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07/05/2007

PASCAL VREBOS: «Comme au théâtre, on sent très vite si un auditoire accroche ou pas»

Tous les dimanches, il suscite la Controverse sur RTL avant de cuisiner son invité politique du jour. Mais savais-tu que Pascal Vrebos était aussi professeur d'université et auteur de théâtre? Nous sommes donc revenus avec lui sur sa vie académique, loin des projecteurs de la télé.

GUIDO: En plus de vos activités radiophoniques et télévisuelles, vous êtes également professeur dans le supérieur. Cette "vocation" remonte-t-elle à votre enfance?
Pascal Vrebos
: Quand j'étais petit, très petit même, je jouais déjà au prof! Je me souviens d'avoir fait des interros sur le bureau de ma chambre, … Je pense donc que ça remonte loin. Finalement, tout ce que j'ai fait quand j'étais petit (écrire, donner cours et faire des émissions) est vraiment arrivé plus tard.

Refaire le monde à la Bastoche

Pascal Vrebos
: J'ai commencé ma carrière de prof très jeune, à 23 ans au Conservatoire. Et j'ai essentiellement donné cours dans l'enseignement supérieur. Actuellement, je donne un cours d'analyse de textes au Conservatoire de Bruxelles, un cours de stylistique et de linguistique à l'Institut Cooremans et un cours d'éducation aux médias à l'ULB.

GUIDO: Votre métier de prof a donc précédé votre carrière télévisuelle?
Pascal Vrebos
: Oui, mais j'ai surtout écrit durant toutes ces années, avant de devenir prof et ensuite de faire des émissions de radio parallèlement à ces activités.

GUIDO: Comment qualifieriez-vous vos années d'études?
Pascal Vrebos
: Un parcours relativement classique. J'ai étudié les Romanes à l'ULB et la Sémiologie à Paris. J'en garde un souvenir extrêmement positif. Je me souviens aussi d'avoir refait le monde à la Bastoche! Tous mes amis avaient un grain à l'époque, ils rêvaient beaucoup…

GUIDO: Aviez-vous un contact privilégié avec les professeurs de l'époque?
Pascal Vrebos
: J'ai eu des profs extraordinaires. Il y avait un grand respect entre nous, plus que ce qu'il n'existe aujourd'hui. On les respectait énormément, on ne s'adressait pas à eux comme à des copains. En même temps, le dialogue était très ouvert. Je me souviens néanmoins d'une professeur (par charité, je tairai son nom) qui, elle, était d'une rare médiocrité! Qui inventait des auteurs qui n'existaient pas et qui a eu un rapport pédagogique tellement mauvais qu'elle a dû prendre deux ans de congé. On était assez dur vis-à-vis de la médiocrité, peut-être même un peu méchant. Je suis arrivé après 68, dans une génération assez critique, mais passionnée.

Des diplômes dans des pochettes surprise

GUIDO: Maintenant que vous êtes de l'autre côté de la barrière, notez-vous des différences majeures entre l'étudiants actuel et celui que vous étiez dans les années 70?
Pascal Vrebos
: Les étudiants qui suivent mon cours à l'ULB sont déjà bien engagés dans la vie étant donné qu'ils sont en agrégation. Il y a un courant très sympathique qui passe entre nous, un certain dialogue. Par contre, dans les premières ou deuxièmes Bac, il y a parfois d'énormes trous, j'ai l'impression que dans certains établissements on donne les diplômes dans des pochettes surprise. Il y a donc une scandaleuse différence entre certaines écoles. Le scandale, c'est l'enseignement à deux vitesses en Communauté Française. Personnellement, je suis contre les écoles "ghetto", mais pour une mixité positive où les meilleurs entraînent ceux qui ont plus de difficultés.

GUIDO: La lassitude ne s'installe-t-elle jamais dans votre quotidien de prof?
Pascal Vrebos
: Je ne pourrais jamais travailler par habitude. Donner cours est réellement passionnant. Cela impose une remise en question permanente. Il n'y a pas ce train-train que l'on peut rencontrer dans certains autres métiers. Intellectuellement, c'est une gymnastique tout à fait profitable pour le prof. Cependant, si je donnais cours en humanités, dans une classe extrêmement difficile, je ne pense pas que je serais à la hauteur. J'ai beaucoup d'admiration pour ces profs qui donnent cours dans les classes difficiles. Ce sont des héros à tout point de vue.

GUIDO: Entre la télé, la radio, l'écriture et l'enseignement, il n'y a jamais un trop-plein d'activités?
Pascal Vrebos
: Ce qui me donne le plus de boulot, c'est clairement l'enseignement. Même si j'essaie d'aller le moins possible aux réunions… Cela inclut la préparation des cours, les lectures, les travaux, les examens, des colloques, … C'est très prenant, mais je suis assez bien organisé. Tout est question d'organisation.

