Henri PFR: «Je ne sais pas danser, c'est pour ça que je suis devenu DJ!»
En deux hits (Until The End et Home), il est devenu la coqueluche des dancefloors! De Bruxelles à Dubaï en passant par Miami et la Thaïlande, Henri PFR ne cesse d'exporter sa musique aux quatre coins du monde, ce qui l'a obligé à mettre ses études entre parenthèses. Rencontre avec le DJ belge du moment.
GUIDO: En deux ans, ta vie a totalement changé!
Henri PFR: C'est assez fou, je ne m'y attendais pas. À la base, tout est parti d'un buzz Internet. Après avoir posté une mixtape sur YouTube, cette vidéo a cartonné et passé le cap des septante millions de vues, ce qui est assez énorme. J'étais encore aux études à ce moment-là, et ce buzz était complètement inattendu. Suite à cela, des managers et des labels m'ont contacté, alors que je n'étais pas encore dans l'optique de devenir professionnel à ce moment-là. Ça a donc été la grosse discussion avec mes parents: on fait des études ou on fait de la musique? Le deuxième choix s'est imposé et ma vie a depuis totalement changé: j'ai des autres horaires, je voyage beaucoup et je ne fais plus trop la fête (sourire).
GUIDO: Tu affirmes ne pas vouloir devenir professionnel à ce moment-là, mais ce rêve de carrière devait quand même être présent dans un coin de ta tête?
Henri PFR: C'était un rêve, comme celui de beaucoup de gens qui souhaitent vivre de leur passion. Et j'ai la chance que ce se soit concrétisé. En plus, c'est arrivé en plein milieu de mon blocus! (rires) On a fait ça vite fait avec un pote qui buvait une petite bière à côté de moi… En une heure, c'était bouclé!
Un étudiant last-minute et bavard
GUIDO: Comment es-tu passé d'une formation classique au deejaying?
Henri PFR: J'ai en effet commencé par une formation classique qui m'a aidé à devenir DJ, dans le sens où j'ai été baigné dans la musique depuis mon plus jeune âge. Dès l'âge de 9 ans, j'ai commencé à chipoter sur GarageBand sur l'ordinateur de mon père. Je m'amusais déjà à copier-coller des loops de sons ensemble, je faisais déjà de la production sans m'en rendre compte! Aujourd'hui encore, je cherche toutes mes mélodies au piano, tout vient toujours du classique, finalement.
GUIDO: Un petit mot sur tes études…
Henri PFR: J'avais commencé sciences éco à Solvay. Pour l'anecdote, j'étais en cours avec Lost Frequencies. On a même signé ensemble notre premier contrat à Amsterdam et on a arrêté nos études exactement au même moment.
GUIDO: Tes parents t'ont facilement laissé quitter les études?
Henri PFR: Finalement, c'est un choix qu'on a fait ensemble. J'ai eu du bol d'avoir des parents artistes qui ont rapidement compris mon envie. À cette époque, je faisais mes études à moitié et la musique à moitié. Au lieu de faire tout à moitié, j'ai choisi de faire quelque chose à 100%. C'était un choix difficile et risqué, mais pour l'instant, je ne regrette pas le moins du monde d'avoir pris un break dans mes études.
GUIDO: Quel genre d'étudiant étais-tu?
Henri PFR: J'étais le type-même de l'étudiant last-minute. J'avais la chance d'avoir une bonne mémoire à court terme, mais très mauvaise à long terme. Je n'ai jamais été un mauvais étudiant, même si j'étais du genre bavard en classe. Mon seul regret après avoir arrêté les études, c'est de ne pas avoir eu cette formation qui t'ouvre l'esprit.
GUIDO: Pendant les fêtes étudiantes, tu étais plutôt sur la piste de danse ou déjà derrière les platines?
Henri PFR: J'étais déjà davantage derrière les platines. En fait, je ne sais pas du tout danser, c'est pour ça que je suis devenu DJ, je pense! J'étais plutôt du genre à aller boire des bières au bar avec des potes.
Un geek derrière son ordinateur
GUIDO: Après des sets à Ibiza, en Californie ou à Dubaï, ce n'est pas la déprime de revenir en Belgique?
Henri PFR: C'est justement tout le contraire! Ça fait toujours du bien de revenir en Belgique. À l'étranger, tu mixes devant mille personnes et une heure plus tard, tu te retrouves tout seul dans ton lit, c'est difficile de comprendre ce qui s'est passé. À Bruxelles, par contre, je suis hyper bien, je peux aller boire un verre avec des amis au Cimetière d'Ixelles par exemple. Ça fait du bien de retrouver ses habitudes quand on a une vie où tout se fait au jour le jour.
