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08/04/2005

Guy Quaden: Prof à l'ULg et gouverneur de la Banque Nationale de Belgique

Cette année, nous avons décidé de consacrer une interview dans chacun de nos magazines à un prof célèbre d'une université wallonne. Nous sommes donc partis à la rencontre de Guy Quaden qui, en plus d'être gouverneur de la Banque Nationale de Belgique, enseigne ses connaissances en économie à l'Université de Liège en qualité de professeur extraordinaire.

GUIDO: Est-ce que devenir prof d'université a toujours été une certaine vocation pour vous?

Guy Quaden : A l'âge de 12 ans, mon voeu était de devenir commentateur sportif. Ensuite, dès que je suis rentré à l'université et l'ai connue de l'intérieur, j'ai effectivement vite eu le désir de devenir professeur d'université. C'est donc vers l'âge de 18-19 ans que j'ai décidé de me diriger vers ce métier. L'université représentait pour moi un savant mélange d'enseignement et de recherche. C'est pour cette raison que je pense que je n'aurais pas pu me tourner vers l'enseignement secondaire vu que j'avais besoin de ces deux pôles. Le principal atout de ce métier est la grande liberté dont on dispose. Principalement la liberté intellectuelle. Mais on a également une grande liberté de gérer son temps, ce qui représente également un autre avantage non négligeable, que j'ai perdu dans mon métier actuel!

'La vie politique était plus importante que la vie folklorique'

GUIDO: Vous avez terminé votre licence en Sciences Economiques en 1968. Quel souvenir gardez-vous de cette époque mouvementée?

Guy Quaden : J'ai été président des étudiants de l'Université de Liège à cette époque, puis j'ai été étudiant durant deux années à Paris. J'appartiens en effet à une génération particulière. La vie à l'université en-dehors des cours était alors aussi importante que l'enseignement que l'on y recevait. J'ai appris énormément de choses à l'université, mais pas nécessairement durant les cours. Bien que je n'ai pas à me plaindre de ce qui m'est arrivé par après, je considère néanmoins ces années comme les meilleures de ma vie.

GUIDO: Participiez-vous au folklore de l'époque?

Guy Quaden : Toutes ces choses avaient complètement disparu durant ma génération. Ça a bel et bien existé avant et après, mais ma génération songeait surtout à changer l'université et la société. Le folklore n'intéressait à ce moment-là pratiquement plus personne. Il avait une image assez dépassée. La vie politique, entendue comme la discussion et l'agitation autour des grandes questions de société - et non la politique des partis - était alors plus importante que la vie folklorique, nos préoccupations étaient ailleurs.

GUIDO: Quelle était alors votre relation avec vos professeurs?

Guy Quaden : J'ai toujours eu un bon contact avec mes professeurs, vu que j'étais un bon élève malgré le fait que j'étais aussi assez contestataire. Les rapports entre les profs et les étudiants n'étaient pas ce qu'ils sont aujourd'hui. La distance était beaucoup plus grande. Il y avait moins de profs. On avait surtout des contacts avec les assistants. On ne posait pas de questions aux professeurs pendant les cours, ce qui est heureusement le cas aujourd'hui.

'Le prof idéal: un prix Nobel bon pédagogue!'

GUIDO: Notez-vous quelques différences entre les étudiants d'hier et d'aujourd'hui?

Guy Quaden : Je ne pense pas que les gens soient fondamentalement différents. Je ne fais pas en effet partie de ceux qui disent: 'C'était mieux avant' ou 'Les jeunes d'aujourd'hui sont des bons à rien". Je ne dis pas non plus que les jeunes d'aujourd'hui sont meilleurs que ce que nous étions. Il y a beaucoup plus de différences au sein d'une même génération qu'entre deux générations. Les étudiants actuels travaillent peut-être plus pour leurs cours que nous le faisions, mais ils sont moins actifs en-dehors, dans la vie politique et sociale. On était certainement plus soucieux des problèmes de société alors que nous étions largement plus insouciants quant à notre sort personnel. Mais il y avait aussi à l'époque moins de problèmes d'emploi!

