Interview de Renan Luce: Des bars aux Victoires
Parmi les nombreux albums qu'il nous est donnés d'entendre, nous avons été charmés par
Repenti, la première galette d'un Breton très doué. Si Renan Luce est aujourd'hui en haut de l'affiche, il lui a néanmoins fallu du temps avant de s'imposer comme l'un des piliers de la nouvelle scène française.
Cette interview est l'occasion pour nous de revenir avec lui sur son parcours, de l'Ecole Supérieure de Commerce de Toulouse à ses deux récentes Victoires de la Musique dans les catégories "Album révélation de l'année" et "Révélation scène de l'année". Deux distinctions amplement méritées.
«C'est au lycée, en terminale, que j'ai écrit ma première chanson. Il y avait une amie qui écrivait de la poésie et qui m'avait demandé de mettre l'un de ses poèmes en musique. Ça m'a un peu débloqué et je me suis enfin dit que j'étais peut-être capable d'écrire des chansons.»
«Les études m'ont appris quelques bases… qui ne me servent plus trop aujourd'hui!»
Bien qu'il ait déjà fait pas mal de festivals et de tournées dans les bars, Renan Luce a tout de même décidé de se lancer dans des études "classiques". C'est ainsi qu'il a étudié pendant trois ans à l'Ecole Supérieure de Commerce de Toulouse. «J'ai fait ces études sans vraiment les choisir, ça a plutôt été une suite logique des événements. Après le Bac, je ne me sentais pas encore prêt à ne faire que de la musique. Je voulais me diriger vers des études générales qui m'apprennent, entre autres, à travailler en équipe, … J'ai donc fait une prépa qui m'a amené à passer des concours pour entrer dans une école de commerce.»
Etant donné que la musique a toujours eu une place importante sinon prédominante dans sa vie, il n'était pas ce que l'on peut appeler un étudiant très assidu. «Je dois avouer que je n'allais pas beaucoup en cours. Je passais surtout du temps à m'occuper de l'association artistique dans laquelle j'étais. On organisait des spectacles. Je garde donc plutôt un souvenir festif de cette période, même si ces études m'ont appris quelques bases… qui ne me servent plus trop aujourd'hui!»
«Evidemment, je passais régulièrement mes soirées à faire des concerts dans les bars. C'était vraiment la récréation, je ne me posais pas de questions, je faisais vraiment cela par plaisir. Il n'y avait pas de concert tous les jours, mais quand il y en avait un, j'étais le plus heureux des hommes! C'est aussi à cette époque-là que j'ai commencé à écrire mes premières chansons.» C'est après ses études que le jeune homme décide de quitter Toulouse pour se lancer à l'assaut de la capitale et espérer vivre de sa musique.
«Il faut jouer. Devant une personne ou cent, peu importe»
Même s'il ne s'imaginait alors pas encore faire carrière à cette époque-là, il avoue en avoir toujours eu extrêmement envie: «Cependant, je n'avais pas les clés adéquates, je ne connaissais pas les bonnes personnes. Il a fallu du temps et que je monte sur Paris pour que la situation commence un peu à s'éclaircir. J'ai eu la chance de faire quelques rencontres déterminantes qui ont changé la donne.» C'est à ce moment-là que des personnes de Universal Publishing ont apprécié sa maquette et sont venus le voir pour lui proposer un contrat.
A partir de là, tout a commencé à s'accélérer et Renan Luce est enfin sorti de l'ombre. Et si cette carrière ne s'était jamais offerte à lui? «Je pense que j'aurais quand même travaillé dans le domaine de la musique, je n'aurais pas baissé les bras aussi vite. Je n'aurais pas laissé tomber et j'aurais continué à faire des petits concerts dans les bars.» Justement, il donne ce conseil aux personnes qui auraient envie de vivre de leur musique: «Il faut jouer le plus souvent possible, faire des concerts et des concerts, dans n'importe quelles conditions. Devant une personne ou cent, peu importe. Il faut continuer à jouer, c'est ça le plus important.»
«Une tournée, c'est le contraire d'une routine»
Cela fait maintenant plus d'un an que Renan Luce arpente les routes de France et de Belgique où il a pu goûter à des scènes de plus en plus importantes et se rendre compte de l'engouement du public pour ses compositions. «J'adore l'atmosphère qui ressort d'une tournée, ce sont des moment privilégiés où on a l'impression de former une petite famille avec l'équipe qui nous accompagne. Chaque soir, on arrive dans une nouvelle ville. C'est le contraire d'une routine, avec pourtant quelques habitudes qui s'installent entre les membres de l'équipe. On a aussi l'occasion de faire des rencontres différentes chaque jour, ce qui est très riche pour un artiste.»
Parmi cette centaine de dates, impossible pour le chanteur de pointer un souvenir plus qu'un autre tant sa tournée a été riche de rencontres, d'instants privilégiés ou de concerts inoubliables. «J'en ai évidemment des milliers de souvenirs particuliers. Que ce soit devant 10.000 personnes pour un festival ou dans des salles plus intimistes, ces moments restent toujours magiques. On m'a aussi fait une surprise sur scène à Rennes pour mon anniversaire. Ce sont des choses qui marquent et qui restent.»
«Je ne savais même plus pourquoi j'étais sur scène»
Maintenant qu'il commence à avoir une certaine notoriété, Renan Luce pointe quelques effets plus néfastes à ce succès. «Les sollicitations deviennent de plus en plus nombreuses. Malgré cela, j'essaie de profiter de la fin de la tournée et de ne pas penser à autre chose. Même si la fatigue est là, l'adrénaline que procure chaque concert m'aide à tenir le coup.»
De la même manière que Vanessa Paradis, Renan Luce a été la star des récentes Victoires de la Musique où il a raflé deux trophées 'Révélation' à des pointures comme Christophe Maé, Christophe Willem, Thomas Dutronc ou AaRON. «Quand j'ai entendu mon nom pour la première fois, j'étais à la fois très fier et à la fois tout perdu! Je ne m'y attendais pas, la concurrence était rude. Je suis arrivé sur scène dans le brouillard sans plus savoir ce que j'avais à dire. Je ne savais même plus pourquoi j'étais sur scène, ce qui était un peu étrange! (sourire) C'était malgré tout un moment très fort.» Deux récompenses qui pourraient attirer une certaine rivalité entre les artistes dits de la nouvelle scène française. «J'ai de bons contacts avec pas mal de gens comme Bénabar, Emily Loizeau ou Daphné. Ce sont des collègues que je croise régulièrement et avec qui je m'entends bien.»
«Cela me fera du bien de souffler après cette tournée, même s'il y a toujours une petite déprime à la fin d'une tournée. En effet, se retrouver seul, sans ses repères, cela risque de faire un peu bizarre.» Renan est aussi conscient que beaucoup de gens attendent son deuxième album avec une certaine impatience, mais le garçon n'a pas envie de se précipiter. «Je profite pour l'instant des concerts, mais avec dans un coin de ma tête le prochain disque. Même si j'ai déjà quelques chansons, je vais quand même attendre que la tournée soit finie pour me poser et réfléchir à l'axe que je donnerai à ce prochain album. J'ai besoin de recul pour ne pas me sentir trop pressé à réaliser ce disque.»
(SD)