La rentrée ciné de CATHY IMMELEN
Malgré sa rentrée chargée et le retour à l'antenne de Tellement Ciné, nous avons réussi à papoter avec Cathy Immelen autour d'un café avant la vision de presse de Blair Witch. Toujours aussi charmante, la jolie rousse s'est aussi rappelé que c'est au Guido Magazine qu'elle avait accordé la toute première interview de sa carrière il y a déjà quatorze ans!
GUIDO: C'est à Guido que tu as donné ta première interview il y a maintenant quatorze ans! Que dirais-tu à la Cathy de 2002 si tu devais l'avoir en face de toi?
Cathy Immelen: Je lui dirais: «Sois plus indulgente avec toi-même, ne te prends pas la tête». J'étais en effet très stressée à mes débuts, du fait de débarquer dans le milieu des médias. En passant à l'antenne, je me suis posé beaucoup de questions sur mon physique, ma manière de parler, ma légitimité surtout. À l'époque, ça me rendait vraiment malade, je n'en dormais pas la nuit, je n'arrivais pas à me regarder, j'étais pétrifiée par l'aspect 'personnalité publique' de ce travail. Dorénavant, je me suis rendu compte qu'il ne fallait pas se focaliser sur les remarques, les critiques, il faut se fier à son instinct et ne pas se rendre malade comme je l'ai fait.
GUIDO: Dans cette même interview, tu déclarais être le clown de la bande, c'est toujours le cas?
Cathy Immelen: J'étais bien le clown de la bande, et ça n'a pas changé depuis. Même si je suis un peu plus discrète à ce niveau-là, j'essaie de passer plus inaperçue qu'à l'époque. Je suis toujours aussi drôle, mais de manière plus discrète! (sourire)
«Ma vie est totalement imprévisible»
GUIDO: Tu es maintenant un personnage public, on doit donc beaucoup t'arrêter en rue ou dans le métro?
Cathy Immelen: Les gens viennent beaucoup me parler, toujours très, très gentiment. Ils me disent toujours «vous me faites trop rire» alors que je ne fais pas des sketches ni de l'humour! Ça veut dire que je dois dégager quelque chose de rigolo ou de sympathique. Mais de là à dire que je fais rire! (rires) La seule chose qui est un peu plus compliquée, ce sont les festivals de musique, les endroits où il y a beaucoup de monde et où les gens picolent un peu. Les garçons qui ont bu peuvent être parfois un peu collants! Soyons clair. (sourire)
GUIDO: Entre les visions de presse, les interviews, la radio ou les enregistrements télé, ta vie est une vraie course contre la montre!
Cathy Immelen: Ma vie est totalement imprévisible. Je connais mon horaire avec plus ou moins une semaine d'avance, mais la semaine d'après je suis incapable de dire si je devrai travailler tôt le matin ou tard le soir… Chaque jour est une énorme surprise, tout est bousculé, je dois annuler des choses. Je cours tout le temps!
GUIDO: Ce rythme te convient-il?
Cathy Immelen: Eh bien oui! Je ne pourrais pas faire un 9-17 dans un bureau et que ce soit toutes les semaines la même chose. C'est ce que je préfère dans mon métier, ces chamboulements perpétuels.
GUIDO: Tu passes ta vie dans les cinémas, ne frôles-tu jamais l'overdose? Tu n'as jamais envie de passer une semaine sans grand écran?
Cathy Immelen: De la mi-juillet à la mi-août, je suis en congé et je ne vois pas un seul film! Pendant l'année, il y a bien des moments où je sature, comme en fin de saison ou après le Festival de Cannes. Lors de celui-ci, je vois une trentaine de films sur douze jours et quand je reviens, mon esprit n'arrive plus à se concentrer. Au bout de trois films la même journée, je suis parfois épuisée, parce qu'il faut être dedans, vivre les émotions et réfléchir à ce qu'on va dire ensuite dessus. L'air de rien, c'est très fatigant, mais je ne me plains pas; je sais qu'il y a des gens qui font des boulots beaucoup plus répétitifs et aliénants.
