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02/11/2005

MARIE GILLAIN: "Je ne vais pas devenir méchante pour plaire à certains!"

Si Marie Gillain a depuis ses quinze ans une place de choix dans le cœur des spectateurs, ce n'est pas pour rien. En effet, elle a réussi tout au long de sa carrière à se dénicher des rôles forts et audacieux. Nous avons profité de son passage au Festival du Film Francophone de Namur pour lui poser quelques questions.

GUIDO: Dans L'Enfer, vous jouez le personnage de Anne qui entretient une relation passionnelle avec un homme d'âge mur. Qu'est-ce qui vous a séduit dans ce personnage?
Marie Gillain
: Ce qui m'a touché dans ce personnage, c'est surtout son incapacité à sortir des blessures de son enfance pour vivre sa vie amoureuse, sa vie de femme. En apparence, elle a l'air d'être une jeune fille comme toutes les autres, mais on se rend compte très vite que chez elle tout s'effrite de l'intérieur, qu'elle est complètement brisée et en manque total de repères.

Le chromosome de la comédie

GUIDO: Ce personnage est-il proche de vous?
Marie Gillain
: En fait, je ne fonctionne pas du tout comme ça, je n'essaie jamais de trouver des points communs entre les personnages que je joue et ma propre vie personnelle. Quand on joue un personnage, on doit essayer de lui apporter certaines choses, et ces choses, c'est évidemment ce que l'on est mais cela peut aussi être ce qu'on a observé chez d'autres personnes.

GUIDO: Quelle atmosphère règne-t-il sur un tournage?
Marie Gillain
: La vie sur un tournage représente un laps de temps assez court où les rapports sont extrêmement intenses mais très éphémères. On y vit des relations humaines très sincères mais celles-ci ne font pas partie de votre propre quotidien, votre propre vie. Après un tournage, il y a toujours un petit moment de vide, une petite déprime vu qu'on n'a pas du tout la même place dans sa vie personnelle que sur un tournage. Vous incarnez alors un personnage, le metteur en scène fantasme sur vous, il projette des choses sur vous, vous êtes dans votre caravane, dans un lieu hors du temps, vous avez des relations avec des gens que vous ne connaissiez pas avant et que vous ne reverrez peut-être pas après. Ensuite, il faut rentrer chez soi et la vie continue…

GUIDO: Pourtant, vous avez toujours voulu être comédienne, depuis votre plus tendre enfance…
Marie Gillain
: J'ai dû choper un chromosome de la comédie quelque part! (sourire) J'aimais m'inventer des vies quand j'étais petite, faire partager mes émotions aux autres, l'aspect ludique du métier d'acteur (l'idée de troupe, la métamorphose). Ce n'était pas du tout le côté "souffrance" de l'acteur qui m'intéressait.

GUIDO: Comment s'est passée votre rencontre avec Danis Tanovic?
Marie Gillain
: Danis n'est pas quelqu'un qui dirige de façon psychologique, il a vraiment son film en tête et il communique aux comédiens l'univers de son film de façon très extravertie. Plutôt au travers d'images que de mots. C'est quelqu'un d'assez noir, mais aussi de terriblement enfantin! C'est réellement un très bon capitaine qui irradie son plaisir et qui donne envie de se surpasser.

De la préadolescence à l'âge adulte

GUIDO: Vous ne partagez qu'une seule scène avec Emmanuelle Béart, Karin Viard (ndlr: qui incarnent les sœurs de Anne) et Carole Bouquet (la mère), n'était-ce pas trop frustrant de ne les croiser que pour le besoin d'une seule scène?
Marie Gillain
: Ce film raconte, il est vrai, les histoires de ces trois sœurs qui se déroulent en parallèle. On a en effet vécu trois tournages dans le tournage. C'était très important de dissocier les trois histoires pour que le metteur en scène puisse s'immerger complètement dans l'histoire qu'il était en train de filmer. Il est donc clair qu'on était très curieuses de se rencontrer lors de ces deux jours de tournage que nous avons partagés. C'était un plaisir furtif qui donne envie, pourquoi pas, que ça se reproduise dans le futur dans un autre film. Mais on peut quand même dire qu'on a plus fait connaissance lors des festivals que sur le tournage du film.

GUIDO: On vous a naturellement proposé de jouer la plus jeune des trois sœurs. Auriez-vous été capable d'entrer dans la peau des deux autres sœurs?

Marie Gillain : Franchement, la question ne s'est pas posée. On m'a proposé le rôle de la plus jeune des sœurs alors que je suis plus âgée que celle-ci. A 30 ans, on n'est plus vraiment une étudiante en Lettres à la Sorbonne! C'est plus le projet en lui-même qui m'a séduit. Car j'ai quand même l'impression d'avoir tourné la page de ce type de personnage. Je ressens un besoin profond de jouer des personnages qui ont des enjeux autres, j'ai envie d'exploiter un autre type de relations humaines.

GUIDO: Vous n'avez jamais vraiment vécu la vie que mène Anne…
Marie Gillain
: Je n'ai jamais vraiment été étudiante, c'est une partie de la vie que je n'ai pas vécue. Je suis passée directement de la préadolescence au monde des adultes.

GUIDO: Pas trop de frustration de ne pas avoir vécu cette vie-là?
Marie Gillain
: C'est sûr que je ressens un peu de frustration quand je vois des films sur des bandes de potes ou ma sœur qui habite dans une maison communautaire. Ça me rend un petit peu nostalgique.

Mal fagotée dans les soirées mondaines

GUIDO: Vous êtes donc ici au Festival de Namur pour faire la promo de L'Enfer. Peut-on réellement prendre du plaisir au cours d'une telle journée de marathon promo?
Marie Gillain
: Ça ne m'arrive pas tous les jours de faire la promo d'un film vu que je ne tourne pas beaucoup. C'est vrai que c'est un aspect de notre métier qui prend presque autant de temps que le métier d'actrice proprement dit. Je pars du principe qu'on est quand même là pour prendre du plaisir dans la vie. Donc, je vois les marathons d'interviews comme un moment sympa à passer avec les journalistes. Malheureusement, ceux-ci sont toujours organisés dans l'urgence, ce qui ne nous donne pas l'occasion de s'attarder sur des questions plus profondes. Ça fait partie du jeu.

GUIDO: On vous sent très éloignée du monde du showbiz.
Marie Gillain
: Je ne suis jamais beaucoup sortie et je me sens en général très mal à l'aise dans les soirées mondaines parce que j'ai toujours l'impression d'être mal fagotée ou d'en avoir fait trop ou pas assez. Le regard des autres sur moi me gène, je ne m'y sens donc pas du tout à ma place. Je ne sais pas s'il y a tant d'actrices que ça qui soient attirées par le showbiz. Je pense en effet que la majorité des actrices ont envie de vivre une vie totalement normale, de se nourrir du quotidien afin de faire leur métier du mieux possible. Et c'est cet aspect-là qui m'intéresse.

GUIDO: Vous n'avez jamais eu l'envie de casser votre image de fille sympa?
Marie Gillain
: Pour moi, ce qu'on est dans la vie et les rôles que l'on a à jouer n'ont rien à voir l'un avec l'autre. Je suis, c'est vrai, une fille plutôt gentille, mais ce n'est pas pour ça que je vais devenir méchante pour plaire à certaines personnes! C'est aussi pour cette raison-là que je me suis investie dans des projets très différents les uns des autres, cela m'a permis de m'éloigner de cette image que je peux donner à certains moments.

Sébastien Daloze


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