Image
03/02/2005

PAUL WYNANTS: 'Les cours magistraux relèvent du show'

Cette année, nous avons décidé de consacrer une interview dans chacun de nos magazines à un prof célèbre d'une université wallonne. Nous sommes donc partis à la rencontre de Paul Wynants, professeur d'histoire et doyen de la Faculté des Sciences Economiques, Sociales et de Gestion aux Facultés Universitaires Notre-Dame de la Paix de Namur.

Paul Wynants : Après des humanités gréco-latines à Huy, je suis arrivé ici, aux Facultés Notre-Dame de la Paix afin d'entreprendre mes candidatures en histoire. Je suis ensuite passé à l'UCL qui se trouvait encore à l'époque à Leuven pour terminer mon cursus et mon agrégation. Je suis entré dans la vie professionnelle comme assistant à l'université de Namur tout en entreprenant un doctorat à Louvain-la-Neuve.

'J'étais un étudiant sérieux'

GUIDO: On imagine donc que vous aviez toujours en tête de vous diriger vers l'enseignement?

Paul Wynants : J'ai entrepris des études en histoire car j'ai toujours aimé cette matière, déjà depuis mon adolescence. Je n'ai pas dû longuement réfléchir avant de faire mon choix, je me suis quand même quelque peu informé sur le contenu de la formation mais ce choix s'est vite imposé comme évident. A cette époque, je n'envisageais pas nécessairement l'enseignement, c'est une proposition qui m'a été faite par l'un de mes professeurs, le Père Joset ( ndlr: le fondateur de la Faculté des Sciences Economique, Sociales et de Gestion). Alors que je venais de déposer mon mémoire de licence, il m'a demandé si j'étais intéressé de devenir son assistant. C'est de cette façon que j'ai d'abord effectué de la recherche et je suis ensuite devenu suppléant. C'est donc pour cette raison que je suis devenu enseignant.

GUIDO: On suppose donc que vous étiez plutôt un bon élève!

Paul Wynants : (sourire) J'étais en effet un bon étudiant, sérieux et travailleur. J'avais des résultats honnêtes.

GUIDO: Si vous deviez tirer un bilan de vos études, celui-ci serait-il positif?

Paul Wynants : J'ai conservé d'excellents souvenirs de mes années d'études pour plusieurs raisons. Durant mes candidatures, c'est surtout la convivialité qui m'a marqué. On était relativement peu nombreux à l'époque et les liens existant entre les étudiants étaient forts. Il y avait aussi des rapports de grande proximité avec les professeurs, des jeunes enseignants enthousiastes et très dynamiques. On sortait très souvent ensemble et même nos professeurs nous accompagnaient parfois! Il régnait donc un climat très amical.

'On avait beaucoup d'illusions'

GUIDO: Est-ce que vous avez goûté au folklore et à la vie en kot durant vos années d'études?

Paul Wynants : La première année, je n'étais pas en kot parce que mes parents habitaient Huy et la navette pouvait se faire assez facilement. Mais, en deuxième année, j'ai quand même tenu à être en kot pour participer à la vie estudiantine. A Namur, on sortait souvent en groupe (comme on n'était que douze aux cours). On préférait rester en petit comité. On organisait périodiquement une guindaille avec Petit Bitu utilisé pour les chansons, qui se terminait très tard, parfois dans un état un peu avancé!

GUIDO: Etiez-vous déjà intéressé par la politique à cette époque?

Paul Wynants : L'engagement politique comptait beaucoup à l'époque. Une série d'étudiants, dans le bouillonnement d'idées qui a suivi mai 68, les problèmes communautaires, le début de la réforme de l'Etat, s'intéressaient de près à la vie politique et n'hésitaient aussi parfois pas à s'y engager. C'est un des éléments qui explique mon itinéraire professionnel. J'ai choisi d'enseigner l'histoire politique de Belgique en grande partie car j'ai gardé un vif intérêt pour cette période.

GUIDO: Est-ce que vous ressentez des différences entre les étudiants actuels et ceux de l'époque?

Paul Wynants : Il y a des différences qui tiennent en partie du contexte ou de la génération. Il y a certainement aussi des différences qui tiennent de ma propre perception, je ne suis en effet plus exactement le même qu'il y a trente ans! Au début des années 70, on était encore dans la lancée de golden sixties, c'était une période optimiste, durant laquelle on croyait qu'on pouvait changer la vie, on avait beaucoup d'illusions. On vivait avec beaucoup moins de stress que les étudiants actuels, on était aussi plus insouciant.