GUIDO: Tu dois aussi bien te taper le dernier Fast And Furious qu'un drame social serbo-croate de deux heures trente. Ne t'est-il jamais arrivé de t'endormir devant un film plombant ou un navet de première classe?
Cathy Immelen: J'essaie vraiment de tout voir. Je ne vais pas voir quelques films d'horreur, parce que je suis hyper sensible à ça. Je suis d'ailleurs une mauvaise critique des films d'horreur parce que je fonctionne dans tout. Je suis vraiment une chochotte. Mais je dois reconnaître qu'il m'est déjà arrivé de m'endormir en vision de presse. Je connais très bien la technique pour se caler dans son fauteuil et faire dodo, y a aucun souci! (rires)
«Je ne critique jamais un film pour le démolir sauf si on se fout de la gueule du spectateur!»
GUIDO: On a l'impression que tes goûts cinématographiques vont aussi bien vers Very Bad Trip que Lars von Trier…
Cathy Immelen: En effet, je n'ai aucun a priori. Ça peut être un film avec Franck Dubosc, je ne me dis pas immédiatement que ça va être mauvais. J'aime beaucoup vivre des émotions au cinéma, autant pleurer que rire. Et réfléchir aussi. On a trop tendance à catégoriser les gens: «le grand public n'aime que les blockbusters et les intellos que le cinéma pointu». Ce n'est pas vrai du tout, il ne faut pas snober les blockbusters. Moi, Ghostbusters cet été, j'ai adoré. Comme la saga Jason Bourne ou les comédies de Judd Apatow. En même temps, on peut attirer les gens vers des choses plus pointues et difficiles si on leur explique bien ce qu'on va y apprendre ou ressentir. Il faut sortir de la salle en ayant appris quelque chose ou en ayant été secoué. En tout cas, en ayant l'impression de ne pas avoir perdu son temps. Mon métier, c'est de donner envie aux gens d'aller au cinéma, d'être une conseillère et peut-être d'attirer leur attention sur d'autres choses. Je ne critique jamais un film pour le démolir sauf si on se fout de la gueule du spectateur!
GUIDO: Tu as l'habitude du calme en vision de presse. On suppose que ça doit être difficile pour toi d'aller au cinéma avec tous ces bruits intempestifs!
Cathy Immelen: Je trouve ça insupportable: les odeurs de nachos, les bruits de pop-corn et les gens qui décrochent leur téléphone. Par contre, j'aime bien voir les films d'animation en compagnie d'enfants pour sentir leurs réactions. Ça me permet de me rappeler des émotions que j'aurais ressenties à leur âge. Comme les comédies où il est très intéressant d'être porté par les rires de la salle.
GUIDO: Tu es en quelque sorte la Madame Cinéma de la RTBF. N'as-tu jamais envie d'explorer d'autres horizons que le septième art?
Cathy Immelen: Faire autre chose, je n'en sais rien. Peut-être qu'à un moment donné, ils vont se dire «elle n'est plus très jeune ni très fraîche, prenons quelqu'un d'autre»! (rires) Je pense que je ne me lasserai jamais du cinéma, mais si j'avais l'opportunité de faire autre chose, je pense que ça ne me déplairait pas du tout. Travailler en coulisses des émissions, faire de la production ou du coaching d'animateur, travailler sur la direction artistique des émissions, … Sinon, une émission de tourisme, de voyages ou de cuisine, ça reste toujours mon petit fantasme!
GUIDO: Tu as interviewé pratiquement toutes les stars hollywoodiennes, françaises ou belges. Y a-t-il encore des acteurs qui t'impressionnent encore?
