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22/09/2020

ADÉLAÏDE CHARLIER: La porte-parole d'une jeunesse qui se bouge pour le climat

Depuis plus d'un an, elle est sur tous les fronts quand il s'agit de lutter contre le changement climatique. Mais qui est réellement Adélaïde Charlier? Guido a voulu en savoir plus…


«Notre objectif est de remettre la crise climatique à sa juste place: au centre du débat politique et citoyen»

GUIDO: Te souviens-tu encore des origines de ton engagement écologique?
Adélaïde Charlier
: J'ai toujours aimé m'engager, que ce soit dans une équipe sportive ou dans d'autres activités. À l'école, je faisais partie d'un groupe d'Amnesty, Oxfam, Ecoteam… J'ai ensuite été la représentante belge francophone des jeunes chez Amnesty International. Quand j'ai déménagé au Vietnam à l'âge de 12 ans, je suis entrée dans l'équipe de natation à l'École Internationale des Nations Unies de Hanoi. Au Vietnam, les mélanges de cultures m'ont aidée à m'ouvrir et je suis revenue en Belgique très active et désireuse de participer à un monde plus riche de justice et de respect du vivant. Je pense que mon engagement a évolué lorsque j’ai rejoint la marche pour le climat du 2 décembre 2018. J’y étais allée avec mes amis, c’était une super mobilisation de près de 100.000 personnes dans les rues de Bruxelles. La semaine qui suivait cette marche, c’était la COP24, une conférence organisée par les Nations Unies, qui unit tous les pays du monde autour de la question climatique. Cette marche ainsi que la vidéo du speech de Greta Thunberg qui tournait sur les réseaux ont été un déclencheur pour m'engager à 100% dans ce combat.

GUIDO: Le mouvement Youth for Climate (YFC)a démarré avec les grèves des élèves pour le climat, quel regard portes-tu maintenant sur cette période?
Adélaïde Charlier
: Suite à la marche du 2 décembre 2018, les citoyens étaient déçus voire dégoûtés de la réaction de la Belgique à la COP24. La Belgique était le seul pays européen avec la République Tchèque à ne pas avoir signé un accord plus ambitieux face à la crise climatique. Il était évident qu’il fallait passer à la vitesse supérieure. Passer par la désobéissance civile sans violence. On a raté nos cours pendant vingt semaines consécutives. L’objectif était clairement de remettre la crise climatique à sa juste place: au centre du débat politique et citoyen. Ensuite, on a continué à se mobiliser de différentes manières, jusqu'à aujourd’hui. Cette période était magique. La mobilisation des jeunes était juste incroyable, sentir qu’on était des milliers à vouloir du changement, à être déterminés à vouloir un autre futur. On a pu sentir qu’on avait un pouvoir, qu’on pouvait prendre un pouvoir de parole, d’actions. Les jeunes se sont clairement exprimés en faveur d’un changement de société.

«C'est notre génération qui aura à payer ou à récupérer l’inaction d’aujourd’hui»

GUIDO: Un an et demi plus tard, a-t-on évolué dans le bon sens?Adélaïde Charlier: Il y a encore beaucoup à faire évidemment, mais on avance, surtout quand on se mobilise ensemble. Trop de politiciens voient la question du climat comme secondaire. Continuer à se mobiliser, c’est les forcer à mettre ce sujet au centre de l’attention. Ce qui se décide aujourd’hui aura des impacts demain, c’est notre génération qui aura à payer ou récupérer l’inaction d’aujourd’hui. Nous devons continuer à résister et montrer que nous ne voulons plus de ce système qui détruit notre planète. Nous devons surveiller les décisions, les sommets… et nous assurer que les engagements ne seront pas du greenwashing. S'il reste énormément de choses à faire, il y a aussi des choses qui ont bougé. Le fait que la Commission Européenne ait mis au centre de son action politique le Green Deal est indéniablement le résultat des mobilisations pour le climat. Seulement, les décideurs n’ont pas l’air d’avoir compris le mot 'urgence'. L’ambition de l’UE est bien trop basse, elle vise une neutralité carbone pour 2050 et est en négociation pour une ambition 2030 entre 50 et 55%. Ce qui est bien trop faible quand le GIEC nous dit qu’il nous reste huit ans avant d’avoir 66% de chance d’atteindre les accords de Paris. En visant cet objectif, on laisse clairement tomber l’objectif signé en 2015, de limiter le réchauffement planétaire à 1,5 degré. Le mouvement Youth For Climate est toujours actif, on s’assure d’être présents à des moments-clés: durant les sommets européens, les réunions de discussions d’objectifs climatiques…

GUIDO: As-tu l'impression que la voix des jeunes est maintenant davantage prise au sérieux qu'au début du mouvement?
Adélaïde Charlier
: La voix des jeunes est entendue mais c’est encore difficile pour beaucoup d'adultes de vraiment l’écouter, de la prendre en compte dans des décisions. Ce qui est important, c’est que la voix des scientifiques et climatologues soit aussi entendue et mise en avant. Parce que les marches du climat, ce n’est pas une 'réaction d'adolescents en quête d'opposition', ce sont des jeunes qui ont compris, à partir d’informations rationnelles et crédibles, que notre planète est en péril. La résistance des jeunes, c’est une résistance de vie.

