ALAIN SIMONS: "Si un jour je ne fais plus d'audience, je risque l'échafaud"
Après trois années d'absence,
Qui sera millionnaire revient sur nos écrans dans une nouvelle formule plus décontractée et moins austère. Tout comme son présentateur vedette, Alain Simons, qui a rangé pour l'occasion sa panoplie de bourreau au placard.
Rencontre avec l'un des plus anciens sociétaires de l'Avenue Goergin.
GUIDO: Vous êtes l'une des valeurs sûres de RTL depuis quelques années maintenant. La télé a-t-elle toujours été au cœur de vos envies?
Alain Simons : J'ai toujours voulu faire de la radio, pas de la télé. A 14 ans, je suis allé aux Etats-Unis et quand j'y ai entendu les radios populaires, je me suis dit que c'était ça que je voulais faire de ma vie. Je m'en souviens encore maintenant. A cet âge-là, je savais déjà que je voulais devenir animateur sur des radios dynamiques.
«J'ai très vite concrétisé mon rêve d'adolescent»
GUIDO: Comment l'aventure a-t-elle commencé pour vous?
Alain Simons : En 1983, je suis allé à Radio Métropole. En premier lieu, pour m'amuser. Ensuite, j'en ai fait mon métier parce que c'était ce qu'il m'était arrivé de plus formidable dans ma vie; je concrétisais alors mon rêve d'adolescent.
GUIDO: Aviez-vous suivi des études supérieures avant d'entrer dans le monde de la radio?
Alain Simons : Je m'étais inscrit en journalisme à l'ULB, en me disant que c'était une bonne plate-forme pour ensuite faire de la radio. J'ai vite abandonné car ce que j'étudiais ne m'intéressait pas vraiment. Parallèlement à l'unif, j'étais déjà investi dans les radios où j'en apprenais plus sur le métier qu'aux cours.
GUIDO: La télé est-elle ensuite venue par hasard?
Alain Simons : Complètement. Une de mes connaissances me dit un jour que RTL recherche des animateurs. Ma première réaction a été de me dire «Mais qu'est-ce que je vais aller faire à la télé?». Par curiosité, je suis quand même allé au casting. Le lendemain déjà, on m'appelait pour me proposer de présenter Coup de dés (ndlr: jeu mythique de RTL, certainement inconnu pour les plus jeunes d'entre vous!). Ce jeu m'a directement apporté une certaine notoriété.
«J'ai toujours fait attention à ne pas aider ni à enfoncer un candidat»
GUIDO: Vous êtes maintenant à la barre de Qui sera millionnaire?, qu'est-ce qui vous a motivé à présenter cette émission?
Alain Simons : Qui sera millionnaire? est arrivé une époque où j'avais pris le temps de souffler, de m'éloigner de la télé et de travailler plus dans l'ombre. Tout cela m'a permis de me régénérer. Dans un premier temps, je n'ai pas participé au casting parce que ça ne m'intéressait pas. On m'a ensuite travaillé au corps pour que je fasse une maquette! Tout s'est ensuite enchaîne très rapidement, ça a été décidé en vingt-quatre heures. C'est donc un concours de circonstances qui a voulu que je présente cette émission depuis 2000.
GUIDO: Une émission qui a été mise sur 'Pause' pendant trois ans, pourquoi ce choix?
Alain Simons : L'émission marchait très bien: on faisait plus de 30% de parts de marché toutes les semaines, mais la pause a été obligatoire à cause des finances. C'est une émission qui coûte cher. En plus, en 2005, l'année où on a arrêté, il y avait une foule de séries comme Les Experts ou Lost qui coûtaient moins cher que l'émission. RTL a donc sacrifié Qui sera millionnaire?, une décision totalement normale au vu des circonstances. J'aurais fait la même chose si j'avais été le patron.
GUIDO: Au cours des cinq premières années, vous aviez pris le pli de prendre le rôle du 'méchant'. Etait-ce là une volonté de votre part?
Alain Simons : Quand on a travaillé sur cette émission, j'ai suivi une semaine de training intensif afin d'en savoir plus sur les rouages du jeu. On a alors décidé avec la production et Endemol de la voie à prendre. Jean-Pierre Foucault avait déjà commencé l'émission en France et il était très gentil! On a donc pris la décision de suivre l'original, le modèle anglais qui n'est pas très sympa, lui non plus! Je m'y suis tenu, tout en sachant que les conséquences pouvaient être importantes.
GUIDO: Quand vous voyiez des candidats se tromper et retomber à un palier inférieur, arriviez-vous à vous défaire de vos sentiments premiers?
Alain Simons : On y arrive, parce que c'est un travail, parce que c'est un rôle. Ce qui faisait le succès de l'émission, c'était le fait que l'on avait de gros gagnants, mais aussi de gros perdants. Il y a parfois des réponses que je connais. Et quand je voyais un candidat jouer alors que je savais qu'il allait chuter, j'avais clairement plus de mal à garder mon rôle. Mais j'ai toujours fait attention à ne pas aider ni à enfoncer un candidat.