GUIDO: Lost Frequencies, Alex Germys, Kid Noize, … Comment t'expliques-tu l'émergence de cette nouvelle scène électro belge?
Henri PFR: Une explication, je n'en ai pas… Peut-être est-ce dû au fait qu'on est tous potes et qu'on s'entraide entre nous. Alex Germys, par exemple, est devenu un de mes meilleurs amis, Lost Frequencies m'a invité sur sa scène cette année à Tomorrowland, avec Kid Noize on s'est souvent vus en studio pour peut-être faire un morceau ensemble. On est une vraie bande de potes, c'est ça qui fait notre différence. Sans vouloir casser du sucre sur leur dos, j'ai l'impression que la génération d'avant se marchait un peu les uns sur les autres.
GUIDO: Comment arrives-tu à garder les pieds sur terre face à un tel succès?
Henri PFR: Je n'ai aucune légitimité à me la péter. Parce qu'au final, je suis quoi? Un geek derrière son ordinateur qui fait de la musique! Pour moi, la musique, c'est juste un partage d'émotions, je suis juste un "chef d'orchestre de fête"! Je n'estime donc pas que j'ai un meilleur métier qu'un autre. Je n'ai aucune raison de prendre la grosse tête. Ce serait d'ailleurs la pire insulte qu'un de mes amis pourrait m'adresser.
GUIDO: Cette célébrité est-elle toujours facile à gérer?
Henri PFR: On m'arrête de plus en plus dans la rue, mais ça reste très chouette. Bon, j'évite quand même certains endroits comme les Jeux d'Hiver où c'est un peu plus chiant d'être apostrophé. Sinon, c'est toujours sympa que quelqu'un vienne t'aborder pour te dire qu'il apprécie ta musique.
En backstage avec Paris Hilton
GUIDO: Tu participes cette année à Tomorrowland, le Saint-Graal absolu pour tous les DJ!
Henri PFR: Je mixe cette année à Tomorrowland, trois jours différents sur trois scènes différentes. Ce sera évidemment très stressant, mais ça va être chouette, c'est un rêve qui devient réalité. Je vais essayer de tout donner. Il y a deux ans, j'étais encore dans le public et c'est assez sympa de voir qu'en deux ans, je reviens de l'autre côté de la scène.
GUIDO: Jouer dans un festival, est-ce différent par rapport à un club?
Henri PFR: En club, je vais plus oser des choses, tester des titres pour voir comment les gens réagissent. Dans un festival, je joue uniquement des titres qui cartonnent, je prends aussi plus le micro, je me mets debout sur la table, je joue avec le public, …
GUIDO: Comment convaincrais-tu nos lecteurs à venir te voir cet été en festival? Que doit-on attendre d'un concert de Henri PFR?
Henri PFR: Du sexe, de la drogue et des putes! (rires) Non, pas du tout évidemment! Je leur promets de leur retourner la tête. Si je n'y arrive pas, je leur offre une bière! (rires)
GUIDO: Comment arrive-t-on à faire le grand écart entre un set gigantesque à Dubaï et un autre plus confidentiel à Namur?
Henri PFR: Qu'il y ait 10.000 ou 50 personnes, je donne toujours tout ce que je peux. S'il n'y a que cinq personnes qui sont venues te voir, tu dois leur donner le même show qui s'il y en avait cinq-mille. C'est un de mes principes: me donner toujours autant à n'importe laquelle de mes dates.
GUIDO: Les backstages des festivals font parfois rêver, y as-tu déjà fait des rencontres surprenantes?
Henri PFR: À Miami en mars dernier, dans les backstages de l'Ultra Music Festival, alors que je suis occupé sur mon GSM, quelqu'un me tape sur l'épaule. Je me retourne et je vois une blonde qui me demande en anglais si je peux partager ma connexion 3G parce qu'elle a perdu son téléphone et que son copain n'a plus de 3G. Je la reconnais, c'est Paris Hilton! J'ai pu faire une photo avec elle, par contre je n'ai pas pu partager ma connexion étant donné que j'avais un numéro européen!
GUIDO: Tu as clairement foiré ton coup!
Henri PFR: Eh oui, je suis passé à côté du coche! (rires)
Photo: (c) Tobias Stoffels