CORINNE BOULANGIER: "J'étais une guindailleuse terrible"
Nouvel atout charme de la RTBF, Corinne Boulangier s'impose de plus en plus comme la valeur montante de la chaîne. Sa fraîcheur et sa spontanéité ont vite fait mouche auprès des téléspectateurs qui le lui rendent bien. Portrait d'une femme 100 % télé.
Tout pour le théâtre
GUIDO: Quel a été votre parcours à l'unif?
Corinne Boulangier: J'ai commencé par étudier la philo romane à Louvain-la-Neuve et j'ai enchaîné avec l'IAD, option théâtre (Institut des Arts de Diffusion). En parallèle à ma licence de philo romane, j'avais entamé le Centre d'Etudes Théâtrales, toujours à Louvain-la-Neuve. Je n'ai pas remis le mémoire, donc je n'ai pas terminé le processus.
GUIDO: Pourquoi avez-vous décidé de vous réorienté vers l'IAD après votre licence?
Corinne Boulangier: Depuis l'adolescence, j'avais envie de me consacrer au théâtre. Mes parents n'étaient pas trop d'accord et voulaient un diplôme sérieux à la base. La littérature et la langue française au sens large m'intéressant, je me suis alors lancé dans les romanes. Au début, je leur disais: "Vous allez bien voir, je vais faire une année pour vous faire plaisir et ensuite, j'arrêterai". Ça ne s'est donc pas du tout passé comme je le pensais et j'ai adoré ces études. Comme ça se déroulait extrêmement bien, j'ai continué le parcours vu qu'il n'y avait aucune raison d'arrêter. Ensuite, l'occasion s'est présentée et je me suis retournée vers le théâtre. D'abord par le CET qui offrait une approche universitaire et intellectuelle du théâtre et ensuite, l'IAD qui est une approche plus praticienne de la profession.
GUIDO: Le théâtre était donc réellement omniprésent dans votre vie.
Corinne Boulangier: Pendant mes romanes, j'ai fait du théâtre en amateur, que ce soit via le théâtre universitaire de Louvain (TUL) ou d'autres activités comme la Ligue d'Impro. Le théâtre a toujours été présent, mais les romanes ont été une parenthèse constructive avant de se lancer.
GUIDO: A côté de ça, y avait-il de la place pour les sorties?
Corinne Boulangier: J'aurais certainement pu avoir plus de grades, mais je m'éparpillais un petit peu. Le théâtre et les activités parallèles comme les sorties et les guindailles prenaient beaucoup de place par rapport à mes études. J'étais une guindailleuse terrible. Je me suis donc contenté d'une distinction en licence.
Le hasard fait bien les choses
GUIDO: Comment êtes-vous atterrie à la télé?
Corinne Boulangier: C'est un petit peu le hasard et les rencontres qui en ont décidé ainsi. En humanités, j'ai eu l'occasion d'entrer en contact avec une télévision locale de la région de La Louvière (Antenne Centre). C'était mes débuts en télé. J'ai alors continué de bosser avec eux épisodiquement durant toutes mes études.
GUIDO: Et la RTBF?
Corinne Boulangier: Pendant ma troisième année à l'IAD, j'ai eu l'occasion de passer un casting pour la RTBF qui a signé mon entrée dans la grande maison.
GUIDO: Vous vous êtes donc complètement consacrée à la télé, en laissant le théâtre un peu de côté?
Corinne Boulangier: Oui, vu que les choses se déclenchaient tellement en télévision et que le théâtre était un milieu très difficile d'accès. Les choses se faisaient si simplement en télévision que je ne me sentais pas l'envie de les refuser. Du fait que je m'étais concentrée aux études que je voulais faire depuis toujours, je me suis rendu compte que le métier n'était pas aussi idéal que je l'imaginais. Alors que je faisais tout doucement mon deuil d'une carrière théâtrale, la télé, au même moment, m'a ouvert les bras et m'a laissé voir d'autres possibilités. Ça s'est donc vraiment fait harmonieusement.
GUIDO: Il n'y a donc plus d'envie de jouer la comédie?
