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27/11/2005

Yves Poullet (FUNDP): "La vie est un examen oral"

Anciennement doyen, toujours directeur du Centre de Recherche en Information et en Droit (CRID), le professeur Yves Poullet est un homme très occupé. Il a tout de même trouvé quelques minutes à nous consacrer pour notre traditionnelle interview sur les profs.

Nous revenons avec lui sur ses années d'études insouciantes et son expérience en tant que professeur de Droit aux Facultés Notre-Dame de la Paix de Namur.

GUIDO: Quel a été votre propre parcours universitaire?
Yves Poullet
: J'ai fait mes candidatures à Namur avant de continuer mon cursus à Louvain. En parallèle, j'ai entamé des études de philo lors de ma deuxième licence. J'estimais que cela était très intéressant d'avoir une formation dans le domaine de la philosophie qui me passionnait beaucoup.

Le premier kot mixte

GUIDO: Quel souvenir gardez-vous de Louvain?
Yves Poullet
: C'était une ville étudiante au sens le plus profond du terme. Il y avait là-bas en effet une proportion d'étudiants énorme et aussi cette possibilité d'y rencontrer les étudiants néerlandophones parmi lesquels j'avais beaucoup d'amis. Ce dont je me souviens en premier lieu, c'est cette maison vide que nous avions louée à 18 personnes! Et on peut ainsi dire que nous avons formé le premier kot mixte de l'époque! Ce fut une expérience incroyable! Ce kot réunissait des gens d'un peu partout, des Américains, des Chiliens, on y a même recueilli une vieille dame qui traînait dans la rue. Ces deux années furent donc extraordinaires à bien des égards. Vous aurez donc compris que pendant ce temps, je ne fréquentais pas beaucoup les cours! On avait même pris des paris pour celui qui irait le moins aux cours.

GUIDO: Aucun souvenir relatif au folklore de l'époque?
Yves Poullet
: J'ai quand même fait mon baptême durant mes candidatures à Namur. J'ai été très vite repéré et eu un baptême assez costaud vu que mon frère aîné était déjà passé par là.

GUIDO: Vu que vous avez suivi des cours aussi bien à Namur qu'à Louvain, quelles sont les différences que vous avez noté entre ces deux campus universitaires?
Yves Poullet
: La population étudiante est nettement moins importante à Namur. On n'avait pas l'impression d'être dans une ville étudiante, mais les choses ont l'air d'évoluer dans le bon sens dorénavant ici. A l'époque, c'était une petite faculté, on était un peu perdus au milieu de nulle part. Même si j'ai noué la plupart de mes amitiés à Namur, c'est bien à Leuven que j'ai pu découvrir un monde sans aucune contrainte.

Le premier streaking dans un auditoire

GUIDO: Vous avez donc passé une grande partie de votre vie dans les Facultés de Namur!
Yves Poullet
: Je n'ai donc jamais plus quitté les facultés de Namur vu que j'ai fait une carrière universitaire tout au long de ma vie. Je n'ai donc jamais fréquenté les Palais de Justice, ce qui est peut-être un regret à présent, quoiqu'il ne faut jamais rien regretter!

GUIDO: Au vu de votre longue carrière au sein des facultés, avez-vous pu percevoir certains changements notoires dans le comportement des étudiants?
Yves Poullet
: Il y a eu plusieurs périodes selon moi. Premièrement, la période que j'ai vécue en tant qu'étudiant durant laquelle on était très insouciants. D'une manière générale, on n'avait nullement l'impression que l'avenir serait difficile. Contrairement à l'incertitude par rapport à l'avenir qui règne maintenant chez une majorité d'étudiants. Alors qu'il y a dix ans, les étudiants croyaient encore à la vertu d'une certaine économie (capitaliste, de marché).

GUIDO: Vu votre insouciance, vous avez dû durant vos études en faire voir de toutes les couleurs à vos profs?
Yves Poullet
: Je plains maintenant mes enseignants au vu de toutes les choses que nous leur avons fait subir! Comme des batailles de craie… On a même fait cuire des œufs durant un cours! Et aussi le premier streaking dans un auditoire! Mais, pas moi, je vous rassure! (rires) Ce n'était jamais bien méchant!

GUIDO: C'est bien différent des guindailles d'aujourd'hui?
Yves Poullet
: En effet, cela n'a rien à voir avec le défoulement actuel et ces grosses guindailles qui regroupe des centaines d'étudiants, ce qui révèle une certaine angoisse des étudiants actuels. Il y a également de plus en plus d'étudiants navetteurs, on rentre chez papa-maman, on a besoin de ce cocon familial, on ose moins. Ils sont plus fermés sur eux-mêmes, ce que je comprends au vu de la difficulté de la société actuelle.

Le premier Imam à un examen

GUIDO: Comment pensez-vous être perçu par les étudiants?
Yves Poullet
: Bien que je sois un peu brouillon, je renvoie, je l'espère, une image de l'enseignant motivé par ce qu'il fait. C'est cela le plus important selon moi: c'est de ne pas être tel un puits de science qui anone un certain nombre de choses. Il faut aimer sa matière et que celle-ci leur apparaisse comme quelque chose qui permet à l'étudiant de s'ouvrir d'une quelconque manière, de découvrir certaines valeurs et de leur donner l'enjeu de la réflexion. De là à savoir si je suis un bon prof, je n'en sais rien! En ce qui concerne les premières années, lors de leur première prise de contact avec le droit, je leur explique ma façon de voir le droit. En dernière année, je donne un cours sur le droit de l'informatique, ma matière de prédilection. C'est autre chose, cela se déroule en petits groupes et j'essaie d'y partager mes connaissances et de leur demander de réagir à certaines choses.

GUIDO: Vous privilégiez plutôt les examens écrits ou oraux?
Yves Poullet
: Les élèves ont le choix, ils peuvent choisir entre l'un et l'autre. L'examen oral ne privilégie pas en effet les mêmes qualités intellectuelles que l'examen écrit. Lors d'un examen oral, j'interromps l'étudiant, je le relance dans la bonne direction, ça privilégie une intelligence plus réactive et synthétique. En ce qui concerne l'examen écrit, on est évidemment plus attentif à la qualité du raisonnement, de la mise en forme. Pour moi, avoir la possibilité de se confronter à quelqu'un est important. La vie est un examen oral, pas un examen écrit. On doit passer devant des personnes, se faire apprécier, se faire connaître, …

GUIDO: Peut-être avez-vous assisté au cours de votre carrière à des examens farfelus?
Yves Poullet
: En droit comparé, un étudiant hollandais avait été enthousiasmé par la partie sur le droit islamique. Il s'est donc présenté à l'examen oral vêtu tel un Imam! (rires) C'était une manière de m'indiquer que je ferais bien de l'interroger sur cette partie! Ce que j'ai refusé de faire, bien entendu jusqu'à la dernière question où il est parti dans un long discours.

(SD)


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