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07/06/2004

Dans le kot de répétition de TOM BARMAN

The Body Gave You Everything, le CD de Magnus, est enfin dans les bacs et son premier film Any Way the Wind Blows connaît un second souffle sur DVD et à l'étranger. Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes pour Tom Barman, le meilleur représentant de la scène alternative belge. Pourtant, une seule chose compte pour lui: être de nouveau sur le podium avec dEUS.

"Nous espérons que l'album sera prêt pour l'automne", nous explique Barman, "mais nous prendrons le temps dont nous avons besoin. Nous sommes en train de répéter. Et en août, nous commencerons de toute façon notre tournée."

GUIDO: Vous n'avez plus l'insouciance de vos 20 ans. Est-ce que l'album en sera donc différent?
Barman
: L'album sera évidemment différent de ce que nous avons fait précédemment, parce que nous sommes devenus des vieux croûtons… (rires) Tout le monde évolue, pas seulement nous, mais aussi le monde autour de nous. Nous voulons surtout réaliser un album que nous aurons beaucoup de plaisir à jouer sur scène. L'accouchement de The Ideal Crash fut très difficile et il était donc très difficile à jouer sur scène. Cette fois, nous voulons éviter ce genre de choses. Nous sommes à présent à la recherche de chansons rock up-tempo. Nous avons surtout envie de faire beaucoup de bruit. Du bruit mélodique! J'ai en tout cas envie d'un peu de légèreté. Il n'y a rien de plus difficile que de faire quelque chose de léger qui reste cependant dans les esprits.

Le soleil au supermarché

GUIDO: Tu te souviens encore de ton premier festival en tant que spectateur?
Barman
: C'était Werchter, en 1987. La première et la seule fois que je me suis rendu dans un festival où je ne jouais pas. Il y avait alors REM, Nick Cave, The Pixies… Le problème, c'est que j'avais travaillé toute la nuit dans un restaurant à pitas. Je n'avais pas dormi, si bien que je suis tombé endormi dès que je suis arrivé là-bas! (rires) J'ai raté la moitié du festival. En fait, je n'ai jamais vraiment aimé les festivals. Si le soleil brille et que tu joues, c'est plaisant, mais en tant que spectateur sous la pluie, ça peut vite devenir l'enfer. Il y a aussi le fait que je ne suis pas du tout du genre campeur…

GUIDO: Quand est-ce que tu t'es retrouvé pour la première fois sur le podium d'un festival?
Barman
: Cela doit aussi être Werchter. Ou non, attends… (réfléchit) le camping du festival de Werchter. Et quand on a sorti notre album en 1994, nous avons directement reçu des offres des plus gros festivals: Werchter, Pukkelpop, Reading en Angleterre, Lowlands aux Pays Bas…

GUIDO: Est-ce qu'une performance en festival est différente d'un concert en salle?
Barman
: Tu sais, tout dépend du temps. Un festival se passera bien ou mal selon la météo. Si le soleil brille, si tout le monde est heureux et s'il y a de bons groupes, cela peut être l'une des choses les plus chouettes qui existent. Mais, normalement, je préfère l'intimité d'une salle de concert. C'est quand même plus personnel. Un festival a toujours un côté supermarché.

GUIDO: Donc, quand tu te produis en festival, c'est purement par obligation professionnelle?
Barman
: A moins que quelqu'un qui m'intéresse n'y joue. Ou si des copains jouent: l'année passée, je suis allé à Werchter pour Millionaire. Mais, en général, je préfère une salle avec des groupes que je veux vraiment voir.

