Image
27/03/2006

VINCENT ENGEL: "Si un prof aime sa matière, même la physique nucléaire peut être intéressante!"

Le romaniste Vincent Engel nous a gentiment accueilli dans son bureau à Louvain-la-Neuve afin de répondre à nos questions sur sa carrière de professeur d'université qu'il mène de main de maître en parallèle à ses activités d'écrivain reconnu. On fait le point avec ce gymnaste de la langue française pour qui liberté et passion sont les deux maîtres-mots de la période universitaire.

GUIDO: Je me suis laissé dire que vous aviez eu quelques difficultés à l'école avant d'entrer à l'université...
Vincent Engel
: En effet, pendant mes études secondaires, j'étais plutôt un cancre; j'ai d'ailleurs eu des humanités assez difficiles, ce qui m'a obligé de passer par le jury central à l'époque. Me retrouver à l'université fut donc pour moi le début de la vie, le plus grand bonheur qui puisse m'arriver. Je me suis retrouvé indépendant, j'ai eu un kot, j'ai ainsi vécu ce que j'avais envie de vivre, avec un mode d'étude qui me correspondait totalement. La liberté des étudiants universitaires était justement ce qui me faisait défaut durant mes années d'études secondaires: on décide d'aller au cours ou pas, on choisit ce qui nous intéresse et on peut faire beaucoup de choses à côté. Mon adolescence a donc été quelque chose d'extrêmement difficile tandis que mon arrivée à l'université correspond plutôt une vraie libération.

"Les études m'ont peu occupé"

GUIDO: Quel souvenir gardez-vous de vos études à Louvain-la-Neuve?
Vincent Engel
: C'est encore et toujours cette liberté qui m'a le plus marqué. J'avais tellement de liberté que je ne faisais grosso modo que ce que j'aimais. Pour être franc, les études m'ont peu occupé! C'est donc plutôt la vie sur le site qui m'a le plus plu (les sorties avec les copains, les flirts avec les filles, le cinéma, la lecture, l'écriture), une vie donc libre de toute contrainte et de toute responsabilité. Ça m'énervait déjà à l'époque d'entendre mes copains qui se disaient débordés. Alors que s'il y a un moment de la vie où on a bien le temps, c'est celui-là!

GUIDO: Pourquoi avoir eu envie de devenir professeur d'université alors que vous étiez si réfractaire à l'enseignement durant vos humanités?
Vincent Engel
: J'avais un œuf à peler avec certains de mes profs d'humanité qui m'avaient toujours affirmé que je ne finirais jamais mes études secondaires! Effectivement, j'ai eu envie d'aller le plus loin possible pour leur montrer qu'ils avaient eu bel et bien eu tort. Mais je refusais d'enseigner en humanités à cause du mauvais souvenir que je gardais de cette époque, et non parce que je déconsidère cette profession, au contraire. Je n'ai même pas fait mon agrégation, c'était donc l'université ou tout autre chose. J'ai toujours considéré l'enseignement comme quelque chose de primordial, c'est pour ça que je ne supportais pas d'avoir de mauvais profs! Bien données, toutes les matières peuvent devenir intéressantes.

GUIDO: Justement, est-ce cet aspect pédagogique qui vous comble le plus dans votre profession?
Vincent Engel
: Tout-à-fait. On est là principalement pour les étudiants. Je préfère donner des cours devant un très grand auditoire. Par exemple, le cours que je préfère est celui que je donne à l'IHECS devant 400 étudiants (Histoire de la Révolte et des Révolutions). J'adore ça. Quand je donne un cours à cinq ou six élèves, j'ai l'impression que ça n'en vaut pas la peine. Dans tout cours, il y a une notion de spectacle et personnellement, je me sens meilleur devant un grand plutôt qu'un petit auditoire. Devant 400 personnes, on sait tout de suite si on est intéressant ou pas, selon le bruit de la foule.

