Les années d’étude de JOSY DUBIE
L’homme a eu trois vies et ne semble pas prêt à se calmer. Tour à tour officier dans la marine marchande et grand reporter, le voici Sénateur et pour un an encore. Portrait d’un baroudeur bardé de diplômes.
Certains naissent avec un nom connu, d’autres avec des fées bienveillantes autour du berceau. Josy, lui, est décidément abonné aux grandes dates du calendrier. Avec un peu de culot, il y a de quoi se bâtir une destinée.
En 1958, date de l’exposition universelle de Bruxelles, il termine ses humanités latin-maths à l’Athénée Jules Bordet. Son père, enthousiasmé par son tempérament sportif – il est judoka –, le pousse à entamer des études sportives.
«Pas de chance, lors d’une compétition, je me blesse grièvement au genou et le médecin me déconseille fortement de continuer dans cette voie. Je rencontre alors un copain d’école, un an plus âgé que moi, qui était en uniforme. Il étudiait à l’Académie navale».
A l’époque, pour éviter le service militaire, on avait le choix entre la mine, la prison… ou la marine pendant quatre ans. Et voilà Dubié qui réussit l’examen d’entrée et se retrouve, quinze jours plus tard sur le navire-école.
Il mettra fin, à 27 ans, à ce premier parcours, comme commandant en second (!) d’un super-pétrolier de la marine marchande.
Novembre 1967, le voilà aux portes de l’ULB. Il entame conjointement des candis en sociologie, en ethnologie… et en droit!
«Et quinze jours après mon arrivée, j’étais déjà embarqué dans une première bagarre. Pour défendre le droit de Paul Goossens, leader du mouvement étudiant flamand (plus tard, il sera rédacteur en chef du Morgen), à venir s’exprimer dans une conférence à l’ULB!». Quelques mois plus tard, c’est mai ’68. Josy y fera sa part, assumant même la présidence du Cercle du Libre Examen et se faisant élire, comme délégué étudiant, au Conseil d’administration de l’université.
«Pendant mes études, j’ai été engagé comme veilleur de nuit à la RTB (pas encore F, à l’époque). Et je ne me trouvais pas plus stupide qu’un autre. J’ai donc rapidement trouvé à m’exercer au sein de la radio dans les émissions internationales.»
Sitôt terminées ses licences en journalisme et en ethnologie, Josy débarque donc par la grande porte de la RTB et entame son deuxième parcours professionnel. Deux coups d’éclat: la dernière interview de Salvador Allende, quelques heures avant son suicide dans le Palais de la Moneda (coup d’état de Pinochet en septembre 1973) et le départ des américains, lors de la chute de Saigon (avril 1975).
Enfin, de 1990 à 1996, il devient fonctionnaire International (ONU), chef Unité TV du Programme des Nations unies pour le Développement (PNUD), créateur et rédacteur en chef du magazine TV «Azimuts» grâce auquel il produit et réalise de plus de 150 reportages dans plus de 75 pays différents
C’est tout?
Que nenni! En 1999, il propose sa candidature au parti Ecolo pour figurer à la troisième place de la liste Sénat… et, génie des bonnes dates aidant, il est élu! Ses candis en droit vont lui servir à barrer la route à un élu du Vlaams Blok, le voilà président de la commission Justice.
Et finalement, qu’est-ce qui aura le plus servi dans ce parcours aussi studieux qu’aventureux?
«Indubitablement ma licence en ethnologie! Elle m’a permis de poser un regard plus ouvert, moins européo-centriste sur le monde. Même si, en sortant, je parlais avec beaucoup de jargon, fier que j’étais de mes connaissances nouvelles, cela m’a débarrassé d’un vernis et d’un nombrilisme européen qui m’insupportait».
2003, Josy IV, le retour?
Stéphane Vanden Eede