Subdivisions et schismes

GUIDO: Que penses-tu de la tendance actuelle qui veut que chaque festival doive proposer 10 podiums en 500 groupes?
Barman
: Je ne sais pas… C'est un peu dû au fait que ces dernières années, dans chaque division du rock et de la dance sont apparues encore 120 autres subdivisions différentes. La drum&bass est à présent subdivisée en intelligent drum&bass, soft drum&bass et j'en passe et des meilleures… Ça doit certainement avoir un rapport, non? Tu as des gosses qui sont des stars du hip hop, mais qui représentent un schisme à l'intérieur de la scène hip hop… Ah, je n'ai pas de problèmes avec ça, tant que je ne dois pas aller les voir de mes propres yeux. (rires)

GUIDO: Ce n'est pas devenu trop dur de tirer son épingle du jeu au milieu de cette offre énorme?
Barman
: Attention, cette tendance à avoir des tas de podiums pour tous les genres n'est pas aussi récente que tu le crois. A Glastonbury, ce phénomène existait déjà dans les années '80. C'est peut-être juste arrivé plus tard chez nous. C'est à double tranchant. D'un côté, il est en effet plus difficile de sortir du lot, mais tu as quand même plus de garantie pour un public spécialisé. Si tu en as envie bien évidemment. Les gens viennent bien pour te voir toi. D'un autre côté, il est aussi gai de jouer dans des festivals devant un public qui ne connaît pas ta musique. Cela arrive encore aujourd'hui. Il y a tellement de monde dans les festivals que tu joues toujours devant un énorme panel de personnes.

Comment atteindre l'extase

GUIDO: Faire tourner un set DJ est-il comparable à jouer un concert live?
Barman
: Non, les concerts, c'est quelque chose de totalement différent. Tu chantes, tu communiques beaucoup plus de choses. Sur le plan purement énergique, on peut les comparer, mais si tu es sur scène avec un groupe, cela te donne un sentiment beaucoup plus profond. Tu peux vraiment atteindre de réels moments d'extase quand tu joues en live. Ça peut ressembler à un énorme cliché, mais c'est en fait pour cette raison que tu fais ce métier. Je ne veux pas parler comme un catholique, mais quand tu joues en live, tu peux créer une sorte de fraternité.

GUIDO: Donc, écrire des chansons, enregistrer le CD, répéter, ce ne sont que les préliminaires?
Barman
: Tu peux aussi vivre des moments d'extase en studio: quand par exemple tu arrives à ce que tu voulais depuis quelques jours. C'est peut-être un moment privé, mais il contient bien une anticipation. Parfois, je n'arrive même pas à en dormir. Alors, je ne parviens pas à attendre le résultat final. Avec 'Summer's Here' de Magnus, j'ai ressenti ce sentiment. Je savais que c'était bon et il était déjà prêt à la maison, mais personne ne l'avait encore entendu. Donc des préliminaires, oui, mais aussi avec des moments de grâce absolus.

GUIDO: Parfois, on croit cette discussion dépassée mais elle revient sans cesse: est-ce que les DJ sont artistiquement comparables aux musiciens?
Barman
: Quand tu fais un disque en tant que DJ, tu restes quand même le plus souvent superficiel. Il y a une certaine technique qui va avec, et celle-ci, je l'ai appris au fur et à mesure, quand j'ai commencé il y a de ça trois ou quatre ans. J'ai dû alors constater qu'il y avait un certain art dans la construction et le fignolage d'un disque. Quoique, de l'art… Je n'appellerai quand même pas ça plus que de la technique. Ou alors feeling, mais c'est un feeling que tu possèdes déjà en tant que musicien. La discussion est en effet peut-être quelque peu superflue. Est-ce que les musiciens peuvent faire cela? Ont-il le droit de faire cela? Ecoute, pour moi, les bons DJ sont aussi des artistes: ils peuvent interpréter quelque chose, te lancer des sons que tu n'as jamais entendu ailleurs à la figure et ils peuvent également te mettre dans une sorte d'extase. D'un autre côté, il y a des centaines de DJ qui savent mixer, mais qui restent mauvais car ils ne font tourner que de mauvais disques. L'important n'est pas de savoir si quelque chose est artistique ou pas, mais plutôt de toucher les gens. Transmettre un sentiment, une émotion, c'est ça le but ultime.