Cathy Immelen: Je suis impressionnée par ceux qu'on peut appeler les 'monuments' (De Niro, Harrison Ford, …) ou les réalisateurs que j'aime beaucoup. Des gens qui ont du métier et ont tourné dans des films cultes. Je dois être la 5000ème interview de leur vie au minimum! Ces gens-là m'impressionnent parce qu'on ne leur fait pas à eux. Il ne faut pas arriver avec une question débile! (rires) Il faut savoir ce qu'on raconte et rebondir sur leur travail ou leur filmo. Et aussi quelques beaux garçons m'impressionnent, mais ça, c'est juste physique!
«Pour les journalistes, le Festival de Cannes est tout sauf glamour»
GUIDO: En parlant de beaux garçons, on connaît ton 'amour' pour l'acteur flamand Matthias Schoenaerts!
Cathy Immelen: J'ai démarré jeune. Et j'ai toujours eu peur que cette jeune fille blonde ne soit pas prise au sérieux ou qu'on me prenne juste pour une speakerine. Ce ne sont pas les gens qui m'impressionnent, mais j'ai juste envie, moi, de maîtriser mon truc à fond. Justement, avec Matthias Schoenaerts, j'ai toujours peur d'avoir l'air d'être une fan et c'est donc avec lui que je suis la plus froide et la plus professionnelle.
GUIDO: De quel acteur gardes-tu le meilleur souvenir?
Cathy Immelen: Il y en a beaucoup. En général, j'ai un bon contact et j'arrive à mettre les artistes à l'aise. Je dirais Johnny Depp même s'il a un peu mauvaise presse pour le moment! (sourire) Je l'ai rencontré juste après avoir interviewé Marion Cotillard avec qui ça ne s'était pas très bien passé. J'étais un peu dépitée d'avoir foiré ma précédente interview et j'ai directement senti qu'il n'allait pas vendre sa soupe et que j'allais pouvoir lui poser de vraies questions. Pendant l'interview, il m'a même pris la main! Il a été très chaleureux et très ouvert comme si on était en train de boire un café. Et ça, c'est rare.
GUIDO: Tu parlais justement de ce 'vent' mythique de Marion Cotillard, comment t'expliques-tu ce froid glacial qui régnait entre vous lors de cette interview?
Cathy Immelen: Ce que les gens ont vu, ce n'est pas l'interview, mais ce qui se passe avant. Elle tournait Nine de Rob Marshall à l'époque, une comédie musicale pour laquelle elle devait beaucoup se donner physiquement. Je pense qu'elle était épuisée, je me souviens que son garde du corps a quasiment dû la porter pour qu'elle s'asseye. Elle était dans son film et on a dû nous la 'sortir' pour faire des interviews pour un autre film. Je l'ai réinterviewée depuis et elle a été charmante, je pense donc que c'était juste le mauvais jour.
GUIDO: Ton métier t'emmène aussi chaque année à Cannes pour son Festival. Est-ce vraiment aussi glamour qu'on se l'imagine?
Cathy Immelen: Pour les journalistes, le Festival de Cannes est tout sauf glamour. Tous les jours à huit heures, on est au cinéma et on finit de bosser à onze heures, minuit. Entre les deux, c'est la course non-stop. On ne mange pas, on ne se repose pas, il faut courir d'un bout à l'autre de la Croisette, voir des films, faire des interviews, écrire des papiers, faire du montage, aller aux conférences de presse, … Donc, je ne vais pas à une seule soirée. La première année, je l'ai fait et je suis rentrée à trois heures du matin. Quand tu vois ta tête le lendemain devant un film de Lars von Trier auquel tu ne comprends rien, c'est très douloureux. Même niveau fringues, les gens pensent que je dois porter des belles robes alors que je suis en baskets et en vêtements hyper faciles toute la journée. Plus les jours avancent, plus je suis crevée et moins je fais attention à moi. À la fin, c'est limite si je n'y vais pas en training! C'est un marathon extrêmement épuisant.
Photos: (c) RTBF/J-M Byl