GUIDO: La passion reste-elle intacte au fil des ans?

Guy Quaden : J'ai toujours de la passion, la même non. J'ai toujours voulu être professeur d'université, mais je n'ai jamais voulu n'être qu'un professeur d'université. Je voulais comprendre le fonctionnement de la société mais aussi y participer. Avec le temps, j'ai glissé de plus en plus hors de l'université et de plus en plus vers le monde extérieur, mais toujours en rapport avec la gestion économique de la société. Bien que je n'aie jamais imaginé passer toute ma vie à 100% à l'université, je n'ai jamais imaginé non plus rompre complètement les ponts avec celle-ci. J'essaie tant bien que mal de garder ce contact à l'université pour deux raisons: j'explique aux étudiants ce que je fais, l'enseignement est très important pour moi; cela m'oblige à mettre de l'ordre dans mes idées. La deuxième utilité pour moi est de garder un contact avec les jeunes générations, je ne dois pas seulement croiser des gens qui ont plus ou moins les mêmes responsabilités et le même âge que moi. Il est très intéressant d'avoir un contact avec les jeunes d'aujourd'hui.

GUIDO: Existe-t-il pour vous un profil du professeur d'université idéal?

Guy Quaden : Le professeur d'université idéal devrait être un Prix Nobel, c'est-à-dire un chercheur exceptionnel mais qui ait en même temps un talent pédagogique. C'est très rare en effet de trouver quelqu'un qui soit en même temps un bon enseignant et un excellent chercheur. Un bon professeur doit établir un lien entre la théorie et la pratique; c'est en tout cas ce que j'essaie de faire.

'Il m'est arrivé de brosser'

GUIDO: Le système de l'université avec ses deux sessions d'examens est-il pour vous un système adapté pour sélectionner les étudiants?

Guy Quaden : Les examens me semblent quelque chose d'extrêmement démocratique. En effet, si vous ne sélectionnez pas les étudiants sur base de leurs connaissances, alors ils ne seront sélectionnés que sur base de leurs relations. Ce système de méritocratie est le moins mauvais. Les examens ne sont pas ce que je préfère dans le métier de prof, car entendre des gens essayer de vous expliquer au mieux ce que vous savez déjà depuis des années n'est pas ce qu'il y a de plus enrichissant! J'ai désormais opté pour des examens écrits, ce qui me laisse une grande liberté pour les corriger, vu mon emploi du temps très chargé.  

GUIDO: Quelle est votre position vis-à-vis des brosseurs?

Guy Quaden : Je ne vais pas dire que j'ai de la sympathie pour les brosseurs, mais je n'ai pas de haine à leur égard vu que moi-même, il m'arrivait de temps à autre de ne pas aller au cours. Mais ce n'était pas pour aller au café, du moins la journée, mais plutôt pour coller des affiches... Cependant, cela n'est pas à recommander bien que ce ne soit pas pour moi un motif d'exclusion. C'est aussi plus imaginable pour un cours traditionnel, surtout si malheureusement le prof se limite à son syllabus, que pour un séminaire.

GUIDO: Vous souvenez-vous d'une anecdote s'étant déroulée durant ces années?

Guy Quaden : J'ai eu l'actuelle ministre de l'Enseignement Supérieur, Mme Simonet, en tant qu'étudiante. J'ai commencé à l'interroger sur un cours qui n'était pas celui pour lequel elle présentait son examen! Après quelques minutes de battement, elle me l'a fait observer et les choses sont rentrées dans l'ordre.

GUIDO: Quels conseils donneriez-vous aux étudiants afin qu'il axent leurs études comme leur vie professionnelle de la meilleure des façons?

Guy Quaden : Il faut d'abord faire sérieusement ses études, mais il ne faut pas limiter sa formation à celles-ci. On n'apprend pas la vie seulement dans les bouquins. Il y a des organisations ou des associations de toutes sortes auxquelles on peut aussi consacrer de son temps. Il y a aussi le monde à découvrir. Il faut à la fois développer des connaissances et forger sa propre personnalité.

(SD)


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