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17/11/2008

PHILIPPE VINCKE (recteur de l'ULB): "Les étudiants belges sont relativement pantouflards"

Nous avons décidé de rencontrer les personnes les mieux placées pour décider du présent et du futur des étudiants. C'est dans le cadre de cette série que nous nous sommes entretenus avec Philippe Vincke, recteur de l'ULB depuis deux ans maintenant.

GUIDO: Quel a été votre parcours avant de devenir recteur de l'ULB?
Philippe Vincke
: J'ai fait des études de mathématiques à l'ULB durant lesquelles j'ai fait une thèse de doctorat. Je suis ensuite devenu assistant et jusqu'au début des années 90, j'ai mené une carrière classique de professeur d'université. C'est alors que Françoise Thijs (ndlr: le recteur de l'époque) m'a demandé de devenir son conseiller pour la recherche. C'est à partir de ce moment-là que j'ai commencé à être impliqué dans la gestion de l'université jusqu'à en devenir le recteur quelques années plus tard.

Recteur par hasard

GUIDO: Ce fut donc une surprise de vous retrouver à la tête de cette université?
Philippe Vincke
: Je n'aurais jamais imaginé un jour devenir recteur. Je suis issu d'une famille où personne n'avait jamais été à l'université. J'étais donc déjà très fier d'être assistant ou professeur, c'est plutôt un hasard de circonstances qui m'a amené ici.

GUIDO: Comment décririez-vous la fonction d'un recteur d'université?
Philippe Vincke
: Le métier de recteur présente de très nombreuses variétés. Si je devais résumer ma principale mission, je dirais que je suis responsable de la qualité de l'enseignement et de la recherche à l'université. C'est là mon rôle majeur. En même temps, ce métier m'amène à discuter avec les syndicats du personnel, à m'occuper du budget de l'université, à avoir des contacts avec les autres recteurs, les industriels ou le monde politique. Il y a une grande disparité dans les dossiers. Dans une journée, on peut par exemple passer d'un dossier à un autre tous les quarts d'heure. Il est nécessaire de rester en éveil tout au long de la journée. C'est un défi passionnant, même s'il ne nous permet pas de prendre beaucoup de temps libre.

GUIDO: Justement, est-ce possible de combiner cette fonction ô combien prenante avec une charge de cours à donner aux étudiants?
Philippe Vincke
: Durant la première année de mon rectorat, j'ai gardé un cours. Mais, je me suis vite rendu compte que cela ne marchait pas bien, je n'avais pas assez de temps pour préparer mes leçons. En plus, en donnant cours, j'avais l'esprit ailleurs. J'ai donc arrêté car je ne pensais pas que c'était un bon service à rendre aux étudiants que de continuer ainsi à combiner les deux.

Des étudiants plus mûrs qu'auparavant

GUIDO: Malgré le fait de ne plus donner cours, on suppose que vous avez encore malgré tout des contacts avec quelques étudiants…
Philippe Vincke
: En effet, bien que ce ne soit pas le même genre de contacts que dans les cours. Il y a des étudiants qui siègent au Conseil d'Administration, j'ai également des contacts avec les cercles d'étudiants et il y a deux étudiants au sein de mon équipe (mon adjoint ainsi qu'un conseiller aux affaires culturelles sur le campus).

GUIDO: Notez-vous de grandes différences entre les étudiants actuels et ceux de votre époque?
Philippe Vincke
: Je pense qu'il y a une évolution vers plus d'autonomie, plus de débrouillardise et peut-être moins de discipline, je dirais. L'un ne va pas sans l'autre forcément. Les étudiants sont peut-être moins scolaires qu'auparavant, mais par contre beaucoup plus mûrs, plus évolués dans leur perception du monde.

GUIDO: Quelle est selon vous la plus grande mission d'une université?

Philippe Vincke : C'est une mission mixte de création de nouvelles connaissances et de diffusion de la connaissance. Une combinaison entre la recherche et l'enseignement. On ne peut pas dissocier l'un de l'autre; une université n'est pas un athénée évolué ni un endroit où on ne fait que de l'enseignement. Ce n'est pas non plus seulement un institut de recherche. C'est la combinaison de ces deux aspects qui fait la spécificité de l'université.

GUIDO: Et le point fort de l'Université Libre de Bruxelles?

Philippe Vincke : La particularité de l'ULB, c'est son esprit un peu révolutionnaire, ce qu'on appelle le libre examen. Si on est original, on peut exprimer cette originalité à l'ULB et réussir brillamment. J'en prends pour exemple que sur les cinq Prix Nobel remportés par la Belgique dans son histoire, trois ont été obtenus à l'ULB. Les personnalités fortes peuvent donc y émerger et se développer de la meilleure des manières. Voilà notre spécificité: sortir des gens qui ont une forte personnalité.

(SD)

Son avis sur…

- La réforme de Bologne

«Cette réforme est une révolution au niveau européen qui permet à tous les étudiants de faire une partie de leurs études dans n'importe quelle université européenne et de poursuivre dans un autre établissement sans rencontrer aucun obstacle. Ce qui se révèle extraordinaire pour la mobilité des étudiants. Evidemment, pour mettre cela en place, il y a du boulot, des règlements à changer, des obstacles à surmonter, … Il ne faut pas s'arrêter à ça et voir le résultat dans les dix années à venir.»

- Les étudiants sédentaires

«Les étudiants sont dans notre pays, en tout cas en Communauté Française, relativement pantouflards. Il y a des pays où ils bougent beaucoup plus, comme en Scandinavie ou en Hollande par exemple. C'est quelque chose qui doit se développer progressivement. C'est au contact d'autres cultures qu'ils peuvent devenir des citoyens à part entière. Les voyages forment la jeunesse, comme on dit! En plus, les étudiants peuvent maintenant se rendre sans problème dans une université où leur discipline est le point fort, ce qui est non négligeable.»

- Le taux d'échec en première année

«Nous avons mis en place un plan de promotion de la réussite pour aider les étudiants à mieux réussir. On devrait entretenir une collaboration plus étroite entre l'enseignement secondaire et l'université. Les enseignants, de l'un ou de l'autre, ne se parlent pas suffisamment. Il faut aussi être conscient du fait que sur 100 étudiants qui s'inscrivent en première année, il y en a entre 70 et 80 qui finissent avec un diplôme de l'enseignement supérieur, pas nécessairement universitaire, mais au moins d'une Haute Ecole.»

- Les brosseurs

«Je suis évidemment pour la liberté de l'étudiant. Maintenant, il y a deux façons de brosser. Il y a des étudiants qui brossent, mais qui organisent leur vie de telle façon qu'ils réussissent quand même leurs examens alors qu'il y en a d'autres qui brossent tout en ne faisant rien. Ça ne me dérange absolument pas de voir un étudiant qui a brossé toute l'année repartir avec une grande distinction.»

- Le numerus clausus

«Ce système est tout simplement une aberration puisqu'il est impossible de prévoir de combien de médecins on aura besoin dans dix ans. En plus, il n'est pas certain qu'un étudiant en médecine va nécessairement s'installer avec un numéro INAMI, il peut faire des tas d'autres choses. Selon moi, cela n'a donc aucun sens. Le système ne fonctionne pas, il faut donc absolument le changer.»


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