NAWELL MADANI: La nouvelle queen de l'humour
La nouvelle star de l'humour, c'est elle! Et cocorico, Nawell Madani est belge. Une belgitude que l'humoriste revendique même jusqu'au titre de son one-woman-show, C'est moi la plus belge, qu'elle défendra une nouvelle fois au Cirque Royal le 6 mai prochain.
GUIDO: Peu de gens le savent, vous n’avez pas fait des études de danse mais de marketing, pourquoi un tel choix?
Nawell Madani: C’était un 'deal' entre ma famille et moi: si je voulais continuer à vivre de ma passion, je devais avoir un bagage solide. J’ai donc choisi le marketing car, pour moi, c’était des études qui pouvaient s’adapter à n’importe quel corps de métier. Je me suis dit que pour vivre de mon art, la seule lacune à part le talent était de savoir s’exposer, de savoir 'se vendre'. Je me suis alors dirigée vers le marketing management qui touche aussi à la communication. C’était un choix réfléchi pour pouvoir continuer à faire ce que j’aime mais de manière judicieuse.
GUIDO: Si vous deviez dresser le portrait de la Nawell étudiante, quel serait-il?
Nawell Madani: Je me rends compte qu’on a tendance à dire trop tard aux jeunes de réfléchir et de savoir ce qu’ils veulent faire plus tard. Car, pour moi, une fois qu’on sort des études secondaires il est déjà trop tard, le choix de ses futures études doit se faire bien avant. Pour ça, il faut intéresser les jeunes à tous les domaines. Si on n'a aucun bagage en sortant de secondaire, c’est très compliqué. Par exemple, j’ai tenté l’EPHEC en ayant négligé les langues et en ayant choisi en secondaire des options comme biologie ou économie car c’était celles qui me paraissaient les plus sympas. Je me suis alors retrouvée à l’EPHEC avec des cours d’anglais et de néerlandais poussés et de très mauvaises bases en économie. J’ai raté ma première année, changé d’école et je me suis dit qu’on aurait plus dû me pousser à choisir plus tôt ce que je voulais faire.
GUIDO: Et au niveau social?
Nawell Madani: J’ai toujours été très bonne élève, mais j’aimais aussi sortir et rigoler! Mais je voulais tellement réussir et finir rapidement mes études que je m’y suis consacrée très sérieusement.
«Il n'y a rien de pire que de vivre un bide»
GUIDO: À 22 ans, vous descendez à Paris, pourquoi ne pas avoir d’abord tenté votre chance en Belgique?
Nawell Madani: Parce qu’il n’y a rien en Belgique pour les artistes! C’est une vérité, on n’a même pas d’émission de télé où on pourrait s’exposer! On n’a même pas de radio comme Rires et chansons. On doit très souvent être reconnus ailleurs pour ensuite être reconnus dans notre propre pays… Le côté néerlandophone du pays a moins ce problème, ils ont une véritable vitrine d’artistes qui arrivent à vivre de leur passion.
GUIDO: Est-ce que vous vous souvenez de votre première scène? Dans quel état d’esprit étiez-vous?
Nawell Madani: Je me souviens très bien de mon premier sketch, car à ce moment-là je me suis dit que si ça marchait, je pouvais continuer, sinon je devrais arrêter. C’est très compliqué de monter sur scène pour faire rire les gens, surtout quand, comme moi, on ne commence pas jeune et que du coup on a déjà un passé, de danseuse et chorégraphe pour ma part. On se dit qu’il y aura peut-être des gens qu’on connaît qui seront dans la salle et qui se demanderont ce qu’on fait là. Il n’y a rien de pire que de vivre un bide! Mais je suis montée sur scène et ça a cartonné! Je pense que c’était la chance du débutant, mais c’était vraiment magique. On acquiert quand même continuellement de l’expérience avec chaque nouveau public. On remet chaque soir son titre en jeu et dès qu’on entend les premiers rires dans la salle, on reprend tout de suite confiance. Les premiers rires sont toujours ceux qui vont faire en sorte de donner le rythme de la soirée.
GUIDO: Comment sont créés vos sketches?
Nawell Madani: J’écris mes sketches seule, pour le moment j’ai encore assez de créativité (rires). Mais je partage énormément avec mon entourage et, souvent, c’est comme un jeu de ping-pong: j’écris un sketch sur quelque chose qui m’a fait rire ou une anecdote dans une soirée. De toutes manières, c’est le public qui décide si le sketch est bon ou pas.
GUIDO: Est-ce important que le titre de votre spectacle (C’est moi la plus belge) mette en avant votre pays d’origine?
Nawell Madani: Effectivement. Je sortais du Jamel Comedy Club, où tous les membres s’inspirent un peu de la même chose: de la vie parisienne, du métro, des roms, … Moi, j’avais une toute autre histoire à raconter, je n’ai pas grandi en banlieue, je n’ai pas connu les HLM, les problèmes d’intégration ou d’identité nationale. En Belgique, on est plus dans les problèmes Flamands/Wallons (rires). Je devais donc dire aux spectateurs: «Je m’appelle Nawell Madani, je suis maghrébine mais de Belgique et mon histoire est différente des autres». Le fait de dire que j'étais belge a d’abord, forcément, attiré la curiosité. Comme le Belge a beaucoup d’autodérision, il aime que l’on rit de lui et il sait rire de lui-même.
