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19/10/2005

Hervé Hasquin: "J'ai dû brosser certaines réunions politiques pour pouvoir donner cours"

Cela fait maintenant plus de 35 ans que Hervé Hasquin donne cours d'histoire à l'Université Libre de Bruxelles. Entre ses occupations politiques, sa tâche au sein du FNRS ou ses fonctions de recteur, où a-t-il trouvé l'énergie de combiner toutes ces activités sans jamais s'essouffler? Tentative de réponse ci-dessous.

Hervé Hasquin : Devenir professeur d'université n'a jamais été une vocation, de même que je n'étais pas prédestiné à être historien. J'ai longuement hésité entre la médecine et l'histoire. Mais, la chimie n'étant pas mon sujet de prédilection, je me suis donc dirigé vers l'histoire, partant du principe qu'il fallait faire ce que l'on aimait lorsque l'on entrait à l'université. J'ai entamé mes études avec comme objectif de présenter ma candidature au Ministère des Affaires Etrangères en vue d'une carrière diplomatique.

Un provincial à Bruxelles

GUIDO: Quand est-ce que la possibilité de devenir professeur a-t-elle commencé à vous titiller?
Hervé Hasquin
: Je me souviens encore de la scène. J'étais sur l'Avenue Héger quand le promoteur de mon mémoire m'a proposé une thèse de doctorat. Il n'y avait aucune tradition universitaire dans ma famille, l'idée de rentrer dans la recherche universitaire ne m'avait donc jamais effleuré. De plus, je trouvais qu'écrire mon mémoire, c'était déjà pas mal! ( rires) Après 48 heures de réflexion, j'ai accepté et cela a constitué un véritable tournant dans mon existence…

GUIDO: On vous a proposé de faire un doctorat, on peut donc aisément supposer que vous étiez un assez bon élève?
Hervé Hasquin
: En effet, c'est une des raisons pour lesquelles on m'a proposé de rentrer au Fonds National de la Recherche Scientifique (FNRS). Ce que je n'ai compris que par après.

GUIDO: Cela vous a-t-il empêché de faire la fête?
Hervé Hasquin
: Non, pas vraiment. J'étais un provincial qui connaissait à peine Bruxelles. Je débarquais donc vraiment en territoire inconnu. Je n'appartenais pas au milieu de la bourgeoisie bruxelloise, j'avais auparavant vécu complètement en dehors de ce milieu. Mon père avait accepté de me payer des études, mais m'avait prévenu d'emblée qu'aucune faute de parcours ne serait acceptée. Je savais que cela allait fonctionner comme cela. Cependant, j'étais assez libre: je ne logeais pas à la cité universitaire, mais en kot, je me suis intégré aussi bien à la vie universitaire qu'au folklore. J'ai même été président du comité de baptême! Malgré toutes ces activités, je me suis toujours arrangé pour réussir convenablement, j'ai même présenté mon mémoire de licence en première session, en mai. Ce que je faisais généralement, c'était travailler à mon mémoire jusqu'à minuit avant de sortir. Et pas l'inverse, heureusement! ( rires) Je pense avoir trouvé un bon équilibre entre les deux.

Prof d' unif à 27 ans

GUIDO: Quels étaient vos rapports avec les professeurs lors de vos années d'études?
Hervé Hasquin
: J'étais très apprécié par mes professeurs, mais je n'avais aucune relation privilégiée avec eux. Mais, parfois, lors des conférences du Cercle d'Histoire, on avait davantage l'occasion de parler avec les professeurs de la Faculté. Il y avait également un voyage chaque année auquel participaient les profs.

GUIDO: Comment s'est articulée votre carrière de professeur?
Hervé Hasquin
: J'ai été nommé professeur très jeune ( ndlr: il a donné ses premiers cours à 27 ans). Vu que j'étais le benjamin de ma faculté, on m'a très vite collé des charges supplémentaires. Je suis donc devenu très vite secrétaire de la Faculté, le recteur Jaumotte m'a ensuite demandé de devenir vice-recteur pour les affaires étudiantes. J'ai accepté; donc, tout en étant chargé de cours et chercheur au FNRS, un troisième défi s'est présenté à moi. J'ai en fait toujours été habitué à mener trois carrières de front, des activités très différentes les unes des autres.

