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17/02/2014

DOSSIER: Les dérives de la fan attitude

Pas question de te parler une fois encore d’amour. Quoique… Mais celui-ci est un peu d’un genre particulier puisqu’il s’adresse à une personne, une activité, un sport, voire même un personnage de fiction. Cet amour, c’est celui du fan qui pourrait presque devenir pathologique chez certains.

 

 


On a tous eu, lorsque nous étions petits, cet amour immodéré pour un personnage de dessin animé ou de feuilleton. Combien de filles sont tombées amoureuses d’un des personnages de Friends tandis que leurs petits amis ricanant succombaient non seulement aux charmes de Jennifer Aniston, mais se prenaient en cachette pour Jack Bauer dans 24 Heures? C’est un processus normal d’identification. Sauf que, pour certain(e)s, ce processus de fan attitude ne les quitte pas et perdure même pendant les années d’université.

 

«Je me suis même surprise à regarder des Joséphine, ange gardien

 

Inutile de se voiler la face: nous avons tous été, un jour ou l’autre, fan de quelqu’un, d’un club sportif, voire même d’une activité. Mieux, en y réfléchissant bien, il est probable que nous ayons tous, sans le vouloir, des attitudes de fans. Comment le déterminer? Tout simplement en analysant nos attitudes face à des situations récurrentes. Le fan de Formule 1 ne supportera pas que ses potes critiquent ce qu’ils ne considèrent pas – à tort ou à raison – comme un sport tandis que la fan de M Pokora se brouillera irrémédiablement avec celle qu’elle pensait être une amie si cette dernière lui démontre la bêtise qu’il peut y avoir à attendre des heures dans une salle pour voir un Robin des Bois de pacotilles faire le show pendant deux heures. Les exemples sont nombreux. Fais d’ailleurs l’exercice: quelle est la chose, la personne ou l’activité que tu préfères par-dessus tout? Celle-ci prend beaucoup de place dans ta vie au point de modifier tes attitudes? Il y a de fortes chances que tu sois un(e) fan qui s’ignore. Caroline, étudiante en psycho, a fait l’exercice pour nous et en est ressortie non seulement abasourdie mais un rien troublée. «J’aime les séries. C’est vrai depuis toujours. Dexter, Dr House, je me suis même surprise à regarder des Joséphine, ange gardien. Mais là où je suis capable de me déconnecter du monde, c’est quand je sais que des épisodes de Castle ou de Grey’s Anatomy vont être diffusés. Je connais les horaires, les chaînes et je n’en rate pas un épisode. Je suis capable de me lever la nuit pour regarder un épisode, même si je l’ai déjà vu. Il y a quelques semaines, c’était le dénouement de la cinquième saison de Castle. Le même jour, il y avait une soirée d’anniversaire organisée pour ma meilleure amie. Ce n’est qu’après, lorsque l’on m’a posé la question pour cet article, que je me suis rendu compte que je n’avais pas été à la fête en question pour pouvoir regarder les trois ou quatre épisodes – le dénouement, mais aussi des épisodes des saisons précédentes – tranquillement dans mon kot. Cela m’a poussée à faire le compte des magazines qui traînaient sur ma table. J’en ai plus d’une dizaine, rien que pour ce mois-ci. Leur point commun? Ils ont tous en couverture un titre qui fait référence à l’une de mes deux séries préférées. Pire, j’ai pris conscience de l’absurdité d’avoir une photo de Nathan Fillion (ndlr: le rôle principal dans Castle) punaisée sur le mur de ma chambre. Quand je l’ai vue, j’ai rougi de honte, mais j’ai quand même des difficultés à la retirer…»

 

«Ça prend de plus en plus de place dans ma vie»

 

