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22/10/2004

FRANCIS DELPEREE: Juriste jusqu'au bout des ongles

Cette année, nous avons décidé de consacrer une interview dans chacun de nos magazines à un prof célèbre d'une université wallonne. Nous sommes donc partis à la rencontre de Francis Delpérée, professeur de droit constitutionnel à l'UCL de Louvain-la-Neuve et fraîchement promu sénateur depuis juin 2004.


GUIDO: Est-ce que devenir prof d'unif a toujours été une vocation pour vous?
Francis Delpérée
: Dès la première candidature en droit, j'ai suivi des cours d'histoire aux Facultés de Saint-Louis dispensés par le chanoine Simon. Cet homme me stupéfiait par son aisance pédagogique, sa culture ainsi que par son goût de communiquer. Je me suis dit que si je pouvais un jour me trouver à sa place, je serais le plus heureux des hommes! Je crois dès lors qu'on peut dire que j’ai eu cette vocation dès le début de mes études universitaires. Au fond de moi-même, j'avais déjà cette petite idée en tête.

Doctorat en mai 68

GUIDO: Quel a été votre parcours universitaire?
Francis Delpérée
: J'ai commencé par deux années aux Facultés de Saint-Louis à Bruxelles avant de continuer durant trois ans à Louvain. Ensuite, je suis parti faire un doctorat à Paris pendant une année particulièrement marquante, c'était en effet en 1968! J'ai obtenu ma thèse en juin 68 après la tourmente du mois de mai. Mon parcours dans ces trois universités a toujours plus ou moins été guidé par la perspective de se préparer à une forme d'enseignement. Les méchantes langues en viennent parfois à dire que je suis plus professeur que juriste! Je suis juriste jusqu'au bout des ongles mais je suis évidemment très préoccupé par l'aspect pédagogique de l'enseignement.

GUIDO: Quel souvenir gardez-vous de vos études?
Francis Delpérée
: J'étais un étudiant sérieux, relativement ouvert. Les études de droit ménagent des plages de disponibilité suffisantes pour se distraire, approfondir telle ou telle matière. Moi, je me suis plutôt intéressé à l'histoire, la politique.

GUIDO: En ce qui concerne votre vie sociale de l'époque?
Francis Delpérée
: A Leuven, j'étais dans un kot collectif, ce qui était relativement exceptionnel à l'époque. Normalement, il y avait l'étudiant et le baas ou la bazin, souvent c'était une relation individuelle. Dans mon kot, il y avait une dizaine d'étudiants, ce qui m'a beaucoup appris, j'avais l'occasion de parler avec un ingénieur, un étudiant qui faisait le Sporkot ou un étudiant en médecine. A Paris, j'ai été éduqué sur le terrain de la méthode. L'adage était simple: 'Plus une matière est compliquée, plus il faut l'expliquer simplement'. J'ai parfois l'impression que mes collègues adoptent le slogan inverse: 'Plus une matière est simple, plus il faut l'expliquer de manière compliquée'. J'avoue que je me situe aux antipodes de cette façon de travailler.

GUIDO: Vous étiez membre d'une association estudiantine?
Francis Delpérée
: En effet, j'étais membre actif du Cercle des Etudiants en Droit qui réfléchissaient déjà sur la réforme des études de droit, de l'enseignement du droit. A l'époque, il n'y avait pas beaucoup d'exercices pratiques, de travaux dirigés, nous étions des pionniers à ce moment-là.

Halte aux professeurs TGV!

GUIDO: Quel regard portez-vous sur vos étudiants? N'y a-t-il pas de grandes différences avec les étudiants de votre époque?
Francis Delpérée
: Je trouve que les étudiants d'aujourd'hui ne sont pas pires que les étudiants d'hier mais différents. Il y a 20 ans, les étudiants qui avaient un travail à réaliser se précipitaient à la bibliothèque et lisaient la doctrine, la jurisprudence, les revues scientifiques et essayaient d'en faire une synthèse tout en développant un esprit critique. Aujourd'hui, avant de faire cette démarche, l'étudiant en droit prend son téléphone, consulte Internet, se rend sur place, rencontre les personnes de la vie juridique. Il y a une sorte de curiosité qui est beaucoup plus accentuée aujourd'hui qu'avant. Avec parfois des dérapages. J'avais en effet demandé aux étudiants un travail sur les fonctions du premier ministre. Peu après, je rencontre Guy Verhofstadt qui me demande si mes étudiants n'ont pas fini de le harceler pour savoir exactement ce qu'il fait! Dans mon esprit, je ne m'étais pas imaginé un seul instant qu'ils allaient faire du travail plus journalistique que scientifique.

