JERONIMO, un Sacré Belge sur la route des festivals
… Comme dans "à l’assaut!", c’est sans doute ce que se dit ce jeune trentenaire originaire de Liège. En effet, après de nombreuses années à jouer les seconds couteaux auprès d’artistes confirmés comme Marc Morgan ou à jouer dans d’autres formations (Sealane, Hippodrome et plus récemment Crystal Palace), Jérôme Mardaga décide de créer son propre projet qui bénéficie de retombées inattendues et un accueil critique unanimement favorable.
Désormais catapulté sur la voie de la reconnaissance internationnale, avec une tournée en première partie d’Indochine, le succès et une signature au Québec et voilà que se profile la sortie de l’album en France… Rencontre avec un Jérôme crevé mais toujours disponible et sympathique peu avant le formidable spectacle "Sacrés Belges", au Cirque Royal de Bruxelles.
GUIDO: Alors, comment te sens-tu? Jérôme Mardaga (chant-guitares): Je suis crevé, ainsi que Sacha (Symon, basse) et Thomas (Jungblut, batterie), on rentre à peine du Québec, on vient de faire encore des dates mais on ne se plaint pas, on est en train de vivre ce que des dizaines d’autres groupes aimeraient vivre. Bien sûr, c’est comme tout, il y a des bons et mauvais côtés…
GUIDO: Explique-nous la vie en tournée…
Jérôme: Tu fais sans doute allusion à la tournée en première partie d’Indochine. Au début, c’est un peu déstabilisant car tu dois apprendre à prendre tes marques et à te faire respecter de l’équipe technique d’Indo qui, tu t’en doutes, forme une énorme machine (plus de quarante personnes…) et à qui il en faut beaucoup pour être impressionnée. Au bout de trois-quatre jours, la tension est plus facilement gérée et tu commences à t’habituer à la routine "trajet-soundcheck-attente-souper-concert-hôtel". Tu as l’impression d’être dans une bulle "hors du temps", à tel point que sur la fin, des gestes tout à fait habituels comme prendre de l’argent à un "Mister Cash" deviennent problématiques car j’avais oublié mon code (rires).
GUIDO: Pendant combien de dates as-tu assuré leur première partie? Jérôme: 19 dates. En France évidemment mais aussi en Suisse et ici en Belgique, à Forest National.
GUIDO: Une tournée du même type est-elle envisageable par chez nous?
Jérôme: Au niveau du nombre de dates, sur toute la Belgique, pourquoi pas mais certainement pas d’affilée… C’est une des particularités d’un pays comme le nôtre où le rythme des tournées est toujours fragmenté, quatre jours de concert puis ensuite un break de quelques jours puis ensuite rebelote. C’est assez frustrant car tu ne sais pas prendre de réel rythme, te concentrer à fond sur ton truc puisqu’entre-temps, tu reviens chez toi, où parfois tu tournes comme un lion en cage…
GUIDO: Ca ne doit pas être évident pour ton entourage… Jérôme : Non, c’est vrai mais ma copine (désolé les filles, ndlr) a l’habitude, depuis le temps que je fais de la musique… Et on se connaît depuis longtemps. Heureusement, de son côté, elle a ses propres centres d’intérêts.
GUIDO: Tu disais qu’en Belgique, c’était difficile de faire plusieurs dates d’affilée mais que penses-tu des festivals qui pullulent une fois l’été venu?
Jérôme: J’aime bien les festivals. Quand j’étais plus jeune, avec mes potes, on allait à Werchter, au Pinkpop, au Pukkelpop, à Dour, etc... Autant pour l’ambiance que pour la musique de groupes connus ou à découvrir, on campait et on faisait le plein de "live" pour l’année... J’aime vraiment le côté festif de ce genre d’événements mais les très gros festivals ont parfois un côté "foire aux bestiaux", on peut le regretter.
GUIDO: Et maintenant que tu es de l’autre côté des "barrières", côté backstage ?
Jérôme: C’est tout aussi festif! (rires) On fait surtout beaucoup de rencontres sympas en une seule journée.
GUIDO: Et au niveau de la prestation scénique?
Jérôme: Là, mon avis est plutôt partagé. En festival, tu as peu de temps pour te préparer techniquement au concert et même si le matos sono est bon et les techniciens compétents, rien ne vaut à mon avis une salle de spectacle digne de ce nom…
GUIDO: Parlons d’autre chose… Qu’as-tu fais comme études?
Jérôme: J’ai commencé une candi en philologie romane à Liège mais j’ai vite renoncé car c’était trop "théorique", pas assez créatif pour moi qui croyait pouvoir écrire des poèmes à longueur de journée (sourire).
GUIDO: Et l’ambiance estudiantine, tu en gardes des souvenirs?
Jérôme: Tu veux parler des guindailles? Je n’ai pas fait mon baptême car ce folklore ne m’attirait pas vraiment. Mais, comme mes meilleurs potes étaient quasi tous baptisés, je connais bien l’ambiance du "carré". D’ailleurs, je pense vraiment que ce sont les étudiants qui donnent à Liège cette ambiance "cool" mais vivante. Si la ville donne l’impression d’être ardente à l’heure actuelle, c’est parce que ce sont les étudiants le moteur énergique de cette ville!
GUIDO: T’es-tu déjà produit lors d’un concert organisé par des étudiants?
Jérôme: Oui, l’année dernière au Pikolpop de l’ULB, avec entre autres Starving et Das Pop, c’était très sympa et très "pro".
GUIDO: Désormais, tu fais donc plus que "ça", laaa muussiiique? (air connu)
Jérôme: Oui, et "ça" a toujours été mon but, vivre de ma musique. Avant, je le faisais indirectement en donnant des cours de guitare.
GUIDO: Mais il paraît que c’est très compliqué, en Belgique, de vivre de son art?
Jérôme: Tu peux le dire... Il n’existe pas de pas réel statut d’artiste et ceux qui sont en place ressemblent à des documents du KGB… Même les personnes travaillant au sein des cabinets ministériels chargés de ce type de statut n’ont aucune idée de la vie et des impératifs d’une vie de "créateur"… En fait, on dirait qu’ils s’en fichent, ça ne les concerne pas, ou alors que pendant les élections...
GUIDO: Hormis la reconnaissance du public, que t’apporte jusqu’à présent Jeronimo (le groupe, faut-il encore le préciser?)?
Jérôme: Le plaisir de voyager et de faire des rencontres grâce à notre musique. Aussi, le recul dû au fait d’apprendre de ses erreurs, d’être en constant apprentissage. Tu sais, lors de la tournée avec Indochine, on les observait pendant les soundchecks et on apprenait, on apprenait… (sourire complice)
JERONIMO.
Album: "Un monde sans moi"
Anorak Supersport/Bang!
Boods