GUIDO: Qu'est-ce qu’il y a de plus belge en vous?
Nawell Madani: Mon autodérision, sans hésiter! Et le fait d’être cool et de ne pas me prendre au sérieux.
«Les gens s’attendent à ce qu’on les fasse rire tout le temps»
GUIDO: Vous êtes très présente sur les réseaux sociaux, est-ce important pour vous?
Nawell Madani: Aujourd’hui, si on n’existe pas virtuellement, on n’existe pratiquement pas! Les gens ne regarde plus autant la télé, ils suivent sur Internet les personnalités qu’ils ont vraiment envie de suivre. C’est grâce aux réseaux sociaux que je me suis fait connaître et on peut dire que je remplis mes salles grâce à eux. Je suis totalement un produit du net. Je suis une des rares à faire des sketches à la fois sur les réseaux sociaux et sur scène. La génération précédente d’humoristes est aussi sur les réseaux sociaux mais ne les manipule pas de la même façon. Et pour ce qui est des Youtubeurs, très peu d’entre eux montent sur scène.
GUIDO: Est-ce que la notoriété est facile à vivre?
Nawell Madani: Je pense que, comme tout être humain, j’ai mes humeurs, selon les aléas du quotidien. Ça m’est déjà arrivé d’apprendre une mauvaise nouvelle et d’en pleurer, et ça n'empêche pas des gens qui me reconnaissent de demander un selfie ou un snap! On demande constamment aux humoristes d’être accessibles et de bonne humeur, ce qui est un exercice très difficile. Les gens s’attendent à ce qu’on les fasse rire tout le temps, c’est très compliqué.
GUIDO: On vous a proposé Danse avec les stars, mais vous avez refusé, pourquoi?
Nawell Madani: Parce que j’avais une tournée à faire et un film à réaliser, c’était impossible niveau planning! Sinon, ça aurait été un chouette chalenge à relever!
GUIDO: Votre spectacle est un vrai show à l’américaine!
Nawell Madani: Comme je suis danseuse à la base et que, toute ma vie, j’ai rêvé de monter sur scène pour danser avec des lumières rien que pour moi, j’en profite pour faire les tableaux que j’ai toujours eu envie de faire. J’ai envie que mon public s’émerveille, aussi.
GUIDO: Si on vous compare à Virginie Hocq ou Florence Foresti, vous reconnaissez-vous?
Nawell Madani: À part le fait qu’on soit toutes les trois des femmes, je ne vois pas trop de liens! Avant de débuter, mon modèle était plutôt Elie Kakou. Il était à fond dans ses spectacles, il a amené de la danse et des chorégraphies dans l'humour bien avant tout le monde.
«J’offre une Twingo à tout le premier rang!»
GUIDO: Cela fait trois ans que vous tournez avec votre spectacle, n’y-a-t-il pas une certaine lassitude qui s'installe?
Nawell Madani: Bien sûr, je pense au deuxième spectacle, mais je n’ai aucune idée de vers quoi je vais le diriger. Celui-ci, je dirais qu’on lui dit petit à petit au revoir, tout en essayant de me surprendre tous les soirs. Je compare ça au fait de cuisiner: vous y prenez toujours plus de plaisir quand vous le faites pour plusieurs personnes, afin qu’elles partent contentes de ce qu’elles ont mangé. Donc, si on reproche à un cuistot de faire le même plat tous les jours, il vous répondra qu’au moins tous les jours, une personne différente le goûte.
GUIDO: Comment feriez-vous le teasing de votre spectacle à nos lecteurs?
Nawell Madani: J’offre une Twingo à tout le premier rang! (rires) Plus sérieusement, je leur dirais que c’est le parcours d’une jeune mère belge qui quitte sa province natale pour Paris afin de rendre fière sa famille. Je leur dirais de venir voir mon spectacle pour voir que tout est possible.
GUIDO: Et pour le jeune qui aimerait se lancer dans l'humour?
Nawell Madani: On peut tout avoir, à condition de s'en donner les moyens.
GUIDO: Votre prochain projet, c’est un film en tant que réalisatrice. Pourquoi avoir eu envie de passer derrière la caméra?
Nawell Madani: Pour parler un peu de ma vie mais de façon très romancée. Ça a été une expérience inouïe assez importante qui sera, j'espère, dans la continuité de mon spectacle, en espérant qu'il plaise aussi à mon public.
GUIDO: Envisagez-vous ensuite de passer au cinéma 'à temps plein'?
Nawell Madani: Non, c’est un tout autre exercice. Il est important pour moi de garder ce lien avec les planches. Si je dois refaire des films, je choisirai des scénarios qui me plaisent et qui sont en cohérence avec la personne que je suis.
Photos: (c) Ahmed Bahhodh