Interview de Corinne Martin, présidente de la FEF
C'est dans leurs nouveaux locaux de Molenbeek que nous rencontrons Corinne Martin, présidente de la Fédération des Étudiants Francophones (FEF) qui rempile pour une année supplémentaire à la tête de l'organisation. Nous en profitons donc pour tirer avec elle le bilan de l'année écoulée et connaître ses ambitions pour l'année académique à venir…
Bilan d'une année bouillonnante
GUIDO: Ce sont surtout deux gros volets qui ont animé l'année écoulée: la mobilisation étudiante et le volet politique.
Corinne Martin: Au premier quadri, la campagne 'Améliorons la qualité, ouvrons l'enveloppe fermée' a rythmé nos journées. Elle a mis en relation le financement de l'enseignement supérieur avec la qualité ressentie par les étudiants. Beaucoup de conseils étudiants sont venus nous voir pour nous exposer leurs problèmes concrets et ainsi montrer aux étudiants le lien entre financement et qualité de l'enseignement. Ce qui a provoqué un mouvement étudiant très bouillonnant et actif ainsi qu'une solidarité entre les conseils étudiants.
GUIDO: Tandis que le deuxième quadri a davantage été rythmé par les élections du mois de mai?
Corinne Martin: Au deuxième quadri, on s'est davantage intéressé aux élections fédérales et communautaires, ce qui nous concerne évidemment beaucoup. Et on a continué de marteler qu'on voulait un enseignement supérieur public, gratuit, de qualité, critique, émancipateur et accessible à tous. Voici la vision que l'on défend depuis plusieurs années. Pour ce faire, on a regroupé autour de nous un panel d'acteurs très large (syndicats, directions, …) qui se sont prononcés pour un refinancement structurel de l'enseignement supérieur. C'était une expérience assez positive, surtout de voir que la FEF peut rassembler autour d'elle pour un meilleur enseignement. Ce fut donc pour nous une année très enrichissante.
GUIDO: Personnellement, as-tu pu jongler facilement entre tes études et ta fonction de présidente de la FEF?
Corinne Martin: Je ne dirais pas que c'est facile, non. C'est une question d'agenda. On a tous envie de pouvoir se poser chez soi pendant une journée, mais faire partie du mouvement étudiant, ce n'est pas ça! Il faut une bonne dose d'organisation. On a un staff aussi, donc ce n'est pas possible d'organiser des réunions à 21 heures parce qu'on a cours toute la journée. Mais c'est très gratifiant de pouvoir apprendre des choses qu'on ne voit pas aux cours. Éplucher un décret et en faire une analyse par rapport aux positions de la FEF, ça ne s'apprend pas aux cours, par exemple. C'est un investissement hyper formateur.
GUIDO: Un enseignement accessible à tous, la pénurie de kots, le taux d'échec en première année, le numerus clausus, … N'est-il pas frustrant de toujours se retrouver confronté aux mêmes problématiques typiques de l'enseignement supérieur?
Corinne Martin: C'est vrai que ça peut avoir un côté frustrant. Mais d'un autre côté, c'est un challenge, il y a toujours à faire. Si on peut supprimer un test d'entrée ou avoir un minerval gratuit, c'est très bien, mais il y a toujours des autres choses à faire pour améliorer la situation quotidienne des étudiants. Il y a aussi des nouvelles problématiques qui voient le jour, comme les MOOC (ndlr: les cours à distance). Est-ce qu'ils augmentent vraiment l'accessibilité? La réponse est non.
GUIDO: Quels ont été tes contacts avec le Ministre Marcourt?
Corinne Martin: Dès qu'on a un problème avec un établissement, on téléphone à son cabinet pour lui taper sur les doigts! On ne passe pas notre temps à s'envoyer des communiqués de presse incendiaires, nos contacts sont réguliers. On se voit d'office dès qu'il faut négocier un décret. Je n'ai pas non plus le Ministre au téléphone tous les matins, ce qui serait bizarre d'ailleurs!