GUIDO: Quelles sont, selon vous, les qualités à avoir pour être un bon prof d'unif?
Francis Delpérée
: La première, c'est être disponible. Le professeur TGV (qui arrive cinq minutes avant son cours et repart cinq minutes après), c'est la caricature de l'enseignant dans une université moderne. Il faut s'organiser pour trouver le temps nécessaire pour répondre aux questions des étudiants. Il y a une disponibilité minimum à avoir. Deuxièmement, il faut un certain engagement. L'étudiant en droit de Louvain, quand il me voit, m'identifie à la Constitution! Il y a donc une sorte d'identification entre l'enseignant et la matière qu'il enseigne. Manifestement, l'étudiant sent que j'enseigne quelque chose que j'aime particulièrement. Je prends à cœur d'enseigner ma matière, je pense que l'étudiant s'en rend très vite compte.

GUIDO: On garde toujours le 'feu sacré' après toutes ces années?
Francis Delpérée
: J'ai donné mon premier cours de droit constitutionnel en septembre 1968. Je ne m'ennuie pas du tout. Au contraire, cela m'amuse. Je suis dans une discipline qui a une double particularité: la matière évolue, on n'a donc pas le temps de s'endormir et elle est très liée à la vie politique du pays, à toute une actualité politique. Je déploie donc l'actualité politique à mes cours pour montrer que je ne parle pas de Léopold I ou d'une situation qui se déroule au Kazakhstan. C'est une façon d'accrocher le public étudiant sur ce genre de réalités.

Une poule au milieu du cours

GUIDO: En plus de 30 ans de métier, vous devez certainement avoir quelques anecdotes qui se sont déroulées durant vos cours?
Francis Delpérée
: Le problème, dans ces cas-là, c'est toujours la façon de réagir. Mais, je n'ai jamais vraiment eu de grands chahuts organisés, j'inspire peut-être un certain respect! Une année, j'avais deviné dès le début du cours une certaine agitation, j'avais le sentiment que quelque chose se préparait. A un moment donné, un pétard a éclaté au beau milieu du cours. J'ai fait un saut de quelques centimètres! J'étais justement en train de parler du maintien de l'ordre public, je leur ai donc demandé s'ils ne confondaient cours et exercices pratiques! Un autre jour, c'est une poule que quelqu'un a lancée comme ça dans l'auditoire! La poule a donc continué à déambuler dans l'auditoire pendant le reste du cours! Ce n'était pas bien méchant!

GUIDO: Vous venez récemment d'être élu sénateur, est-ce facile de concilier vos deux carrières respectives?
Francis Delpérée
: Le fait d'être sénateur m'a obligé à réduire une partie de mes activités d'enseignement à Louvain, ça m'a aussi obligé à renoncer à des activités que j'avais au Conseil d'Etat. Facile ou pas, l'avenir le dira. J'ai pu quand même constater en quelques semaines que l'on vit à l'université et dans les institutions politiques dans deux milieux assez différents, pour ne pas dire plus. La méthode de travail est complètement différente, mais je me rends aussi compte que dans une assemblée parlementaire, sans vouloir faire la morale, il doit être possible de rappeler gentiment mais fermement qu'il y a un certain nombre de règles de droit (et notamment la Constitution) à respecter. Je m'assigne donc la tâche d'être un professeur au Sénat, et non d'être un sénateur à l'université. Ce n'est pas exactement la même chose.

Deux conseils pour réussir l'examen du professeur Delpérée

1. Venir au cours
'C'est un point important. Le fait de venir au cours permet de voir quels sont les thèmes les plus importants, qui retiennent l'attention, qui ont appelé des commentaires sur l'actualité du moment.'

2. Etre attentif à l'actualité politique
'Il faut lire un journal, et pas seulement la page des sports! Il faut regarder la télévision, et pas seulement la Star Academy! Il faut écouter la radio, et pas simplement de la musique douce! Il faut avoir un minimum de culture politique. Autrement, les exemples repris au cours seront déconnectés et n'auront pas la portée ou l'efficacité suffisante.'

(SD)

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