PHILIPPE GELUCK s'expose
2004 sera immanquablement l'année Geluck. Avec son Expo qui a investi le Cinquantenaire depuis le 6 février, il nous a concocté un début d'année plus qu'alléchant. Nous sommes donc partis à la rencontre du plus français des Belges pour en savoir plus sur cette expo et sur la vie de ce touche-à-tout de génie...
"L'Expo est un voyage à travers toute ma vie" GUIDO: L'Expo débarque le 6 février au Cinquantenaire. Pourriez-vous nous dire d'où est venue cette idée?
Geluck: On me l'a soufflée. Des amis m'ont conseillé de faire quelque chose de spécial pour les 20 ans du Chat. Au départ, l'idée n'était pas précise, on ne savait pas où on allait pouvoir la concrétiser. Mais, on savait quand même qu'il fallait la faire à la fois à Bruxelles et à Paris. Nous avons alors évoqué différents lieux: des galeries, des lieux improbables, inhabituels. On a aussi parlé de la Grande Cour Vitrée de l'Ecole des Beaux-Arts de Paris malgré que la BD ne soit jamais rentrée dans un tel lieu. Le directeur a accepté avec enthousiasme alors que le projet n'existait pas encore réellement, seulement dans ma tête. On a évidemment également cherché un lieu aussi impressionnant à Bruxelles car il fallait que cette Expo bouge. Ce fut très dur de trouver un tel lieu à Bruxelles. Le choix s'est alors porté sur le Cinquantenaire.
GUIDO: Pourquoi avoir choisi de lancer l'Expo en France et non en Belgique?
Geluck: Pour une raison très simple: la Cour Vitrée va entrer en travaux en 2004. Logiquement, j'aurais dû commencer par la Belgique, ce sont les hasards du calendrier. C'était possible maintenant ou alors plus jamais.
GUIDO: Que pourra-t-on y voir?
Geluck: Ça s'appelle "Le Chat s'expose" mais cela va bien au-delà du Chat. C'est en fait un voyage à travers toute ma vie. On commence par mes premiers dessins d'enfance que mes parents avaient gardés, ensuite ceux de mon adolescence et les premiers publiés (à l'âge de 16 ans). Ce sont des choses que personne n'a jamais vues, il y a même des dessins dont je ne me souvenais plus. Ensuite, on passe au travail à l'aquarelle entre mes 17 et mes 25 ans, un travail que très peu de gens ont vu. Ce sont donc des inédits pour le grand public. On pénètre alors dans l'univers du Chat, puis dans celui de sculptures et d'objets spécialement créés pour l'exposition, une salle de murs vidéo, les Vénus de Milo, les grandes toiles faites pour l'Expo, … C'est une vision à la fois rétrospective et prospective, puisque la plus grande partie des pièces présentées ont été spécialement conçues pour l'exposition.
"Le cinéma ne s'intéresse pas à moi"
GUIDO: Vous avez une formation de comédien, pourquoi avez-vous voulu vous consacrer entièrement au dessin?
Geluck: J'ai toujours fait les deux en même temps. Mes activités de comédien, je les utilise encore maintenant à la télé. J'ai été dessinateur avant de me destiner au métier de comédien. On m'a toujours dit que je devrais un jour choisir. Trente ans après, je n'ai toujours pas choisi!
GUIDO: Les planches du théâtre ne vous manquent-elles pas trop?
Geluck: Non, car ce que je continue à faire pour France 2 et Europe 1 implique toujours la présence d'un public. Quelque part, mon envie, c'est d'être confronté à un public, à des gens qui réagissent. Que ce soit au théâtre, à la télé ou à la radio, c'est toujours le même métier. Je n'ai donc jamais vraiment quitté la scène.
GUIDO: Et le cinéma?
Geluck: J'adore le cinéma, j'adore y aller. Le cinéma m'intéresse beaucoup mais je crois que c'est plutôt le cinéma qui ne s'intéresse pas à moi! Avec tout ce que j'ai fait ces deux dernières années, il m'aurait été difficile d'encore caler un long-métrage dans le lot.
"L'humour belge est plus immédiat que l'humour français"
GUIDO: Qu'est-ce qui vous a motivé à travailler à la télévision, notamment avec Drucker et Ruquier?
