Raphaël: J’ai fait une campagne de crowdfunfing qui a pas mal fonctionné. Cela a permis de financer et d’autoproduire cet album sans devoir passer par un label. Sold-out à l’AB. Oui, c’est un peu dingue. J’ai construit ce projet bloc après bloc et je n’aurais jamais pensé qu’il monterait aussi vite. J’ai du mal à me l’expliquer.

GUIDO: Il y a eu le buzz du morceau On Your Knees sur YouTube, qui explique probablement en partie cet engouement.

Raphaël: J’ai posté le clip de cette chanson sur YouTube l’année dernière et elle a atteint plus d’un million de vues. Très honnêtement, j’ai été le premier surpris par le succès de ce titre. Ce n’était pas censé être un single. La structure de la chanson est assez particulière avec une intro assez longue, et il n’y a pas vraiment de refrain. Et finalement, cette chanson m’a ouvert énormément de portes. Ce n’était pas le premier titre que je postais sur YouTube, mais il s’est passé un truc.

«Pas besoin d'être un super musicien pour enregistrer un album»

GUIDO: Tu prouves aujourd’hui qu’il est tout-à-fait possible de faire son trou sans passer par un label.

Raphaël: Je suis indépendant, mais cela ne veut pas dire que je ne travaille pas avec une équipe de professionnels. J’ai créé un petit réseau, ce qui permet de rester complètement libre et indépendant. Pour faire de la musique aujourd’hui, tu n’as plus besoin de beaucoup de matos ou d’aller dans un studio professionnel. Au sous-sol ici, j’ai installé un petit studio qui sert également de local de répétition. Si tu disposes d’une pièce avec une bonne acoustique, d’un laptop, de baffles, d’instruments et de quelques bons micros, tu peux enregistrer un album. Tu n’as pas non plus besoin d’être un super musicien. Je maîtrise assez bien la guitare et le piano, mais je n’estime pas être un musicien de haut vol. Il est juste important de bosser, de bien s’entourer et d'être créatif. 

GUIDO: C’est un constat plutôt encourageant pour les jeunes artistes, non?

Raphaël: Il y a un truc qui est en train de se passer au niveau de la consommation de la musique. Les gens ne réagissent plus de la même manière. Les choses sont en train de changer et il n’y a plus vraiment de règles. On peut se permettre de tenter de bousculer les codes et s’en sortir, voire faire mieux. Si tu as du courage et du talent, tout est possible. Il y a moyen de faire le buzz en ligne, inventer de nouvelles manières de proposer de la musique. Si tu essaies de sortir des chemins balisés, les possibilités existent. Si tu ne fais que de la musique et que tu ne prends pas le temps de réfléchir à ce que tu proposes comme moyen de la diffuser et la faire connaître, tu es vite perdu dans la masse. Il faut soit proposer quelque chose de complètement novateur musicalement, soit tenter des choses différentes. On a accès aux réseaux sociaux, on peut créer des vidéos facilement et sans budget, des lives différents, des teasers. Il faut sortir de l’autoroute toute tracée, essayer des choses à gauche et à droite.

GUIDO: Ta musique est à la fois ancrée dans le passé et terriblement actuelle.

Raphaël: J’écoute des styles de musique très variés. Le premier groupe qui m’a donné envie de commencer à faire de la musique, ce sont les Beatles. Je reste bluffé par la qualité des mélodies et les harmonies vocales. Quand j’étais à Londres, j’ai écouté en boucle l’un des albums du groupe trip-hop anglais Zero 7. Cet album a été un véritable déclencheur pour moi. Il y a une inventivité bluffante au niveau de la production et on peut y entendre Sia qui avait déjà une voix de dingue. Le premier album de James Blake a également été une révélation. Si tu écoutes mon second EP, tu pourras très certainement y déceler son influence.

GUIDO: Konoba en concert, ça donne quoi?

Raphaël: Nous sommes quatre sur scène. Je me suis entouré de musiciens capables de maîtriser plusieurs instruments et je tiens absolument à ce que les gens ne s’ennuient pas. Il y a une partie rock avec des guitares électriques, des titres électro, des passages plus acoustiques. Je fais aussi deux reprises, dont une chanson de Arcade Fire, mais à la sauce Konoba. (rires)

Photos: © Lou Elboud



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