BRUNO CLEMENT: «Être en contact avec des jeunes me permet de rester dans le coup»
Bruno Clément, ce nom vous dit probablement quelque chose. Vous l’avez sans doute déjà vu dans l’émission Questions à la Une diffusée tous les mercredis à 20h20 sur La Une. Guido Magazine l’a rencontré pour en apprendre plus sur son parcours et sur son travail de présentateur.
GUIDO: Beaucoup de gens vous connaissent parce que vous êtes le présentateur de Questions à la Une. Est-ce là votre seul travail? Bruno Clément: Mon activité principale est d’être journaliste à la RTBF depuis maintenant 15 ans. Ce que je fais par ailleurs, c’est donner cours. Je suis notamment professeur à l’IHECS à Bruxelles où je donne deux cours de journalisme télévisuel. J'ai donc deux activités principales.
GUIDO: Pourquoi avez-vous décidé de débuter le métier de professeur?
Bruno Clément: On me l'a proposé. Dont Jean-Claude Defossé, mon prédécesseur de l’émission Questions à la Une, qui donnait cours également à l'IHECS. Le lien s’est sans doute fait de façon naturelle. C’est très intéressant d’être en contact avec des jeunes. Ça permet de rester dans le coup. Cela me donne la possibilité d’être en contact avec ce qui les intéresse aujourd’hui, de voir comment ils envisagent le métier de journaliste et quels sont les outils avec lesquels ils travaillent. Il y a une dimension symbolique de transmission qui est intéressante et importante dans le savoir-faire.
GUIDO: Questions à la Une est une émission connue pour ne pas avoir sa langue dans sa poche. Cela reflète-il votre caractère?
Bruno Clément: J’ai toujours envisagé le métier de cette façon. En tant que journaliste, il ne faut pas avoir peur de dire les choses telles qu’elles sont quitte à ce que ça déplaise. Il faut toujours dire des choses vraies, correctement vérifiées, qui ont été obtenues de façon respectueuse (dans le respect des règles qui encadrent notre métier). Mais parfois, il ne faut pas avoir peur de dire des choses qui vont dans le sens inverse de la pensée globale ou qui ne vont pas nécessairement plaire à certaines personnes. Ça fait partie du métier. Ce n’est pas non plus pour le plaisir de faire dans la provocation. Il faut rester mesuré et avoir une certaine audace.
GUIDO: Vous êtes passé par tous les types de médias: presse, radio et maintenant télé…
Bruno Clément: J’ai eu la chance en sortant de l’université de faire un peu de tout. J’ai commencé dans un magazine étudiant avant de faire de la radio, notamment sur Radio Campus. J’aimais bien le côté polyvalent, le fait de toucher à tout. J’ai pu aussi travailler dans une agence de presse et dans le milieu de la presse écrite à la Dernière Heure. Et actuellement, je travaille à la télévision. C’est très intéressant de toucher à tous les aspects du métier. Cela permet d’améliorer notre apprentissage. Je pense que les premières années de pratique font partie de la formation. Il faut être le plus polyvalent possible une fois sur le terrain.
GUIDO: Remplacer Jean Claude Defossé à la présentation de Questions à la Une vous a-t-il fait peur au début?
Bruno Clément: Succéder à un monstre sacré comme lui n'était pas une chose aisée. C’est certain que la veille de la première émission, je me suis posé beaucoup de questions. J’étais dans le doute. Je suis heureux que ça se soit bien passé et que les choses aient continué. C’est la preuve que ce n’est pas le présentateur qui fait une émission mais que c’est son contenu et l’équipe composée d’une dizaine de journalistes qui font les sujets au jour le jour. Ce sont eux les garants de la continuité d’une émission comme Questions à la Une.
«Un journaliste qui n'a pas d'ennemis doit se poser des questions»
GUIDO: Vouliez-vous être journaliste depuis tout petit?
