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07/01/2026

MAËL JONES: «Le troisième album sera notre vraie libération​»

Duo électro-pop francophone, Maël Jones avance en funambule entre liberté artistique, réalités du marché et bricolage très pro en home-studio. Alors que leur second album vient à peine de voir le jour, leur troisième album, déjà en ligne de mire, s’annonce comme le moment où toutes ces lignes vont enfin se rejoindre.​​


GUIDO: Trois ans, deux albums… On en est où avec Maël Jones aujourd’hui?
John
: Le premier album est sorti en avril 2022, le deuxième en octobre 2025 et dans nos têtes le troisième est déjà prévu pour 2028. Entre-temps, on a surtout gagné en liberté: nous sommes sortis du label du premier disque pour être totalement indépendants et on a l’impression d’avoir beaucoup évolué depuis ce deuxième album.​
Maëlle: Notre projet musical s’est beaucoup affirmé, autant dans l’écriture que dans la production et sur scène.​​

Libération

GUIDO: Musicalement, vous avez l’impression d’avoir enfin trouvé votre son?
John
: Le premier album, c’était un peu notre carte de visite: on avait signé, on nous disait plus ou moins quoi faire, comment sonner et on a joué le jeu. On ne regrette pas, parce que ça nous a structurés, mais avec le recul, on entend très bien où on était encore cadrés. Le deuxième album, c’est un disque de transition: on a gardé une partie de ce cadre, mais on a commencé à se faire confiance, à oser des choses qu’on n’aurait jamais proposées au début.​
Maëlle: Pour le troisième, on a envie d’aller au bout de ce mouvement-là. On ne veut plus se demander si tel morceau rentre bien dans une case, ou si tel son sera playlistable: on veut faire un album dont on soit fiers avant même de regarder les chiffres. C’est pour ça qu’on parle de libération: ce n’est pas un grand geste dramatique, c’est juste deux personnes qui se disent qu’elles ont assez appris et assez galéré pour enfin faire exactement le disque qu’elles ont dans la tête.​»
John: Sur les trois derniers titres qu’on a composés, on a eu un signal très simple: on les a écoutés pour nous, pas pour analyser le mix ou compter les streams. On s’est surpris à les remettre comme si c’étaient des morceaux d’autres artistes. Quand un titre ne donne pas cette sensation-là, on n’hésite plus à jeter trois jours de boulot et à tout recommencer.​
Maëlle: Au début, tu as peur de gaspiller ton temps, maintenant tu te dis que le vrai gaspillage, c’est de sortir un morceau dont tu n’es pas totalement convaincu. Le troisième album, ce sera ça: moins de compromis, plus de prise de risque et une direction plus rock dans l’énergie, même si on reste dans l’électro-pop francophone.​​

GUIDO: Sur scène aussi, on sent que le duo a changé…
John
: On a eu des retours super positifs sur nos concerts récents. Les gens nous disent qu’en venant nous voir, ils ont l’impression de partager un moment simple, sans prise de tête, mais avec un vrai propos dans les textes.​
Maëlle: On nous a dit qu’on voyait enfin un vrai duo. Avant, John portait plus le show, aujourd’hui on tient la scène à deux et on s’amuse vraiment. Ça se voit dans les vidéos: je prends plus de place, je traverse la scène, ça bouge et certains trouvent ça presque rock.​
John: Ce côté plus rock, plus physique, nous donne envie d’en tenir compte dans les prochaines productions. Il y a des titres que les gens ont redécouverts grâce au live, en nous disant: «En concert, ce morceau, je l’aime vraiment bien».​

GUIDO: Tout se passe chez vous, en mode home-studio?
John
: On a un studio à la maison, comme beaucoup d’artistes aujourd’hui. Pour moi, c’est devenu une grande partie de mon temps de travail: je fais de moins en moins de cours et de plus en plus de studio, du mixage, de l’enregistrement de covers ou de la production pour d’autres artistes.​ Le fait de recevoir des groupes, de mixer et de produire m’oblige à rester à jour sur les outils, les sons, les tendances, et ça rejaillit forcément sur Maël Jones. Ça nourrit notre son et notre exigence, sans nous enfermer dans un seul style.​

Des conseils de l'IA

GUIDO: Vous êtes aussi très geeks des chiffres. Les stats, c’est vraiment central?
John
: J’adore les statistiques, je regarde tous les jours si Maël Jones est écouté sur Spotify, Deezer, Apple Music, YouTube. On voit par exemple qu’on est très écoutés en Pologne grâce à un titre en anglais. Les stats servent surtout à nourrir notre stratégie: on veut aller un peu plus loin, cibler mieux.