GUIDO: Maintenant que vous êtes de l'autre côté de la barrière, voyez-vous certaines différences entre les étudiants d'aujourd'hui et ceux d'avant?
Hervé Hasquin
: Il faut savoir qu'au début de ma carrière, j'ai donné cours à des étudiants qui avaient presque le même âge que moi. Ce qui fait qu'au début de ma vie d'enseignant, j'étais encore très proche des étudiants… Je note dorénavant plus de laisser-aller de la part des étudiants. Par exemple, si je me souviens de ce que mon père m'avait dit concernant le fait que je n'avais pas de deuxième chance en cas d'échec, maintenant, les parents sont plus laxistes sur ce point, les étudiants entrent donc à l'université en partant du principe que la première année est sacrifiée. De plus, 80% des étudiants prennent une année supplémentaire pour terminer leur mémoire. Pourtant, on n'est pas plus exigeant qu'il y a 25 ou 30 ans, au contraire. Ma conclusion est donc la suivante: plus on desserre l'étreinte, plus on donne de facilités, moins on sent de pressing et plus on prend son temps. Il existe maintenant un prolongement artificiel de la vie des études. Je ne suis en effet pas un partisan de l'allongement des études universitaires.

Démissionner à cause de Verhofstadt

GUIDO: N'était-ce pas difficile voire impossible d'organiser vos cours lorsque vous étiez ministre?
Hervé Hasquin
: J'ai également été recteur et président de l'Université Libre de Bruxelles pendant treize ans (de 1982 à 1995). J'ai été ensuite ministre pendant neuf ans jusqu'à l'année passée. Malgré cela, j'ai toujours assuré mes charges de cours. J'ai tout de même démissionné d'un certain nombre de cours parce que ça devenait intenable avec la vie que me faisait mener Verhofstadt avec ses réunions impromptues. J'aurais détesté laisser des étudiants devant une estrade vide vu que je ne supportais pas qu'un prof soit absent lorsque j'étais encore étudiant. J'ai même dû brosser certaines réunions politiques pour pouvoir donner cours. Ce genre de choses a aussi ses limites.

GUIDO: Selon vous, quelles sont les choses à faire pour qu'un prof d' unif garde le feu sacré tout au long de sa carrière?
Hervé Hasquin
: Personnellement, j'ai souvent changé de cours, démissionné de certains pour postuler à d'autres postes. Je n'ai jamais eu de notes de cours, ce qui me permet d'adapter la matière beaucoup plus rapidement en fonction de l'actualité. Je parle d'un même sujet deux ans de suite, mais ce que j'en dis n'est pas nécessairement identique. Ce qu'il ne faut pas perdre de vue, c'est que le professeur d'université est avant tout un acteur. Après avoir donné un cours, il faut se rendre compte que l'on a deux heures de représentation théâtrale derrière nous. On n'imagine pas la fatigue que cela représente.

GUIDO: Existe-t-il des qualités inhérentes aux métiers de politicien et professeur d'université?
Hervé Hasquin
: Un professeur d'université, tout comme un politicien, ne doit pas se contenter d'être un bon scientifique, mais il doit avant tout être un bon pédagogue. La rigueur de la méthodologie ne doit pas exclure la pédagogie. Il doit, en effet, pouvoir parler, intéresser son auditoire et le captiver. Il doit être acteur, comme un homme politique lorsqu'il prend la parole lors d'un meeting.

GUIDO: Comment pensez-vous être perçu par les étudiants?
Hervé Hasquin
: J'ai toujours terrorisé les étudiants! Je n'ai toujours pas compris pourquoi. Je pense toutefois être un professeur rigoureux et exigeant, mais juste. Ce qui m'intéresse, c'est de voir que les étudiants entrent dans un sujet, en parlent, argumentent… On est rapidement fixé, après trois ou quatre minutes d'examen, grâce à la cohérence de l'étudiant ou la qualité de son expression. Personnellement, j'attache beaucoup plus d'importance à la logique du raisonnement qu'aux détails.

(SD)


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