JEAN-PHILLIPE WATTEYNE: Itinéraire d'un cuistot sympa
Depuis sa participation en 2013 à Top Chef, Jean-Philippe Watteyne est partout! Alors qu'il lançait récemment son nouveau resto, iCook and Rooms, nous avons profité de l'occasion pour retracer son parcours sans faute en sa compagnie.
1981: Naissance d'une passion
C'est très tôt que la cuisine s'est imposée dans la vie du chef montois. Dès l'âge de quatre ans, il n'est donc pas rare de retrouver le petit Jean-Phi occuper à mitonner des bons petits plats dans les casseroles de la cuisine familiale. Jean-Philippe précise: «Il y a même des photos de moi à l’âge de deux ans avec un tablier. Ma maman cuisinait beaucoup et il y avait toujours de quoi faire dans la maison. Ma grand-mère faisait aussi énormément la cuisine. J’étais souvent en vacances chez elle et elle me laissait un peu tout faire.»
Années 90: École hôtelière
Ce n'est donc pas un hasard si Jean-Philippe choisit de mener des études hôtelières, même si ses parents l'ont obligé à faire des études générales jusqu'en troisième année. Et on imagine aisément le côté fou-fou du Jean-Phi étudiant, ce qu'il nous confirme d'emblée: «Comme j’avais un bon bagage, j’étais assez déconneur en classe. Je n’avais pas vraiment besoin d’écouter dans les cours généraux. Je foutais assez le bordel!» Même s'il avoue avoir été un peu choqué et dégoûté de prime abord par cette cuisine professionnelle qui apporte beaucoup de stress aux étudiants. Bizarrement, à l'issue de ses études, c'est vers l'option 'boulangerie-pâtisserie-chocolaterie' que se dirigera son choix, une option très complémentaire qui lui sert encore beaucoup aujourd'hui dans son quotidien de chef.
1998: Premiers pas à l'Air du Temps
Après ses premiers pas professionnels, le futur Top Chef atterrit dans la cuisine du restaurant L'Air du Temps tenu par le charismatique chef Sang Hoon Degeimbre. Il assiste donc à la genèse de l'éclosion de ce lieu qui a depuis obtenu deux étoiles d'un célèbre guide culinaire. Autre fait inattendu dans la carrière du jeune prodige de la cuisine, c'est en salle et non en cuisine qu'il officie… En effet, dégoûté par la cuisine, il souhaite dès lors ajouter une corde à son arc en effectuant ses premiers pas en salle.
Début des années 2000: Années de bourlingueur
«En 2001, suite à un problème personnel, je suis parti au Club Med,» nous explique Jean-Philippe. Le point de départ de cinq années durant lesquelles il met la cuisine entre parenthèses pour bourlinguer à travers le monde. Il continue: «L’ambiance était terrible au Club Med, cela fait sûrement partie de mes meilleures années.» Surtout que c'est cette parenthèse qui lui permet de rencontrer sa femme. Après avoir vécu dans le Sud de la France, Jean-Philippe revient vers sa terre natale, la tête pleine de souvenirs mais sans réellement savoir comment orienter sa future carrière professionnelle…
2005: Retour en cuisine
Alors qu'il n'ambitionnait pas forcément de revenir en cuisine, c'est par la force des choses que les couteaux se rappellent à son bon souvenir. «En France, mon frère me dit qu’un restaurant n’a plus de chef et me conseille d'y aller. Mon frère n’est pas du tout cuisinier, il voulait tout simplement me vendre. Je rentre donc en Belgique. Je n’avais pas besoin de chercher de boulot. Au début, c’était compliqué, mais j’ai commencé à changer la carte et cela m’a vraiment plu. Ce n’était plus du tout comme à l’école.» C'est donc seulement à ce moment-là que Jean-Phi effectue ses premières assiettes de cuisinier, des expérimentations parfois hasardeuses qui ont pourtant façonné le chef qu'il est encore aujourd'hui: «j’ai essayé de faire mieux avec de belles présentations dans une petite brasserie avec une cuisine très traditionnelle. Je tentais des trucs 'à la con'. Par exemple, les croquettes, au lieu d’en faire un plat, j’en faisais des montages en les coupant toutes droites. J’essayais, c'était le début…»
2009: Prémisses de iCook
Si son restaurant iCook n'est plus aujourd'hui à présenter, en 2009 ce n'est encore qu'un laboratoire d'expérimentations pour Jean-Philippe qui n'arrive pas à canaliser ses envies: «À l’ouverture, on a essayé de tout faire: des plats à emporter, des cours de cuisine et des tables pour les personnes qui voulaient venir manger dans le restaurant.» Ce n'est qu'après qu'il se consacrera au restaurant en priorité. Quoiqu'il en soit, cette expérience de chef à domicile l'a fortement aidé durant l'aventure Top Chef, comme «à pouvoir s’acclimater à une nouvelle cuisine en quelques minutes, aller chercher des produits chez les voisins, gérer des coupures de courant en pleine préparation d’un plat…»
2011: Le restaurant iCook voit le jour
Après ces quelques réglages, c'est en 2011 que le restaurant iCook en tant que tel accueille ses premiers clients. Un menu composé de «choses toutes simples» comme une salade de scampis à la mangue, une panacotta en dessert, une escalope, une pizza. Un premier service qui n'a pas réussi à déstabiliser le cuisinier: «je suis quelqu’un de très confiant, je l’ai toujours été. Enfin, positif plutôt. J’ai des doutes, mais je positive.» Même s'il a connu des périodes très difficiles au début, il a toujours travaillé pour y arriver, sans se départir de son éternel sourire. «Le jour où on me voit faire la tronche, il faut se poser de sérieuses questions!»