«A RTL, il y a de la place pour tout le monde»
GUIDO: Ensuite est arrivé Etes-vous plus malin qu'un enfant de primaire? où vous avez pu de nouveau changer de rôle…
Alain Simons : J'ai été ravi qu'on me propose cette émission, un vrai contre-pied à Qui sera millionnaire?. Une émission qui me ressemblait plus, étant donné que je ne suis pas un mec méchant! (rires)
GUIDO: Un rôle que vous avez gardé pour la nouvelle salve d'émissions de Qui sera millionnaire? qui sera à l'antenne jusqu'à la fin de l'année…
Alain Simons : Quand on fait ce métier de présentateur, on ne peut décider soi-même de changer radicalement tout du jour au lendemain. Le jeu a évolué pendant les trois ans d'absence d'antenne, que ce soit au niveau des décors ou de la musique, du rythme ou de la lumière. Je me suis donc adapté à ce ton plus souriant et moins austère.
GUIDO: Vous êtes comme Jean-Michel Zecca le présentateur attitré des jeux de RTL. N'avez-vous donc pas été triste que l'on propose Le grand quiz des Belges à Jacques van den Biggelaar et non à vous?
Alain Simons : Que du contraire. Ce qui est bien à RTL, c'est qu'on est nombreux et qu'il y a de la place pour tout le monde. J'ai par exemple fait un talk-show l'année passée alors que c'est une discipline que je n'avais jamais essayée, on aurait donc bien pu le proposer à quelqu'un d'autre. Que Jacques fasse un jeu, je trouve cela très bien parce que cela va un peu casser la logique des cases. Si le public voit toujours les deux mêmes têtes présenter les jeux, ils vont finir par se lasser. Cette dynamique est donc très importante.
GUIDO: Justement, comment qualifieriez-vous les relations entre les différents animateurs de la "grande famille" de RTL-TVI?
Alain Simons : Etant donné que je suis un des plus anciens, je connais pratiquement tout le monde. En ce qui me concerne, je n'ai jamais eu de jalousie envers qui que ce soit. J'ai des bons rapports avec tout le monde et je crois que l'ambiance est bonne. Maintenant, peut-être que certains ont les dents plus longues que d'autres. C'est normal, c'est humain.
GUIDO: Vous avez collaboré aussi bien avec Agathe Lecaron que Sandrine Dans…
Alain Simons : Ce qui est marrant, c'est qu'elles ont chacune leur propre caractère. Agathe dégage une énergie colossale, que ce soit sur le plateau ou en dehors d'ailleurs, j'ai rarement vu quelqu'un avec une énergie pareille! On faisait huit émissions par jour, mais avec tout ce qu'elle racontait entre les enregistrements, on aurait pu en faire seize! (éclat de rire) Sandrine, elle, est complètement différente; elle lâche moins l'énergie entre les prises. C'est une fille avec laquelle j'aime beaucoup travailler parce qu'elle est très professionnelle, sans chichi, … Bien qu'elle connaisse très bien son métier, elle ne se la ramène pas.
«J'adorerais présenter L'île de la tentation»
GUIDO: Bien que vous ayez déjà un peu touché à tout, y a-t-il encore un genre précis d'émissions que vous aimeriez présenter?
Alain Simons : C'est un peu dans l'air du temps, mais les émissions de télé-réalité m'intéressent beaucoup. J'adorerais présenter Big Brother, Koh-Lanta ou L'île de la tentation. Cependant, cela reste une utopie parce que ça ne se fera jamais chez nous, pour des raisons budgétaires. Si un jour la chaîne décidait d'adapter un produit de télé-réalité, je pense que pour la première fois de ma vie, c'est moi qui irait demander de la présenter.
GUIDO: A contrario, quelle émission refusiez-vous de présenter si on vous la proposait?
Alain Simons : Je ne vois pas bien ce qu'on pourrait me proposer et que je refuserais. Je compare souvent le milieu de la télévision avec celui du football: on ne met pas un attaquant, par exemple, à la place d'arrière-droit ou à un centre-avant d'aller dans les goals. A RTL, on n'a pas un entraîneur stupide; il met les gens là où sont les plus performants et c'est cela qui fait la force de notre chaîne. Et heureusement pour nous, contrairement aux joueurs de foot, notre carrière ne s'arrête pas à 37-38 ans!
GUIDO: Avez-vous pour le moment des projets sur le feu?
Alain Simons : Il y a dix ans, j'aurais pu répondre sans problème à cette question. En 2008, cela n'est plus possible parce qu'on travaille dorénavant par trimestres, dans des délais plus courts afin de réagir plus vite. Je ne sais donc pas ce que je ferai en janvier. Bien sûr, il y a des pistes, mais c'est l'audience qui décidera, par exemple, si on continue Qui sera millionnaire?.
GUIDO: Cette incertitude n'est-elle pas trop pesante?
Alain Simons : Cela fait vingt ans que ça dure, c'était déjà stressant à l'époque, dans une moindre mesure vu qu'on signait alors pour une année complète et non un trimestre. Le stress augmente au fur et à mesure des années. A la Poste ou à la RTBF par exemple, les employés ne se posent pas la question de ce qu'ils vont faire l'année prochaine. C'est différent pour nous, on est une chaîne privée, c'est un commerce, RTL est le Cora de l'audiovisuel en quelque sorte! Si les tomates ne se vendent plus, on vendra des courgettes! Si un jour je ne fais plus d'audience, je risque l'échafaud. Cela fait partie de notre quotidien à RTL, nul n'est indispensable et ça peut s'arrêter à n'importe quel moment. J'espère seulement que ça arrivera le plus tard possible.
(SD)