ERIC BOEVER: «Ma seconde session? Un accident amoureux!»
Il est l'un des présentateurs emblématiques du 12 Minutes, résumé condensé de l'actualité du jour, sur La Deux. Jamais avare d'une petite phrase qui fait mouche, il nous semblait le client idéal pour notre interview 'Années d'études'. Et on n'a pas été déçu!
Eric Boever: Quand j’ai fini mes humanités, j’ai hésité avant de décider d'étudier le droit. De plus, étant namurois, j'ai donc commencé mes études là-bas. Plus pour une question pratique, car je ne kotais pas. J’ai ensuite été à Louvain-la-Neuve pour y faire mes licences. Et puis, j’ai eu cette envie de faire le journalisme en entamant une nouvelle licence en commu. J’ai également fait une année de service militaire en plus de ces sept années d’études… (rires)
Un blocus aux fraises
GUIDO: Vous avez choisi le droit par défaut, mais le journalisme n’était-il pas dans un coin de votre tête?
Eric Boever: Oui, bien évidemment. Mon père était journaliste, et je n’ai probablement pas voulu le faire directement. Je vis d'ailleurs la même chose actuellement avec mon fils. Je ne voulais pas avoir à subir des réflexions du genre: «Ah, tu fais comme papa!».
GUIDO: Que pointez-vous comme grandes différences entre le droit et le journalisme?
Eric Boever: Il y a quand même plus de créativité dans le journalisme. Maintenant, il y a un point commun entre ces deux fonctions: c’est la rigueur. On a certaines responsabilités, on joue même avec la vie de certaines personnes. Dans le droit en tant qu’avocat et dans le journalisme en traitant l’information importante. Mais la fonction d’avocat est quelque chose de plus solitaire qu’on ne retrouve pas dans le journalisme. Pour Le 12 Minutes, j’ai ma part d’indépendance, mais aussi une vie collective que j’adore, même s’il y a parfois des moments de tension.
GUIDO: Et Eric Boever à vingt ans, il était comment?
Eric Boever: À Namur, vu que je vivais chez mes parents, j’étais encore sage. Mais une fois arrivé à Louvain-la-Neuve, ça a changé parce que j’ai koté avec douze garçons dans un kot communautaire. C’était un véritable bouillonnement culturel. Tous les soirs, j’allais quelque part. Je me rendais à des débats, des fêtes ou encore à des soirées. J’avais une technique pour ne pas aller trop en cours, mais une fois Pâques arrivé, je me mettais en mode 'hibernation' en me rendant chez ma grand-mère à Wépion ou il n’y avait rien pour me distraire, à part chaparder les fraises. (rires)
GUIDO: Vous n'avez jamais eu de seconde sess'?
Eric Boever: Si, par amour. Mes préoccupations étaient légèrement partagées. Je me rappelle d’une seconde session à cause d’une relation, mais ensuite, je lui ai bien fait comprendre que je devais réussir. C’était un accident amoureux… (rires)
GUIDO: Et le baptême?
Eric Boever: Non, je n’ai jamais fait mon baptême même si je ne condamne pas ce genre de pratique. J’ai été scout… Je ne veux pas faire ma précieuse, mais voir des étudiants vomir dans les rues et gérer leur état… Mais j’ai fait la Saint-Nicolas, dont une finie dans un poste de police.
Bagarres à la lance incendie
GUIDO: Passer de Namur à Louvain-la-Neuve, ça a été un choc?
Eric Boever: Au soir, on se baladait dans les quartiers à Louvain-la-Neuve. Dès qu’on entendait de la musique dans une maison, on montait et on y allait. C’était bruyant partout. Dans cette ville, on a découvert pas mal de choses, comme cuire des spaghettis dans la sauce tomate… Je me rappelle aussi de bagarres à la lance incendie. Dès qu’on a découvert qu’il y avait cet objet dans notre kot, on a commencé à arroser les autres kots par les fenêtres! On faisait également des parties de poker jusqu’à sept heures du matin. On avait bien compris qu’à douze, on pouvait s’amuser!