GUIDO: Vous parlez aussi d’IA, de playlists… Ce n’est pas en train de tuer la spontanéité?
John
: Honnêtement, sans les stats, sans une certaine geekitude et sans un peu d’IA, un duo indé comme nous aurait très peu de chances de sortir la tête de l’eau. Les plateformes ne sont pas des monstres abstraits, ce sont des systèmes avec des règles: si tu refuses de les comprendre, tu restes au fond de la piscine. L’IA, je l’utilise comme un assistant un peu trop zélé à qui je demande des avis, des analyses de mails de démarchage, des pistes pour cibler mieux nos campagnes. Je ne lui donne pas les clés artistiques du projet, mais je lui laisse faire ce qu’il fait mieux que moi: brasser des données et repérer des signaux. La spontanéité doit rester dans la musique, sur scène, dans les textes. La stratégie peut être assistée par des outils, et ce n’est pas incompatible.​
Maëlle: Ce qui compte pour moi, c’est que ces outils ne touchent pas au cœur du projet. Ils ne décident pas des thèmes qu’on aborde ni de ce qu’on raconte, ils nous aident juste à éviter les mauvaises propositions et à investir notre argent là où ça a vraiment un impact. Tant que les stats et l’IA nous permettent de rester maîtres de notre musique, et pas l’inverse, c’est un bon deal.​

GUIDO: Vous avez des mots assez lucides sur le marché belge. Qu’est-ce que vous lui reprochez vraiment?
John
: On n’a rien contre la Belgique, au contraire, on est contents d’être un groupe belge. Mais si on regarde froidement les chiffres, on voit bien que ce qu’on fait n’est pas ce qui marche le mieux ici en ce moment. Quand on pousse un peu nos titres en France ou dans d’autres pays francophones, ça réagit parfois dix fois plus fort, alors que ce sont les mêmes chansons et les mêmes campagnes. Ce qui est troublant, c’est que beaucoup de nos abonnés viennent d’Amérique du Sud, où on n’a jamais sponsorisé quoi que ce soit. Ça veut dire qu’il y a des gens, à l’autre bout du monde, qui tombent sur notre musique sans aucune stratégie ciblée et qui décident de rester. C’est déroutant, mais aussi rassurant: si ton pays ne t’ouvre pas toutes les portes, Internet peut encore te surprendre.​
Maëlle: Le marché belge est particulier: c’est petit, tout le monde se connaît plus ou moins, il y a peu de place et beaucoup de talents. En même temps, tu vois éclore des duos, des artistes francophones qui prouvent qu’il y a de la place pour des projets qui ne sont pas formatés variété classique. Ce qui nous motive, ce n’est plus de cocher la case succès national, mais de construire une communauté de gens qui se reconnaissent dans nos textes et notre univers, où qu’ils soient. Si demain on joue un peu moins ici et un peu plus ailleurs, ce ne sera pas vécu comme un échec, mais comme la trajectoire naturelle d’un projet qui a toujours été un peu à côté des cases.​

Streams et playlists

GUIDO: Comment faites-vous pour exister au milieu de toutes ces sorties sur les plateformes?
John
: C’est clairement une partie de mon job. Il existe des plateformes de curation et des curateurs de playlists que l’on contacte, mais j’ai aussi créé ma propre playlist, French Pops & Beats, où je mélange des artistes français connus que j’aime bien et, au milieu, des titres de Maël Jones.​
Maëlle: Comme il y a du Stromae, Angèle, Clara Luciani, Damso, etc., la playlist attire du monde: plus de 5700 personnes la suivent régulièrement, et ça génère du stream pour nous parce qu’on défend un mouvement plutôt qu’un seul nom. Cette playlist est sponsorisée sur les réseaux avec un ciblage précis sur les amateurs de musique francophone, ce qui booste aussi l’algorithme pour nos morceaux.​

GUIDO: Indépendants, mais pas naïfs donc… Comment gérez-vous les propositions de promo douteuses?
John
: Il y a énormément de petites sociétés de promo qui nous promettent des placements en playlist, de la visibilité, etc., mais toujours contre de l’argent qu’on n’a pas. Avant, je répondais presque à tout, maintenant je filtre beaucoup, j’analyse et j’en parle à Maëlle avant de décider.​
Maëlle: La réalité, c’est que si un groupe indépendant veut vraiment monter, il doit mettre du budget sur la table, sauf s'il est signé dans une grosse structure. Même pour certains artistes très exposés en major, les belles salles et les grosses promos ont un coût énorme.​

Texte: Christophe Thienpont

Photos: © Maelle (Shoot&Vous)


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