Bruno Clément: J'avais envie de faire de la radio depuis l'âge de dix ans. Je n’étais pas encore destiné au métier de journaliste, mais j’écoutais beaucoup Georges Lang sur RTL France. C’est une des personnalités radio qui m’a vraiment donné envie de faire ce métier. Les choses se sont ensuite enchaînées naturellement. J’ai fait le journalisme à l’ULB et c’est comme ça que j’ai commencé à faire ce métier. Ça faisait longtemps que j’en rêvais. Ce qui est agréable aujourd’hui, c’est que je n’ai jamais le sentiment de travailler.
GUIDO: Qu’appréciez-vous dans chaque type de médias?
Bruno Clément: J'apprécie plus la télé étant donné que c’est le média que je pratique le plus. C’est, je pense, le média le plus difficile car il n’y a pas que le récit, il n’y a pas que l’information. Il y a aussi la construction, la mise en images, l’obtention de témoignages, … Au début, j’étais plutôt parti pour la radio. Qui est le média le plus spontané. Qu'importe, tous les médias ont leurs atouts et ils sont séduisants sous leurs différentes formes.
GUIDO: Comment imaginez-vous l’évolution du journalisme?
Bruno Clément: L’évolution aujourd’hui, elle est clairement dans l’instantanéité. Jusqu’il y a peu, les journalistes étaient les seuls à annoncer les événements aux gens. Aujourd’hui, avec notamment les réseaux sociaux et Internet, tout le monde les vit presqu’en même temps et interagit. Le commun des mortels est devenu un "journaliste" vu qu’aujourd’hui on commente sur Facebook ou sur Twitter des informations qui se déroulent au moment-même. Nous avons, les journalistes, un rôle qui a un peu changé. Nous devons être au maximum dans cette instantanéité mais avec le défi d’être certain de ce que nous racontons. Il ne faut pas non plus sombrer que dans l’ère de l’instantané. Il faut laisser place au journalisme de plus longue haleine. Il faut que les deux mondes puissent cohabiter.
GUIDO: Les gens réagissent-ils souvent à l’émission Questions à la Une?
Bruno Clément: Ce qui est intéressant, c’est qu'il y a chaque semaine beaucoup de réactions qui arrivent à notre rédaction, que ce soit par e-mail ou par courrier. Il y a toutes sortes de choses qui sont amusantes. Certaines personnes m’envoient des dossiers soi-disant explosifs de 150 pages. J’ai reçu des dossiers avec des vieilles cassettes audio qui peuvent être parfois assez surréalistes. D’autres m’appellent pour me dire que la Sainte-Vierge est apparue dans leur salon et qu’il faut absolument que j’aille la voir. Par rapport aux gens qui sont moins contents, c’est le propre du métier. Plusieurs journalistes disent que celui qui n’a pas d’ennemis, en tant que journaliste, doit se poser des questions. En principe, le journaliste met la caméra dans la plaie. Quand nous dénonçons des agissements peu recommandables de groupes ou de personnes individuelles, c’est normal que ces gens ne soient parfois pas contents. Quand nous dénonçons certaines choses, nous avons évidemment des réactions, des courriers, des lettres d’avocats. Mais généralement, on tient bon. C’est de bonne guerre que des gens soient mécontents. Ils ont le droit de protester.
GUIDO: Le métier de journaliste vous a-t-il permis de vivre des choses extraordinaires?
Bruno Clément: J’ai pu faire des choses passionnantes grâce à ma carrière, comme par exemple suivre le procès Dutroux qui fut un événement historique en Belgique. Ce qui est génial dans ce métier, c’est qu’on peut être amené un jour à rencontrer des sans-abri et le lendemain à côtoyer des stars du cinéma ou de la musique. Quand j’ai fait des reportages musicaux pour le JT, j’ai eu la chance de rencontrer des gens comme David Bowie, Robert Smith des Cure, Depeche Mode, … Des artistes que je n’aurais sans doute jamais eu la chance de croiser si je n’avais pas été journaliste. Ce métier donne des opportunités formidables.