ARNO: «Je suis le cul dans le beurre!»
Jeudi 15h30, le rendez-vous est pris dans un bar cosy du centre-ville. Le QG du sieur Arnaud Hintjens ? Assis à une table à la fenêtre, le Gainsbourg belge regarde passer les gens, un verre et une bouteille de Coca light devant lui...
GUIDO: C'est depuis que Jus de Box est Disque d'or que tu t'es mis au Coca light?
Arno: C'est vrai que le cola, il est light. Heureusement, la vodka dedans, elle est pas light hein…
«L'ostendais, c'est une langue internationale!»
GUIDO: T u es flamand. Pourtant, tu parles et chantes en français ou en anglais. Quelles sont tes influences? Arno: Mon père était Ostendais, rebelle et gauchiste-communiste . Il a fait la guerre dans l'aviation anglaise. J'ai donc hérité de son style rentre-dedans et de la langue anglaise. Et puis plus tard, j'ai connu tout l'esprit d'Ostende. Tu sais, dans les années '60, Ostende était la ville la plus multiculturelle de Belgique. On avait des églises catholiques et protestantes, une mosquée et une synagogue. Y avait un quartier gay, des dancings rien que pour les Français, des bars pour les marins et surtout beaucoup d'Anglais. Ils ne connaissaient pas encore la Costa Del Sol, seulement le cholestérol. D'ailleurs, la première fille que j'ai baisé, c'était une Anglaise.
GUIDO: Quid de tes influences musicales?
Arno: Elles sont liées à Ostende. Les chanteurs et les groupes anglais prenaient la malle et débarquaient à Ostende. Certains tentaient leur chance chez nous et restaient quelques temps. Moi, j'avais fait l'école hôtelière et je travaillais pour Marvin Gaye. J'ai aussi rencontré Eric Burdon (ndlr : chanteur des Animals) qui faisait la plonge dans un bar. Donc, à 15/16 ans, j'ai découvert tous ces groupes qui ont fait l'histoire de la pop et du rock de ces années-là.
GUIDO: C'est alors que tu as créé ton premier groupe?
Arno: Ouais, pour faire de la musique dans cet esprit, nous produire en public dans les bars et les boîtes du coin.
GUIDO: Freckleface , Tjeus Couter , TC Matic , … Six groupes différents souvent interrompus par des albums en solo. Peut-on parler ici de véritables groupes?
Arno: C'était vrai pour les premiers. Mais j'étais chaque fois le leader. Les autres (ndlr : Charles & les lulus, Charles & the White Trash European Blues Connection , Arno & the Subrovnicks), c'était pour l'esprit général. Un musicien est toujours plus à l'aise au sein d'un band qu'au service d'un chanteur. Tu vois, je suis un vrai démocrate… du moment qu'on est d'accord avec moi.
GUIDO: Tu as 57 ans et 32 albums au compteur. Le dernier est disque de platine, on t'invite en France… Tout va donc pour le mieux?
Arno: Moi pas comprendre… Le dernier album est platine. On a sorti un best of d'Arno et on en a vendu 100.000 rien qu'en Belgique. Depuis toujours et de plus en plus souvent, je me pose la question: pourquoi les gens viennent à mes concerts? Regarde-moi, j'ai vraiment le cul dans le beurre. J'ai jamais travaillé, je fais de la musique, c'est mon hobby. Je fais des disques et les gens les achètent. Je fais beaucoup de concerts et les gens viennent.
GUIDO: Tu chantes une chanson en patois ostendais sur ton nouvel album.
Arno: Comment en patois! L'ostendais est une langue internationale quand même… Koen Mortier m'a demandé de faire un truc pour son film Ex Drummer. Et on a fait Een boeket met pisseblommen qui est repris sur l'album.
GUIDO: Ce titre est-il aussi repris sur l'album distribué en France?
Arno: Bien sûr. Quand je te dis que l'ostendais est une langue internationale.
«Le marché est malade»
GUIDO: L'album contient également deux chansons signées par Marie-Laure Béraud (Reviens Marie) et tu me donnes rendez-vous ici, dans un endroit chargé d'histoire pour toi. Est-ce le signe d'un nouveau départ amoureux?
Arno: Non, non. Marie-Laure venait ici parce que l'Archiduc était un cercle littéraire à l'époque, quand on vivait ensemble. Elle écrit, mais elle sculpte et elle peint aussi. On est toujours en contact, c'est quand même la mère de mes enfants. Mais l'amour non, c'est de l'histoire ancienne. Si je t'ai donné rendez-vous ici, c'est parce que j'habite derrière le coin.
GUIDO: On parle de crise du marché du disque, de monopole dans l'organisation des concerts. Comment vois-tu cette situation?
Arno: Tu vois, aujourd'hui j'ai pas vraiment le moral. J'ai appris ce matin le licenciement de sept personnes dans ma maison de disques. Sept en Belgique et cinquante en France. Des gens qui étaient proches, avec lesquels je bossais. Le marché est malade. C'est vrai que je n'en souffre pas au niveau des ventes de mes disques. Mon public fait partie de la génération qui ne downloade pas. Quand tu me parles de l'importance prise par Clear Channel (ndlr : devenu Live Nation), je peux t'affirmer que ce sont des gens très corrects, des pros. Si aux Etats-Unis, la plupart des stars bossent avec eux, c'est qu'ils sont sérieux. Et je peux te dire que je connais pas mal d'artistes qui attendent encore l'argent que leur doivent de petits organisateurs. C'est vrai qu'il y a un risque de monopole. Mais c'est aux autres de prouver ce qu'ils valent pour empêcher ce monopole. Le monde musical revient 40 ans en arrière. Dans les années soixante, les groupes faisaient de la scène et étaient repérés par les maisons de disques. Vingt ans plus tard, des artistes bossent en studio et produisent des disques qui se vendent. Et ils se produisent épisodiquement. Et bien maintenant, on revient à la case départ. De la scène, de la scène et encore de la scène.
GUIDO: En parlant de scène, tu fais le tour des festivals de l'été?
Arno: Ouais, en Belgique il y aura Werchter, Spa, les Lookerse feesten et le Dranouter. Ca c'est sûr. Mais je vais aussi beaucoup tourner en France.
(JM)