'Il faut être un acteur'

GUIDO: Quelles sont selon vous les qualités à avoir pour être un bon professeur d'université?

Paul Wynants : Il faut d'abord s'engager dans son métier, croire à ce que l'on fait et être prêt à consacrer assez de temps aux tâches pédagogiques (la préparation des cours, la rédaction des syllabus, donner cours, faire passer des examens). Dans cette activité d'enseignement, il faut de la clarté, surtout quand on enseigne dans les premières années d'études. Il faut avoir un esprit structuré pour pouvoir faire passer son message, il faut garder une curiosité intellectuelle de tous les instants, à la fois pour comprendre les jeunes qu'on a en face de soi et aussi pour être à la hauteur de la situation et mesurer pleinement comment la société est en train de se transformer.

GUIDO: Vous donnez souvent cours dans de grands auditoires, comment arrivez-vous à vous intéresser à chacun des élèves en particulier?

Paul Wynants : Tout d'abord, on est évalué chaque année, donc nous avons une certaine idée de la façon dont nos cours passent, s'ils passent bien ou non. Deuxièmement, quand on a un peu d'expérience, le regard qu'on échange avec les étudiants dans un auditoire est très révélateur. Quand vous n'êtes pas clair, vous voyez des étudiants qui tiquent, on sait à ce moment-là qu'on doit reprendre les choses. Il y a enfin à Namur une tradition à laquelle on tient beaucoup, c'est le contact personnel avec les étudiants (à l'intercours ou en rendez-vous). Mais, je donne également cours dans de plus petites classes. Il y a une nette différence entre les deux. Les cours magistraux relèvent du show, vous devez être un acteur, savoir vous mettre en scène, il faut également parfois faire des effets de manche. On est alors plus théâtral que dans les plus petits cours dans lesquels l'échange et la discussion prennent plus de place. Dans un séminaire, il y a un réel échange, ce n'est pas moi qui dispense un enseignement mais ce sont eux qui me posent une série de questions, c'est beaucoup plus participatif.

GUIDO: Lors d'examens oraux, n'avez-vous jamais été rencontré de situations farfelues ou encore de réponses saugrenues?

Paul Wynants : J'ai en effet quelques souvenirs de réponses un peu étranges lors d'examens oraux. On avait vu au cours l'évolution de la démographie au 18 ème siècle, lequel présentait un taux de natalité assez élevé. A l'époque, la période de fécondité des femmes était plus courte. A un examen oral, une fille me dit que "le temps de fécondation des femmes était plus court"! Elle avait donc confondu la période de fécondité et le temps de fécondation des femmes. Un autre souvenir qui me revient à l'époque où j'étais en faculté de Droit, il s'agissait d'expliquer les fonctions de la Chambre des Communes au 14 ème siècle. Ces fonctions étaient énoncée comme suit: "Ouïr et référer". L'étudiante a fait un beau lapsus et m'a dit à la place que ces fonctions étaient: "Jouir et référer"! Je n'ai alors pas pu m'empêcher de rire et tous les étudiants qui préparaient leur examen dans la pièce ont fait de même!

Sébastien Daloze

Trois conseils pour réussir l'examen du professeur Wynants

1. Structurer la matière

'Il ne s'agit pas de mémoriser bêtement la matière par cœur, il faut la structurer pour pouvoir se l'approprier. Je n'aime pas une présentation confuse, désordonnée, sans queue ni tête.'

2. Trouver une méthode de travail

'Chacun doit trouver une méthode de travail adaptée à sa tournure d'esprit. On ne sait pas assimiler une matière ample si on ne l'a pas en quelque sorte détricoté et ensuite retricoté.'

3. Etre naturel

'Lors d'un examen oral, je recommande à mes élèves d'essayer de rester le plus naturel possible même si ils se trouvent dans une situation quelque peu artificielle.'


Comments

Un nouveau studio de création audiovisuelle sur le campus des Guillemins

Depuis ce mois de février, le Campus Guillemins de HELMo se dote d'une nouvelle infrastructure. Ce [...]

Un nouveau campus pour l'UMONS en 2027

En septembre 2027, les étudiants montois auront la chance d'arpenter un nouveau campus universitaire [...]

  • Slider
  • Slider

Topmovies

SOCIAL

Jobs in the picture

  • Slider
  • Slider
  • Slider


GUIDO SA est l'entreprise média de niche numéro 1 en Belgique vers le groupe-cible des jeunes (les étudiants en particulier), les écoliers et les young starters.

Bruiloftstraat 127, 9050 Gentbrugge
Tel.: +32 (0) 9 210 74 84