«Il ne faut pas que la crise du coronavirus fasse disparaître une autre beaucoup plus dévastatrice et beaucoup plus grave: la crise climatique»

GUIDO: Tu as rencontré beaucoup de personnalités publiques et autres politiciens, y en a-t-il un(e) qui t'a fait un plus grand effet? Adélaïde Charlier: Oui, j’ai rencontré des gens incroyables. Peut-être les personnes qui m’ont le plus impressionnée c’est Raoni, Satish Kumar et Matthieu Ricard. Je suis tellement impressionnée car je les vois comme des personnes qui sont à la fois très concernées par ce qui se passe dans le monde sans être 'dans le système' et aussi parce qu’ils ont résisté à ce système toute leur vie, ils ont dédié toute leur vie, sous des manières différentes, à se battre pacifiquement pour les autres. Et je suis scotchée de voir qu’en plus, ils sont très drôles, dynamiques, accessibles. Toute une vie d’engagement, ça doit demander une force incroyable.

GUIDO: Parmi ces personnalités, il y a évidemment Greta Thunberg qui résiste et continue son combat malgré les invectives d'une certaine tranche de la population, c'est un modèle pour toi?
Adélaïde Charlier
: Elle m’a beaucoup inspirée. C’est en voyant son audace que j’ai réalisé que même très jeune on peut faire changer les choses, qu’il suffit de se lever, prendre la parole, être déterminé. Avant de la voir, je ne pensais pas que la jeunesse 'pouvait s’en mêler'. Elle m’a clairement prouvé que oui. Depuis, je me suis aussi lancée dans ce combat.

GUIDO: La crise du coronavirus n'a pas aidé le mouvement, on est actuellement en train de faire un retour en arrière?
Adélaïde Charlier
: C’est sûr que ce n’est pas un pas un avant… On a clairement perdu du temps précieux. Il faut évidemment traiter la crise du coronavirus comme une crise, donc faire ce qui est en notre capacité pour l'arrêter, mais cette crise ne fait pas disparaître une autre beaucoup plus dévastatrice et beaucoup plus grave: la crise climatique. Car après des mois de confinement, nous observons que les émissions mondiales de CO2 sont toujours en hausse. Le ralentissement dû au coronavirus n’a donc pas effacé la crise climatique! Pour finir, je citerais Ursula von der Leyen (ndlr: la présidente de la Commission Européenne): «Pour la Covid, on finira par trouver un vaccin, pour le climat il n’y aura jamais de vaccin».

GUIDO: L'année passée, tu as décidé de prendre une année sabbatique et de ne pas entamer directement des études supérieures, ce fut un choix facile?
Adélaïde Charlier
: Non, pas facile. Après la rhéto, j’avais imaginé, comme la plupart de mes amis, que j’étudierais. J’avais envie d’être sur un campus, de vivre une vie d'étudiant. Mais j’ai eu cette proposition du projet Sail to the Cop qui était incroyable (rejoindre la Cop 25 au Chili avec une trentaine d’autres jeunes sur un voilier de 36 mètres de long). Ça n’a pas été facile de tout lâcher pour monter sur un voilier. Mais au final, je ne regrette pas ce choix car j’ai vécu une expérience inouïe et traverser l'Atlantique, participer à un sommet dans la forêt amazonienne, mener des tas d’actions à nouveau en Belgique ou en Europe, c’était très cohérent avec mon engagement.

«'T’es pas la meuf du climat?', c’est la phrase que j’entends le plus!»

GUIDO: Cette année, tu as décidé de t'inscrire à l'université?
Adélaïde Charlier
: Ben là, j’aimerais vraiment étudier. Je sens que j’ai besoin aussi d'améliorer mes connaissances, en histoire, en politique, en économie, en sciences… J’irai soit à la VUB pour étudier les sciences politiques et sociales soit au King's College, une université de Londres où j’ai reçu une proposition pour étudier l'International development. (ndlr: l'interview a été réalisée à la fin du mois d'août)

GUIDO: Tu es maintenant une personnalité publique, cela implique des conséquences moins positives sur ta vie quotidienne?
Adélaïde Charlier
: Quand je dois prendre des décisions personnelles, je dois toujours prendre en compte le mouvement, mon activisme. Ensuite, il y a les critiques sur les réseaux sociaux, mais ça, j’ai vite appris à ne pas les regarder. Plus vous vous rendez visible, plus vous pouvez être la cible de critiques.

GUIDO: Quelles sont les principales choses que les jeunes te disent quand ils te croisent en rue?
Adélaïde Charlier
: «T’es pas la meuf du climat?», c’est la phrase que j’entends le plus. Ça me fait rire. Mais c’est important de ne pas voir le climat comme un 'plus', en mode 'tu as le temps de te battre pour ça'. Non, évidemment personne n’a le temps. On est tous surchargés dans nos vies, mais il faut prendre le temps de le faire. Et le climat, ce n'est pas 'sauver les ours polaires', c’est sauver la biodiversité et notre humanité . Le climat, c’est nous tous. J’espère qu’on sera de plus en plus de 'meufs et de mecs du climat', parce que cette fois-ci ce n’est pas pour les futures générations qu’on se bat. C’est pour la nôtre…

Photo: © Pics For Climate


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