Mais pourquoi est-on fan? Le processus de fan attitude est le même que l’on soit une petite fille émerveillée à la vue d’une tenue de princesse que l’on aimerait devenir d’un coup de baguette magique ou que l’on soit un jeune adulte incapable de détourner son regard d’une émission dans laquelle son idole fait une apparition. Et là encore, l’éventail est large. Sans que l’entourage ne comprenne pourquoi, on pourra s’affirmer fan de personnalités dans des domaines aussi différents que la cuisine, la musique, le cinéma, voire même la littérature. En fait, ce processus est incontrôlable pour le fan qui voit dans son idole un moyen d’échapper au monde qui l’entoure. Medhi, étudiant en sciences politiques, a conscience que son ‘amour’ immodéré pour la Formule 1 est avant tout un moyen de s’échapper de sa vie le temps d’un grand prix, des essais… «D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé le sport automobile. Je regarde volontiers les émissions parlant de voitures, les grands prix de Formule 1… Mais depuis que nous avons installé la télévision digitale chez nous, je dois avouer que cela prend de plus en plus de place dans ma vie. Avant, je ne regardais que les Grands Prix. Maintenant, je regarde les essais. Et depuis quelques semaines, je m’arrange pour pouvoir voir les essais libres. Ce sont des moments où j’arrive à me vider complètement l’esprit.» Et quand on lui demande s’il a un pilote fétiche, il affirme que non, même s’il éprouve une certaine admiration pour Sebastian Vettel. C’était nous tendre la perche un peu facilement. À l’évocation du fait que le pilote est sur le devant de la scène essentiellement grâce à sa voiture, Medhi s’emporte et veut argumenter. Il se sent obligé de prendre la défense du pilote, presque avec virulence. C’est là que l’on peut différencier l’amateur du vrai fan.

 

«Même ses sous-vêtements étaient à l'effigie de Mickey!»

 

Il serait néanmoins un peu facile de traiter ses petits camarades de ‘malades mentaux’ sous prétexte qu’ils ne peuvent sortir de chez eux sans porter un T-shirt à l’effigie de leur idole. «J’ai connu une fille qui ne sortait jamais de chez elle sans porter des vêtements portant un écusson ou une représentation de Mickey. C’était une sorte de fétichisme pour se sentir bien en rue,» nous raconte Damien, étudiant en architecture. «Là où j’ai vraiment été surpris c’est que j’ai découvert que même ses sous-vêtements avaient un Mickey brodé. Vous l’avez compris: c’était ma petite amie et cela ne l’empêchait pas de réussir brillamment ses études d’archi.» Il est donc important de distinguer le degré d’attachement que les fans ont vis-à-vis de leur idole, de leur personnage préféré, voire même d’une activité qui prend tout leur temps libre. Tant que cela leur permet de s’évader, de rêver voire de vivre des émotions en n’en ayant que les côtés positifs, cela ne doit pas être considéré comme un problème. Certains trouveront même cela sympa comme Damien qui nous a même avoué que cela lui avait retiré une fameuse épine du pied: trouver la bonne idée pour un cadeau d’anniversaire. «Je lui ai acheté une paire de chaussettes Mickey. Je savais que je taperais dans le mille.»

 

«Il y avait des photos de Christophe Maé partout dans sa chambre»

 

À l’inverse, il sera important de s’inquiéter si l’on voit une copine ou un copain d’auditoire complètement décrocher de ses études pour pouvoir vivre pleinement sa passion. On parlera alors de vie par procuration. Lentement, par touches imperceptibles au jour le jour, le fan va alors modifier sa façon de vivre, sa manière de penser pour se calquer le plus possible au mode de vie apparent de son idole. Pas facile de rencontrer des gens qui parlent ouvertement de cette véritable addiction à une personnalité. Le plus souvent, ils ne comprennent pas où se situe le problème, en quoi leur comportement diffère de celui des autres. Laurence, étudiante en communication, se souvient d’une amie qui suivait les mêmes cours qu’elle. «Elle était – et doit toujours l’être – complètement dingue de Christophe Maé. Il y avait des photos de lui partout. Au début, cela nous a fait rire. Mais un jour, elle est arrivée en larmes au cours. Quand je lui ai demandé ce qui se passait, elle m’a expliqué que le concert de Christophe Maé qu’elle devait aller voir était annulé parce que le chanteur était malade. J’ai trouvé sa réaction un peu excessive d’autant plus que la place pouvait être remboursée ou directement reportée à une autre date. Ce dont je ne me suis pas rendu compte tout de suite, c’est qu’elle ne pleurait pas pour sa place de concert, mais parce que le bonhomme était malade. En discutant avec elle, je me suis rendu compte qu’elle avait déjà vu le concert vingt-sept fois sur l’année et que tout l’argent qu’elle gagnait passait dans cette passion, pour se payer les entrées et les trajets en train. Elle m’a même avoué être descendue un jour jusqu’à la Côte d’Azur en stop parce qu’elle savait qu’il y passait des vacances… Un jour, elle a même manqué un oral parce qu’elle était en déplacement, comme elle le disait elle-même. Elle a arrêté ses études. Je ne sais pas ce qu’elle est devenue…»