Corinne Boulangier: Il n'y a plus de désir de jouer au théâtre en tous les cas. Mais il y a encore un immense amour et une immense passion pour la chose littéraire, la chose théâtrale, l'opéra, le cinéma, … Si je pouvais mettre la télé et la radio au service de ces arts-là, c'est ce qui ferait réellement mon bonheur.
Le modèle Ardisson
GUIDO: Quelle serait alors l'émission idéale?
Corinne Boulangier: Ce serait une émission qui amène la culture au sens large au devant de la scène, l'actualité culturelle, les événements culturels de manière ludique, instructive, distrayante. Une manière divertissante, intéressante, peu habituelle d'aborder la culture, que ce soit par des reportages ou via un talk-show, peu importe. Pour moi, l'émission idéale, c'est 'Tout le monde en parle'. Ce que j'aime chez Ardisson, c'est le ton plus que la manière, qui fait qu'on s'intéresse à des choses tout en ayant l'impression de suivre un divertissement.
GUIDO: Et le genre d'émissions que vous détestez?
Corinne Boulangier: Je n'ai aucun intérêt pour les émissions racoleuses, comme 'Scrupules', des pseudo-émissions de débats de société qui ne servent en fait qu'à un déballage voyeuriste et pas très valorisant pour l'être humain.
GUIDO: Que ce soit avec Thomas Van Hamme, Jacques Mercier ou Patrick Ridremont, vous avez souvent présenté en duo, et avec succès.
Corinne Boulangier: Le duo est une grande force, c'est beaucoup plus rassurant quelque part de pouvoir compter sur quelqu'un de fiable à côté de soi. Quand un duo est bien formé, ce sont deux forces qui s'augmentent l'une l'autre, deux personnalités différentes qui s'enrichissent. J'ai toujours eu la chance de connaître des duos qui fonctionnaient bien, où chacun laissait sa place à l'autre et où l'équilibre se trouvait harmonieusement. Pour moi, ça a toujours été un bonheur, mais j'imagine que lorsque l'on vit un duo qui se passe plus mal, on doit avoir un autre a priori sur la question.
GUIDO: Question piège: si vous deviez en choisir un!
Corinne Boulangier: Il faudrait alors me dire pour quelles circonstances! Chacun est tellement typé qu'ils sont chacun bien dans leur créneau. Jacques Mercier pour la dictée du Balfroid, on ne peut pas rêver mieux! Avec Thomas Van Hamme pour 'Génies en Herbe', ça fonctionne bien et la folie de Patrick Ridremont pour '100% télé' était bien à sa place aussi. C'est un peu une réponse de Normand! (rires)
Le crescendo du trac
GUIDO: Comment fait-on face à cette reconnaissance de plus en plus importante?
Corinne Boulangier: J'ai de plus en plus le trac, de plus en plus la trouille. J'espère être à la hauteur! Je suis très heureuse, mais le trac augmente au fur et à mesure de cette reconnaissance.
GUIDO: Entre la radio et la télé, est-il facile de trouver des moments pour soi?
Corinne Boulangier: Ma vie est majoritairement consacrée à mon boulot, c'est un choix qui ne gêne pas ma vie de famille. Ça changera peut-être un jour, mais pour le moment, ma vie se résume pour beaucoup à mon travail, que je souhaite le plus harmonieux possible entre télé et radio car ces deux médias sont vraiment des choses très complémentaires. La plus grande difficulté qu'on me demanderait maintenant serait de choisir entre l'un et l'autre. Ce mélange est vraiment quelque chose d'épanouissant.
GUIDO: Vous avez des projets en télé?
Corinne Boulangier: J'ai des envies en tout cas. De là à parler de projets, il faudrait d'abord essayer de mettre les choses en place. Pour qu'une envie se concrétise à l'écran ou sur les ondes, il faut travailler, préparer, répéter et tester beaucoup. Par exemple, l'expérience de 'Ça tourne' de l'année dernière a été un peu chaotique car on s'est rendus compte en cours de route qu'on n'avait pas les moyens de nos envies. Je ne voudrais plus revivre ça. Je veux donc bien prendre mon temps avant de lancer un nouveau projet.
(SD)