2013: L'aventure Top Chef
Fan de l'émission depuis la première saison, Jean-Philippe envoie sa candidature pour les trois premières saisons, mais sans succès. Pour sa dernière tentative, il fait appel à un photographe culinaire qui envoie les photos de ses plats à la production de l'émission de télévision. «C'est grâce à cela que j'ai été pris!» Très vite, le Belge et son copain nordiste, Florent Ladeyn, seront catalogués comme étant les deux candidats sympas face aux autres cuisiniers aux dents plus longues. «Je me suis totalement reconnu en découvrant les épisodes en même temps que les téléspectateurs. Je me demandais si ça allait refléter la réalité ou pas. Et oui, c’était vraiment ce qu’on vivait sur le plateau.» Malgré cet esprit de franche camaraderie, le tournage n'a pas été de tout repos pour les candidats. «Pendant près de deux mois, tout le monde est malade. Tous les participants ont la boule au ventre, on ne dort pas.» Si bien qu'il était quasiment content de tirer le couteau orange et de se dire que c’était enfin fini. «J’étais déçu de rater la finale, mais quand même soulagé que l’aventure s’arrête. C’est près d’une quarantaine d’épreuves qui s’enchaînent à une allure soutenue et c’est fatigant.»
Fin 2013: Ouverture du Bistro de Jean-Phi
Après son beau parcours dans l'émission de M6, les réservations ont évidemment explosé dans son restaurant. «C’est très compliqué de faire face à l’après. On n’est pas assez préparé selon moi. Par exemple, sur Facebook, les chiffres ont explosé. Il y a aussi les appels téléphoniques avec 400 coups de fil par jour à gérer. Mais c’était toujours positif.» Fort du succès engendré par Top Chef, il ouvre Le Bistro de Jean-Phi, un lieu visant à mettre la cuisine à la portée de tout le monde. Selon lui, «c’est important d’avoir plusieurs casquettes, de faire de la brasserie et de la cuisine gastronomique.»
2015: La nouveauté iCook and Rooms
À l'heure où nous interviewions Jean-Philippe, les préparations allaient bon train dans son nouveau restaurant, iCook & Rooms, qui est maintenant prêt à accueillir les gastronomes à Mons, dans un nouvel endroit. Un restaurant qui fait également office de maison d'hôtes pour les clients souhaitant terminer leur soirée dans un des quatre thèmes choisis par le chef et sa femme, en rapport avec leur expérience de vie. En effet, chaque chambre est un clin d'œil à certaines étapes de la vie du jeune restaurateur: une chambre aux couleurs de Top Chef, une chambre exotique pour rappeler son expérience au Club Med, une chambre bretonne pour souligner les origines de son épouse et une chambre belge. Maintenant qu'il est propriétaire de chambres d'hôtes, se verrait-il tenter l'aventure d'une nouvelle émission de télévision? «Si on parle de l’émission que l’on voit tous les jours (ndlr: Bienvenue chez nous), alors non. Je pense que j’en tuerais un avant (rires). Je n’aime pas ce genre de choses, le fait de casser l’autre pour aller plus loin dans l’aventure. Ce n’est pas comme dans Top Chef, où il faut vraiment être le meilleur pour gagner…»