Geluck: Il y a des propositions, des belles rencontres qu'il ne faut pas laisser passer. Ce sont deux personnes que j'apprécie autant pour leurs qualités humaines que professionnelles. Ruquier m'a d'abord proposé de rejoindre son équipe. J'y ai peu à peu pris ma place et le public semblait m'apprécier. C'est en fait un enchaînement d'opportunités et de rencontres. Enfin, Drucker me propose de le rejoindre le dimanche soir sur France 2. Il y a des gens qui tueraient père et mère pour avoir le quart de cela. Refuser ça, ce serait insulter la chance. Ça débouche sur un succès et une belle aventure humaine parce qu'une amitié s'est installée entre nous. Finalement, je me demande si ce n'est pas cet aspect qui me plaît par-dessus tout.
GUIDO: C'était un désir de travailler à la télé ou c'est plutôt arrivé par hasard?
Geluck: C'est toujours tombé comme ça. A part l'exposition que j'ai moi-même provoquée, développée, produite et menée à bien, toutes les grandes aventures professionnelles que j'ai traversées ont toujours résulté d'une proposition qu'on m'a faite. Que ce soit pour Lollipop, le Jeu des Dictionnaires, le Chat, Ruquier ou Drucker, on est toujours venu me chercher. Bizarrement. Quand moi-même, j'ai voulu lancer des projets, ça n'a pas abouti. La chance, c'est aussi d'avoir la possibilité de choisir la bonne proposition au bon moment.
GUIDO: Au vu de votre position privilégiée, est-ce que vous observez des différences flagrantes entre l'humour belge et l'humour français?
Geluck: Bien sûr, je les percevais déjà avant mais maintenant, j'ai carrément le nez dessus. C'est fondamentalement différent. Les Belges ont la capacité de rire de tout, ils ont une compréhension de l'humour au second degré qui est beaucoup plus immédiate, les Français sont trop cartésiens, ils intellectualisent tout.
"Il faut parfois un peu choquer"
GUIDO: Vous avez choisi de conserver votre humour et de ne rien adapter pour la télé française…
Geluck: J'ai l'impression d'être resté dans la même veine, j'ai plutôt voulu que les gens s'adaptent à moi. Le succès de l'exposition à Paris est une preuve que j'y suis un petit peu arrivé. On ferme les portes de l'exposition ce soir (ndlr: l'interview a eu lieu le 9 janvier) et cet après-midi, nous allons accueillir le 100.000ème visiteur. C'est un succès énorme, inouï. Beaucoup de Belges ont aussi fait le voyage, peut-être plusieurs milliers. Ça m'a beaucoup touché évidemment.
GUIDO: On a aussi l'impression que l'humour belge s'exporte de mieux en mieux en France.
Geluck: C'est sûrement dû au travail qu'on y fait depuis une dizaine d'années. Les choses ont changé depuis un petit moment grâce à une séries d'artistes découverts par les Français après la Belgique: Maurane, Poelvoorde, Jaco Van Dormael, Arno, moi-même, … Ça doit être ça qui a fait changé les mentalités. Ils se sont alors rendus compte que les Belges ne se résumaient pas qu'aux héros crétins des fameuses histoires belges. Ils ont enfin compris que l'humour belge n'avait rien à voir avec les histoires belges.
GUIDO: Mettez-vous certaines limites à votre humour?
Geluck: Je peux rire de tout, mais il est certain que cela dépend beaucoup du contexte dans lequel on se trouve. Plus le cercle est large, plus il faut faire attention. A la télévision, on ne sait pas à qui l'on s'adresse, il faut faire attention de ne pas blesser les gens. On peut les bousculer, les interpeller, les faire réfléchir, parfois les choquer un peu mais il ne faut malgré tout pas les blesser.
GUIDO: Malgré votre ton corrosif, vous restez pour beaucoup le "gendre idéal". A quoi est-ce dû selon vous?
Geluck: Je n'en sais rien! Tout le monde n'arrête pas de dire: "Philippe peut dire absolument tout, des horreurs et ce n'est jamais mal pris". Peut-être que les gens perçoivent, au-delà des horreurs que je dis, qu'il n'y a pas de méchanceté en moi. Il n'y a pas d'arrogance non plus. La télévision est une loupe qui permet de voir le vrai caractère des gens. On ne peut pas tricher éternellement. Si on a en soi de l'humanisme, cela se voit au bout du compte, les gens comprennent bien que c'est pour rire.
(SD)