"A l'université, on n'est pas obligé d'assister aux cours"

GUIDO: Vous avez également relevé un certain manque d'autonomie des étudiants…
Vincent Engel
: Il y a en effet une certaine tendance généralisée qui m'attriste un peu et que j'essaie de prendre à rebrousse-poil, c'est le manque d'autonomie des étudiants actuels, leur attente qu'on les guide et qu'on les accompagne. A l'université, c'est quelque chose qui doit très vite disparaître. On se doit d'être autonome à l'université, on doit être capable de décider tout seul de sa façon de procéder. Je suis assez effaré de constater qu'il y a encore des étudiants qui me contacte pour que je leur donne une bibliographie pour leur travail à réaliser. Ils se disent donc "On n'a qu'à demander" alors que ça fait partie intégrante du boulot. Il y en a encore beaucoup qui fonctionnent comme en humanités alors que c'est totalement différent. Je vais peut-être en faire bondir plus d'un, mais à l'université, on n'est pas obligé d'assister aux cours. Je pense qu'il vaut mieux ne pas venir si on n'est pas intéressé. Un jour, il y a même une étudiante qui est venue me trouver en me demandant si je l'autorisais à ne pas venir à un de mes cours du vendredi car elle devait partir en hike scout. Je lui ai donc indiqué que je n'allais pas lui donner ma bénédiction en cas d'absence, c'était à elle de faire ses choix, c'est ça aussi l'autonomie.

GUIDO: Vous êtes également écrivain, vous n'avez donc pas le temps de vous consacrer entièrement à cette passion à cause de vos tâches d'enseignant?
Vincent Engel
: Malheureusement non, je suis payé pour un temps plein par l'UCL, je ne peux donc pas me consacrer à l'écriture comme je le voudrais. Mon travail d'écrivain est réservé aux vacances, aux soirs et aux week-ends.

GUIDO: N'y a-t-il pas trop de frustration face à ce manque de temps?
Vincent Engel
: Oui et non, car si j'étais payé pour écrire des romans, je me sentirais obligé d'écrire, peut-être des choses qui ne me plaisent pas dans le but de gagner de l'argent. Pour l'instant, je suis encore libre d'écrire mes livres comme j'en ai envie et uniquement ceux-là. On ne peut pas toujours avoir le beurre et l'argent du beurre! De toutes les professions possibles, je pense que celle que j'exerce est celle qui me convient le mieux. J'ai en effet une très grande marge de liberté dans les horaires, je baigne dans un milieu littéraire et intellectuel qui me convient totalement.

"On est pédagogue ou on ne l'est pas"

GUIDO: Quelle image pensez-vous dégager auprès de vos étudiants?
Vincent Engel
: Je ne cherche pas à avoir une image, je fais mon boulot et c'est tout. On ne contrôle pas son image, c'est plutôt le résultat de ce qu'on est et de ce qu'on fait. Cependant, auprès des étudiants de la formation en création littéraire, je pense être assez proche tout en étant très exigeant, même impitoyable dans mes corrections.

GUIDO: Quelle est selon vous la bonne recette d'un cours d'unif?
Vincent Engel
: Un bon cours, c'est un cours qui passionne. Et il n'y a pas de recette miracle, on est pédagogue ou on ne l'est pas. Mais attention, il n'y a pas qu'un seul modèle à suivre. On peut très bien être sobre ou austère et attirer les foules à son cours. Si le prof aime sa matière et fait passer cet amour, je pense que même un cours de physique nucléaire peut être intéressant!

GUIDO: Et le cours du professeur Engel aurait-il été un cours susceptible de vous intéresser lors de vos propres années d'études?
Vincent Engel
: Au risque de paraître orgueilleux, oui. Vu que je donne mes cours d'une manière qui me passionne, je pense donc logiquement que ce qui me passionne d'un côté devrait également me passionner de l'autre.

(SD)


Comments

Organise ton blocus!

Comment survivre à cette difficile épreuve du blocus sans perdre des plumes? Avec nos dix conseils, tu [...]

Et si tu participais au Championnat de Belgique de Air Guitar?

Tu connais le Air Guitar, cette discipline visant à imiter les mouvements d'un guitariste… [...]

  • Slider

Topmovies

SOCIAL

Jobs in the picture



 

 

GUIDO SA est l'entreprise média de niche numéro 1 en Belgique vers le groupe-cible des jeunes (les étudiants en particulier), les écoliers et les young starters.

Bruiloftstraat 127, 9050 Gentbrugge
Tel.: +32 (0) 9 210 74 84