Une nouvelle année remplie de défis
GUIDO: En cette nouvelle année, quel message souhaiterais-tu adresser au Ministre qui rempile pour cinq ans?
Corinne Martin: Les pots cassés, Jean-Claude, les pots cassés! (rires) On ne peut pas faire un décret paysage en espérant par après changer de Ministère et rempiler à l'enseignement supérieur sans parler de financement, sans en gérer l'organisation pratique. À un moment ou à un autre, le Ministre va être confronté à sa précipitation pour boucler le décret avant les élections. Les établissements ont été pris à la gorge ils ne savent pas maintenant comment faire pour que leurs programmes soient en conformité pour la rentrée. Il n'a pas abordé la question d'un refinancement structurel, donc plus long que les cinq prochaines années, ou le système de l'enveloppe fermée qui ne permet pas au montant octroyé à l'enseignement supérieur d'augmenter avec le nombre d'étudiants. Ces éléments-là, il n'y coupera pas, c'est inévitable. Ça va être son boulet qu'il va traîner aux pieds pendant cinq ans, ce refinancement de l'enseignement supérieur! En gros, on connaît le menu, mais on ne sait pas à quelle sauce on va être mangés!
GUIDO: Les étudiants d'aujourd'hui se mobilisent-ils encore pour leurs droits?
Corinne Martin: Ça dépend vraiment des situations. Quand on va voir un étudiant en lui expliquant concrètement les causes de son problème, ça le fait immédiatement réagir. Alors, un étudiant révolté, il n'y a plus moyen de le tenir! Ça prend du temps d'aller vers les étudiants pour discuter de leurs problèmes et leur expliquer par exemple ce que ça signifie concrètement cette enveloppe fermée, par exemple. Ce travail de formation et de sensibilisation fait partie de notre mobilisation au jour le jour. Et on sent que ça bouge.
GUIDO: Quels seront les grands chantiers de la FEF pour l'année 2014-2015?
Corinne Martin: Notre campagne de rentrée sera axée sur le coût des études. On veut aller vers les étudiants pour leur expliquer que le minerval qui est gelé depuis quatre années ne va peut-être plus l'être dans le futur. Car cela ne figure pas dans la déclaration de politique communautaire. Ou leur faire comprendre qu'ils devraient avoir tous leurs supports de cours en ligne, ce qui n'est pas toujours le cas, alors que ça devrait normalement être un acquis. Toutes nos campagnes passées, qui ont été âpres et fatigantes, sont remises en cause maintenant, et il n'est pas question qu'on laisse passer ça. La FEF va donc aller vers les étudiants pour leur expliquer que leurs droits sont actuellement remis en cause et qu'il faut bouger pour que ça change.
GUIDO: Dans ce magazine, on a interviewé Emily Hoyos, ancienne présidente de la FEF reconvertie en politique, un parcours que tu pourrais imiter?
Corinne Martin: Je rempile déjà pour an, une chose à la fois! Je vais d'abord terminer mes études et mon mandat et après, je verrai bien ce que je vais faire.
Qui es-tu, Corinne Martin?
«Je suis présidente de la FEF pour la deuxième année consécutive. Je suis étudiante en droit (Master 1) à l'UCL, alors que j'ai fait mes Bacs à Namur. C'est là que j'ai commencé le mouvement étudiant au sein de l'AGE (Assemblée Générale des Étudiants). J'ai voulu m'engager après avoir été confrontée, en tant qu'étudiante, à des petits problèmes du quotidien (organisation des cours, supports de cours, repas, …). C'est cela qui m'a donné envie de m'investir et de faire pencher la balance du bon côté. D'abord à l'AGE, ensuite à la FEF. Après un an dans le bureau, j'ai eu envie d'avoir plus de responsabilités, ce qui m'a conduit très logiquement au poste de présidente.»