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05/06/2019

Interview de Luc & Jean-Pierre Dardenne ('Le Jeune Ahmed')

Vingt ans après leur première Palme d'Or pour l'inoubliable Rosetta, les frères liégeois Luc et Jean-Pierre Dardenne ont de nouveau foulé la Croisette cette année. Pour leur nouveau film Le Jeune Ahmed, ils ont planté leur caméra dans les traces d'un jeune garçon radicalisé de treize ans qui veut commettre un attentat sur son professeur.


«Nos films se déroulent dans la société d'aujourd'hui mais nous nous laissons rarement guider par l'actualité,» explique Luc. «La Promesse, en 1996, parlait déjà de migration. Ce sujet est d'actualité depuis maintenant plus de vingt ans.» Son frère Jean-Pierre ajoute: «Mais ce film est bien actuel. Il se déroule maintenant, en Belgique, après les attentats en Europe et la chute de l'État Islamique en Syrie et en Irak.»

GUIDO: Ce sujet s'est-il imposé à vous, vu que vous avez toujours été des cinéastes socialement engagés?
Luc Dardenne:
 Dans un certain sens, oui. Après les attentats, d'abord à Paris et ensuite chez nous, nous savions que nous voulions faire quelque chose autour de la thématique des jeunes radicalisés. Mais on a les deux pieds dans la réalité: les attentats ont eu lieu, on voulait donc raconter notre histoire avec le respect nécessaire pour les victimes. Imaginer quelque chose sur un musulman belge radicalisé de vingt ans sur le point de partir en Syrie, mais qui fait marche arrière après avoir rencontré une fille, on ne voulait pas de ça. Cela aurait été trop facile.
Jean-Pierre Dardenne: Nous avons aussi envisagé de partir du point de vue d'une femme radicalisée, mais nous nous sommes ensuite mis d'accord sur un garçon de treize ans.

Radicalisation

GUIDO: Ahmed se radicalise sous l'influence de son imam, et on apprend aussi qu'il idéalise un de ses cousins qui est mort pour l'État Islamique…
Luc Dardenne:
 Je tiens tout d'abord à préciser que nous n'avons pas réalisé un film sur le comment et le pourquoi de la radicalisation d'un jeune homme, mais sur la difficulté d'y échapper. Personne ne le force. Il va même plus loin que son imam radical. Jamais dans le film l'imam ne dit qu'Ahmed doit tuer son professeur, mais il établit le cadre moral et religieux dans lequel un tel acte est permis.

GUIDO: J'ai l'impression que vous n'avez jamais eu autant de difficultés à comprendre votre propre personnage principal.
Jean-Pierre Dardenne:
 C'est très juste.
Luc Dardenne: En même temps, c'est toute la force du film: le spectateur, tout comme les autres personnages du film, n'a aucune emprise sur Ahmed. De cette façon, on comprend pourquoi la radicalisation n'est pas à prendre à la légère. Il faut plus qu'une jolie fille pour s'en débarrasser. C'est autre chose! Je ne peux pas divulguer ce dont il a besoin pour se déradicaliser, ce qui gâcherait la fin du film, mais tu l'as vu: cela ne va pas de soi.

Jeunes acteurs

GUIDO: Les acteurs européens aux racines nord-africaines n'en ont-ils pas marre d'être castés pour jouer les extrémistes et les terroristes?
Luc Dardenne:
 Ça, il faudrait leur demander, à eux, mais nous n'avions pas d'autre choix. Il n'existe pas d'imams belges autochtones, on ne peut donc pas demander à quelqu'un avec des racines nord-africaines de jouer ce rôle? Ou un Turc ou un Arabe, on aurait pu aussi.
Jean-Pierre Dardenne: Nous voulions que le garçon de l'histoire vienne d'une famille musulmane. Un Belge autochtone converti n'était pas un personnage adapté, car on suppose souvent qu'un converti sera plus radical qu'un musulman de naissance. Donc oui, pour Ahmed aussi, nous avons cherché un acteur aux racines étrangères.

GUIDO: Ce n'est pas la première fois que vous obtenez une interprétation aussi forte de la part de jeunes acteurs inexpérimentés. C'est là votre spécialité?
Luc Dardenne:
 Nous trouvons cela fantastique de travailler avec des jeunes, parce qu'ils ne sont pas encore totalement construits. Nous pouvons encore les modeler en tant qu'acteurs. Le garçon qui joue le rôle d'Ahmed est déjà en pleine puberté, mais il se déplace encore comme un enfant et il a encore ici et là de la graisse de bébé. (rires)

GUIDO: Vous êtes toujours d'accord entre vous?
Luc Dardenne:
 Qu'est-ce que tu veux dire, si nous nous disputons parfois?

GUIDO: Non, je veux juste savoir s'il vous arrive d'avoir des discussions animées.
Luc Dardenne:
 Ah oui, naturellement! On discute beaucoup entre nous. Jean-Pierre Dardenne: L'approche de ce film, on en a beaucoup discuté. Cela nous a pris du temps.
Luc Dardenne: Mais une fois que les discussions sont derrière nous, nous sommes toujours sur la même ligne. Sur le plateau de tournage, il n'y a plus de palabres, on sait alors parfaitement ce que l'on veut. Tous les deux.

GUIDO: Que pensez-vous de la nouvelle génération de réalisateurs belges d'origine marocaine, comme Adil & Bilall ou Nabil Ben Yadir?
Jean-Pierre Dardenne:
 Ah, nous sommes occupés à produire le nouveau film de Nabil, on le trouve donc très bon.
Luc Dardenne: Et ces deux Flamands, ils sont forts!

Photo: (c) Christine Plenus


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