GUIDO: Vos étudiants vous connaissant à la télé, pensez-vous qu'il aient un quelconque a priori sur vous avant d'entamer leurs études?
Pascal Vrebos
: Franchement, je n'en sais rien et c'est pas du tout ma préoccupation première. Un prof, c'est une sorte de symbole, quel qu'il soit. On doit donc être prêt à avoir des projections positives et négatives sur soi. Un prof n'est pas là pour être aimé. Je ne pense pas qu'un prof doive être séducteur pour être aimé de ses étudiants. Il doit surtout essayer de transmettre sa matière de la meilleure manière qui soit et de vulgariser le plus possible les choses qui le demandent.

Contre le marchandage de cotes

GUIDO: Y a-t-il certains comportements que vous n'acceptez pas de la part des étudiants?
Pascal Vrebos
: Quand il y a des règles, il faut les respecter. Je n'aime pas par exemple les étudiants qui viennent marchander une cote. Je crois être quelqu'un d'exigeant. Un prof doit essayer d'amener un maximum de gens le plus haut possible. Le but d'un examen n'est en effet pas de piéger l'étudiant, mais de le faire réussir si un certain effort a été réalisé. Il faut dire que l'échec de l'étudiant est d'une certaine manière aussi l'échec du professeur. Parfois, je suis effrayé par certains examens d'étudiants de 20-22 ans qui écrivent plus mal que ma fille qui a 13 ans.

GUIDO: Ce n'est qu'en préparant cette interview que j'ai appris que vous étiez auteur de pièces de théâtre. N'est-ce pas trop frustrant que cette partie de votre curriculum soit occultée par votre métier d'animateur télé?
Pascal Vrebos
: C'est vrai qu'il n'y a que ceux qui vont au théâtre qui peuvent découvrir mon nom sur le programme et donc savoir que je suis également auteur. Mais qui va au théâtre en Belgique? Un pourcentage réduit. Alors que la télé, tout le monde la regarde. C'est le média qui veut ça. Notre société privilégie les grands médias, met l'artiste et l'écrivain au second plan.

GUIDO: Votre médiatisation ne vous a-t-elle jamais joué de vilains tours auprès des étudiants?
Pascal Vrebos
: Quand je donne cours, je ne parle jamais de ce que je fais ailleurs. Les étudiants eux-mêmes voient bien que je ne suis pas là pour parler de la télé ou de la radio. En tant que prof, je suis assez pudique d'une certaine manière. Alors que certains profs racontent leur vie plutôt que donner cours, je fais, moi, plutôt le contraire. Je ne suis pas là pour parler de moi.

GUIDO: Et si vous deviez réformer un des aspects du métier de prof, qu'est-ce que vous changeriez?
Pascal Vrebos
: Pour moi, ce n'est pas l'idéal de faire toute sa carrière en tant que prof sans jamais aller voir ailleurs. Je pense qu'il faudrait un système où tous les profs aient à un certain moment une activité à l'extérieur pour privilégier un aller-retour entre différentes matières. Un prof ayant un pied dans la société est sans conteste plus intéressant pour les étudiants.

GUIDO: Quelles sont selon vous les trois qualités à développer pour être un bon prof d'unif?
Pascal Vrebos
: Ne pas se prendre au sérieux. Il faut conserver cet aspect critique envers soi-même et rester humble. Deuxièmement, il faut arriver à transmettre ses connaissances, sa passion. Enfin, rester à l'écoute est très important. On sent très vite si un auditoire accroche ou pas, c'est comme au théâtre.

GUIDO: Dans vos examens, est-ce que vous cuisinez les étudiants comme les hommes politiques invités dans votre émission du dimanche?
Pascal Vrebos
: Non, sûrement pas! Dans un examen oral, il y a déjà beaucoup de stress, je ne vais pas encore en rajouter! Certains sont plus timides que d'autres, un peu comme dans la vie active quand on se présente devant un recruteur.

GUIDO: Une dernière anecdote pour la route?
Pascal Vrebos
: A la fin d'un cours sur les relations oedipiennes dans la littérature, un étudiant baraqué comme un camionneur descend et me dit: "Je vais vous casser la gueule". J'ai vite compris qu'il ne s'adressait pas à moi, mais à un symbole suite à l'exposé qui devait l'avoir meurtri lui-même. Je lui ai donc répondu: "Mais quelle grande sensibilité tu as!". Il s'est alors arrêté et a commencé à pleurer. C'est une anecdote que je ressors souvent dans mes cours de communication pour expliquer que ce gars ne me parlait pas à moi, mais que je faisais plutôt écran pour une personne à qui il voulait vraiment s'adresser.

(SD)


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