The Last Crash

GUIDO: En backstage, tu tombes souvent sur des personnes que tu admires depuis longtemps. Quelle est alors ta réaction?
Barman
: Parfois, je vais leur faire un brin de causette, parfois ce sont eux qui viennent vers moi… C'est agréable d'entretenir des contacts avec des personnes qui tracent un chemin identique au tien. Le backstage en général est un endroit très civilisé. Cela dépend de la façon dont tu veux rendre l'endroit moins courtois. (rires) Tu ne vas pas toujours vers tes idoles, cela dépend entièrement de ton état d'esprit. Je ne fonctionne pas vraiment autour des gens pour lesquels j'ai une grande admiration. Je me replie complètement sur moi-même, ce qui est ironique vu que je ne comprends jamais pourquoi les gens se comportent bizarrement en ma compagnie. (rires) Dans tous les cas: juste avant ou juste après une performance sur scène, ce n'est pas le moment approprié pour aller emmerder quelqu'un en backstage. Tu as souvent aussi des amis communs vu que tu es si souvent en tournée. Les mêmes roadies, manager, agent… Cela rend les choses plus faciles.

GUIDO: Ce n'est pas parfois le bordel en backstage?
Barman
: La fin de la tournée Ideal Crash fut mémorable. Nous avions encore trois villes à visiter: Toulouse, Haifa à Israël et encore deux concerts aux Halles de Schaerbeek. Durant ces soirées, nous avons baptisé The Last Crash. On n'aurait peut-être pas du! A Toulouse, Craig Ward s'est cassé le nez sur le podium car il était fâché. Le même soir, Tim Vanhamel s'est cassé le pied en voulant sauter dans les backstages. Le lendemain, on en remettait une couche: une de nos premières parties des Halles de Schaerbeek s'est crashé en voiture en chemin vers la salle de concert. Après, Klaas Janzoons, suite à des problèmes sur le podium, s'est aussi cassé le pied et le dernier jour, un des nos roadies s'est cassé le pouce. Cinq fractures!

Tricher à l'école de cinéma

GUIDO: Tu as poursuivi des études de cinéma, mais tu ne les a pas terminées.
Barman
: J'ai été à l'école Sint Lukas de Bruxelles. J'ai triché, je me suis fait prendre et fait virer de l'école, mais c'est une histoire que j'ai déjà raconté des milliards de fois! (rires)

GUIDO: Pourtant, ton film marche plutôt bien, alors que beaucoup de diplômés de cette école ne feront peut-être jamais un long-métrage.
Barman
: Ça dépend. Tout les étudiants de l'école de cinéma ne veulent pas nécessairement réaliser un long-métrage. Beaucoup iront travailler à la télé, ou deviendront assistant ou scénariste. La meilleure école reste la pratique, mais tu dois avoir la possibilité d'exercer ta pratique. Les prix du matériel ont quand même un peu baissé et leur utilisation a été simplifiée, si bien que presque tout le monde peut désormais monter un film. Et tu peux le sortir en vidéo, donc pourquoi pas? Tu n'apprends pas le plus important à l'école: avoir des idées et les développer. C'est quelque chose que tu dois faire par toi-même. Tu peux aller à l'école pour apprendre la technique, mais tu peux aussi l'apprendre par toi-même en pratiquant. Sûrement avec la vidéo: si ce n'est pas bien, il suffit de recommencer. Les études de cinéma sont une formation très générale. Beaucoup de pratique, avec des ateliers lors desquels un célèbre réalisateur vient rendre visite aux étudiants. J'ai fait ça récemment à Sint Lukas! (rires) Ironiquement évidemment!

GUIDO: Est-ce que tu as aussi fait des jobs d'étudiants?
Barman
: J'étais musicien de rue. Après, j'ai aussi été au guichet d'un cinéma et travaillé dans plusieurs restaurants. Un peu de tout, mais surtout jouer en rue. Je jouais une heure par jour et cela me rapportait entre 200 et 300 francs. Parfois plus, et je parle d'il y a 12 ou 13 ans.

GUIDO: Est-ce que c'est une bonne école pour devenir un futur rockeur?
Barman
: Absolument! Si tu peux jouer devant une terrasse pleine à craquer de gens qui boivent leur pinte et ne t'ont rien demandé, tout le reste n'est alors qu'un jeu d'enfant!

(HDP)


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