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13/11/2023

BALOJI: «Après 30 ans de films réalistes, il est temps de revenir au surréalisme belge»

On connaît Baloji en tant que rappeur et musicien. Ce Belge d'origine congolaise aux multiples talents a grandi à Lubumbashi, Middelkerke et Liège, et vit depuis longtemps à Gand. C'est là (au Festival du Film de Gand) qu'il présentera au début du mois d'octobre son premier film, Augure, qui a fait fureur au festival de Cannes et qui sera au cinéma à partir du 15 novembre.


GUIDO: Que signifie Augure?
Baloji:
Le titre anglais du film est Omen. Le mot 'augure' vient de l'époque grecque. Les augures étaient des devins qui pouvaient prédire l'avenir. En français, le mot est encore utilisé: de bon augure. Le terme 'déjà-vu' y est également lié.

GUIDO: Ton nom, Baloji, signifie 'homme de l'occulte'. On peut voir ici aussi un lien avec le mot 'augure'?
Baloji:
Non, mais il n'est pas évident de porter le nom de Baloji au Congo. C'est comme si, en Europe, quelqu'un se promenait en s'appelant Diable ou Démon. Au Congo, la superstition est omniprésente, mon nom est donc tout sauf évident.


Réalisme magique


GUIDO: Tu as réalisé un film réaliste et magique. Dans ce genre, tu réunis les deux mondes dans lesquels tu as grandi?
Baloji:
Oui, on peut faire le lien entre les Primitifs flamands et l'art naïf congolais, avec le surréalisme et avec des cinéastes comme Jaco Van Dormael... Le surréalisme est un élément essentiel de l'histoire de l'art belge.

GUIDO: Est-il possible d'être un artiste sans parler de soi dans son art?
Baloji:
Dans ce film, je parle de moi et des autres. Ce n'est certainement pas un film autobiographique. Je parle de sorcellerie - et de sa condamnation - dans un contexte plus large.

GUIDO: Tourner un film au Congo, comment cela s'est-il passé sur le plan logistique?
Baloji:
Il y a eu des défis à relever, mais tout s'est bien passé. Nous l'avons fait avec beaucoup d'amour et de passion, avec une petite équipe et un budget modeste. Disons que c'était une expérience intéressante. (sourire)

GUIDO: Un million d'euros, c'est un budget raisonnable, non?
Baloji:
D'après mon expérience de musicien, c'est ce que je pensais aussi. Je peux facilement faire un album de musique pour 20 à 30.000 euros, mais un film, c'est autre chose. 50 techniciens, 23 jours de tournage, des avions, des hôtels, etc. L'argent part très vite et on se rend compte qu'un million d'euros, c'est plutôt serré pour un long-métrage.

GUIDO: As-tu été accueilli au Congo comme 'le Belge'?
Baloji:
Pas vraiment comme 'le Belge', mais comme un Congolais vivant à l'étranger, dans une culture différente. Il n'y a pas d'échappatoire à cela. Cela s'applique à tous les Belges ayant des racines étrangères lorsqu'ils viennent dans leur pays d'origine. Les Belges d'origine chinoise sont également perçus différemment en Chine, par exemple. Une émission intéressante est actuellement diffusée sur la RTBF à ce sujet: Les Belges du bout du monde.


Un véritable Gantois


GUIDO: Lors de l'avant-première à Cannes, tu étais encore plus nerveux parce que ta fille de 14 ans était dans le public et qu'elle n'avait pas encore vu le film.
Baloji:
C'est exact.

GUIDO: Qu'a-t-elle pensé du film?
Baloji:
Je crois qu'elle a aimé.

GUIDO : Tu 'crois'?
Baloji:
Peut-être qu'elle voulait juste être polie envers son papa, on ne sait jamais. (rires)

GUIDO: Qu'as-tu ressenti lorsque tu as présenté Augure dans le plus grand festival de cinéma du monde?
Baloji:
J'étais évidemment très fier, mais cette expérience m'a aussi donné l'obligation de me concentrer sur la réalisation d'un deuxième film.

GUIDO: Augure a été projeté au Festival du Film de Gand, la ville dans laquelle tu vis. Un match à domicile?
Baloji:
En effet! J'y vis depuis 13 ans maintenant et je me considère comme un véritable Gantois. Il y a trois ans, j'ai fait partie du jury de la compétition de courts-métrages. C'était pendant les années Covid, juste avant le deuxième confinement, tu te souviens?

GUIDO: Et comment! On portait des masques et nous devions à chaque fois laisser une chaise vide dans la salle. À la fin, il y avait même deux chaises entre les spectateurs!
Baloji:
Tu vois donc à quel point c'était un moment spécial, si nous nous souvenons encore de ces détails.

GUIDO: Le fait d'être musicien t'a-t-il aidé pour la réalisation de ce film?
Baloji:
Comme je n'ai jamais fait d'école de cinéma, j'ai travaillé uniquement à partir de ma passion, en autodidacte. Instinctivement et intuitivement. C'est la même chose pour ma musique. Je n'ai jamais étudié le solfège.


Quatre personnages principaux, une seule histoire


GUIDO: Pour Augure, tu es non seulement réalisateur mais aussi directeur artistique. Tu as même dessiné les costumes.
Baloji:
Les costumes et les vêtements racontent une partie de l'histoire. Comme il s'agit d'un film réaliste magique, ils sont d'autant plus importants. À un moment du film, on voit une fanfare. Pour cette scène, j'utilise des vêtements de carnaval de la Nouvelle-Orléans, que je mélange avec des costumes des Gilles de Binche, et avec la culture des fanfares de rue du Mississippi et du Congo. Tout se mélange. J'ai créé mon propre folklore avec ces costumes, en mélangeant de nombreux codes.

GUIDO: Une exposition a été inaugurée le 31 octobre au Musée de la Mode d'Anvers. En plus, tu as réalisé quatre EP liés au film.
Baloji:
Un EP pour chaque personnage. Cela s'est fait de manière assez organique. Lorsque le scénario était prêt, j'ai dû patienter jusqu'au bouclage du financement. Pour occuper ce temps, j'ai voulu faire une bande originale. Il y a quatre personnages principaux dans le film, alors je me suis dit: «je vais écrire deux chansons pour chaque personnage». Au final, j'en ai écrit 12 par personnage. De quoi faire quatre EP et un concert, le 19 mars à l'AB à Bruxelles.

GUIDO: Pourquoi quatre personnages principaux?
Baloji:
Pour raconter l'histoire de différents points de vue, à la fois des Congolais qui sont partis et de ceux qui sont restés dans leur pays. On obtient ainsi quatre voix qui racontent une seule et même histoire.

GUIDO: Qu'aimerais-tu que le public retienne de ton film?
Baloji:
J'aimerais qu'ils soient emportés dans un récit de réalisme magique. Nous avons 30 ans de cinéma réaliste derrière nous en Belgique, avec les Dardenne et d'autres, et j'ai pensé qu'il était grand temps de revenir au surréalisme propre à notre pays, et dont nous devons être fier. Sinon, on ne parlera du surréalisme que par rapport à la politique belge. (rires)


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