 

Effectivement, lorsque cela atteint de telles proportions, la fan attitude devient dangereuse, car c’est elle qui impose le mode de vie et pas l’inverse. Le fan se déconnecte complètement de la réalité au quotidien et finit par perdre les repères qui lui permettent de vivre en société. Les études n’ont plus d’importance, la famille devient un ennemi qui cherche à l’éloigner de celui ou celle qu’il ou elle aime et sa propre personnalité est totalement annihilée par celle de l’autre. Rien n’est trop beau ni trop fou pour ressembler à son idole. Il n’est plus question ici de ressentir des émotions, mais bien d’addiction qui, en cas de manque, peut détruire la personne qui en souffre.

 

«J'ai perdu des amis à cause de ça»

 

Heureusement, un tel niveau d’amour pour une personne ou une activité est assez rare, voire inexistant dans le cadre d’une activité. C’est donc l’exception qui confirme la règle. Cependant, être face à un fan peut être assez déconcertant et, là encore, c’est assez logique puisque cet amour irraisonné pour quelqu’un est, comme son qualificatif l’indique, inexplicable. Cela peut mener à des situations d’incompréhension tant le fan devient intransigeant et intolérant. Cela nous est déjà arrivé à tous. Eric vient de terminer ses études en Sciences politiques: «La politique me passionne, j’ai fait ces études dans le but de me lancer dans ce métier à corps perdu. J’ai très vite été approché à l’unif par une mouvance politique qui a réussi à me convaincre du bien-fondé de son programme. Le problème est que plus j’allais aux réunions, plus je perdais mon sens critique et moins je supportais que l’on critique les hommes et femmes politiques de ‘mon’ parti. Pire, parler d’un parti adverse me mettait dans un état d’énervement tel que je partais régulièrement en vrille. Je m’étais donné comme mission de convaincre toutes les personnes autour de moi d’adhérer aux thèses du parti, de rejeter leurs vues politiques. J’ai perdu des amis à cause de cela. C’est une discussion avec un de mes profs, un prof qui partageait ma vision de la politique, qui m’a permis de redescendre sur terre et de m’ouvrir à nouveau aux autres.»

 

Face à un fan, il peut également être intéressant de se mettre à sa place, ne fut ce que le temps d’un instant. En effet, la vie d’un fan n’est pas toujours aussi simple qu’on l’imagine. Comme l’on peut tomber éperdument amoureux d’une fille ou d’un garçon sans savoir expliquer pourquoi, le fan nourrira un amour immodéré pour son idole sans pouvoir en expliquer la raison. Incompris par la plupart de ses congénères, il se repliera alors sur lui-même et tentera de vivre sa passion en cachette. Qui oserait, aujourd’hui, affirmer être fan de Justin Bieber sans devoir supporter les railleries des uns et des autres? Pourtant, nul doute que dans vos auditoires, le chanteur a encore des fans qui n’osent pas s’affirmer. C’est vrai pour Bieber, mais c’est vrai aussi dans de nombreux autres domaines. Il est donc important d’éviter la moquerie qui pourrait blesser plus profondément qu’on ne l’imagine. Plus que de se sentir incompris, les fans pourraient se sentir anormaux, ce qui ne ferait, à terme, qu’amplifier le problème.

 

Une fois encore, il ressort de cette enquête que l’excès nuit en tout. Avoir un poster de son chanteur préféré dans sa cuisine n’est pas forcément un drame. Refuser de boire un verre avec des amis parce que l’idole passe à la télé est un signe déjà plus précis d’addiction. Mais lorsqu’il s’agit de ne plus suivre les cours, voire de s’endetter pour vivre sa passion, cela devient réellement inquiétant et il est important pour les proches de tirer la sonnette d’alarme. Mais là encore, toute la réussite du soutien viendra de la modération que l’on peut y apporter…


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