GUIDO: Parlons études maintenant: c'était déjà clair dans votre tête que votre carrière passerait par la télé?
Eric Boever: Non, pas du tout. Je me voyais comme journaliste en presse écrite. Je faisais des piges pour une rédaction sportive avec Benoit Mariage, qui a plus ou moins le même parcours que moi. Nous avons fait nos études ensemble, nous avons fait droit aussi ensemble, mais lui a décidé ensuite de se diriger vers le cinéma. Mais le fait d’être à la télévision était un coup de bol. Il y a eu un examen de recrutement à la RTBF au Heysel. Nous étions 500, un truc de malade. J’ai réussi les épreuves les unes après les autres. Et j’ai été engagé. Je suis donc entré à Radio 21. Ma vie est une suite de hasards et de concours de circonstances en quelque sorte.
GUIDO: Vous vous souvenez encore de votre première télévision?
Eric Boever: J’ai commencé par faire des brèves à la radio, pour ensuite passer dans la rédaction bruxelloise, mais je ne me souviens plus de ma première télévision. Je pense que j’ai dû faire un reportage sur le salon de l’inventeur. J’ai tout de suite découvert la puissance de la télé, car dès que je suis arrivé avec une caméra, les gens ont essayé de m’attirer, des gens qui tentaient de me séduire ou encore des gens qui me proposaient de l’argent pour les filmer.
Les étudiants trop nombreux?
GUIDO: On vous arrête parfois dans la rue?
Eric Boever: Oui, bien évidemment. Mais à 22 heures 30, les gens sont déjà dans un léger sommeil, donc ils ne retiennent pas forcément mon visage! Mais lorsque je vais au restaurant, on me demande si je vais manger mon plat en douze minutes! Les gens me parlent à 99% du petit clin d’œil qui est à la fin du journal. Je me pose d’ailleurs la question s'il ne serait pas mieux de faire simplement les trente dernières secondes, car les gens ne retiennent que ça! Ce qui me fait un peu peur, car faire rire n’est pas le but du 12 Minutes, mais c’est plutôt la sucrerie à la fin du repas, le petit dessert…
GUIDO: Comment s’organise la gymnastique autour du 12 Minutes par rapport au JT de 19h30?
Eric Boever: C’est un exercice qui me plaît, car ce n’est pas plus facile que le 19 heures 30. Le 12 Minutes, c’est un autre exercice, où il faut tout concentrer. Lancer un sujet de deux minutes et le résumer en mettant un petit son, il faut bien le choisir, bien peser ses mots, gérer le moment assez court.
GUIDO: Vous êtes fan des bons mots, comme celui sur Nicolas Sarkozy qui a fait un petit buzz dans les médias!
Eric Boever: C’est comme ça depuis le début. Sur Radio 21, je faisais les brèves dans le journal. Il y en avait cinq au total. Je devais faire cela de manière informative, mais également en mettant un peu de légèreté avec un trait d’humour. Et je suis persuadé que cela a sa place partout.
GUIDO: Au vu de votre parcours, quels conseils donneriez-vous au élèves en communication?
Eric Boever: D’abord, d’être moins nombreux (rires). C’est affolant le nombre d’étudiants dans les différentes écoles qui font communication. Ils sont attirés par plein de choses, mais il faut être conscient qu’ils n’atteindront pas leur objectif, comme être présentateur par exemple. Une chose est certaine, c'est l'importance des langues. En Belgique, les néerlandophones sont plus nombreux, à Bruxelles, on parle beaucoup anglais. Il y a aussi le web qui est très important. Utiliser les outils web. Être actif sur les réseaux sociaux, même si moi je ne le fais pas, car c’est prenant. Être flexible également. Mais il y a d’autres débouchés dans la communication, comme des sociétés avec des sites Internet aussi… Sinon, c’est prévu pour quand cet article? Car si c’est avant les examens, je n’ai qu’un conseil, ne lis pas ceci et replonge dans tes syllabus!