VIRGINIE HOCQ: "Le monde de la nuit, j'en avais soupé!"
Alors que ses spectacles font salles combles partout où elle pointe le bout de son nez, Virginie Hocq ne compte pas pour autant en rester là. Entre des projets de cinéma et des spots de publicité, elle est jusqu'au 7 octobre à l'affiche des
Monologues de Vagin.
Nous avons donc profité de l'occasion pour en savoir plus sur les années d'études de la plus pétillante de nos humoristes belges.
Virginie Hocq : Après mes humanités, j'ai entrepris pendant trois ans des études au Conservatoire Royal de Bruxelles. J'ai toujours voulu faire du théâtre. Depuis l'âge de huit ans, j'en étais persuadée. Ça m'a collé à la peau depuis toute petite. J'ai donc suivi un parcours normal vers le théâtre, en commençant par l'Académie à Braine-l'Alleud.
"Beaucoup d'appelés, peu d'élus"
GUIDO: Pourquoi avoir choisi le Conservatoire de Bruxelles et non une autre école de théâtre comme l'IAD par exemple?
Virginie Hocq : Durant mes années à l'Académie, mon professeur n'a jamais cessé de me parler du Conservatoire de Bruxelles et de rien d'autre. Je n'ai donc jamais pensé qu'il pouvait y avoir un autre Conservatoire à Liège ou à Mons, voire d'autres écoles comme l'IAD ou l'INSAS. J'avais une entière confiance en mon professeur de théâtre, c'est donc pour cela que j'ai suivi ses conseils.
GUIDO: Avez-vous des critiques à formuler envers ces études?
Virginie Hocq : Je n'ai pas vraiment de reproches à faire à ces études. A partir du moment où l'on a le théâtre dans le sang, il n'y a pas vraiment d'aspects négatifs, on ne voit que le positif. J'étais très contente d'aller au Conservatoire, je n'avais donc aucune envie de rater les cours.
GUIDO: Des regrets peut-être?
Virginie Hocq : Mon seul regret, c'est que j'étais vraiment paumée en sortant du Conservatoire. Je ne savais même pas, par exemple, qu'il fallait s'inscrire au chômage et faire un stage d'attente. On est en effet un peu artiste, un peu bohème. On est là pour faire du théâtre et on ne voit pas nécessairement la réalité de la vie, comme quoi on est beaucoup d'appelés mais peu d'élus. Mon angoisse principale venait donc de cette incertitude après mes années d'études. Car l'école reste un cocon et il faut rester bien vigilant pour préparer sa sortie. Surtout dans les métiers de l'art, l'école reste l'école, mais l'apprentissage se fait surtout après avec l'expérience. Il faut ensuite rencontrer les gens, se faire connaître… Cependant, cela reste chouette d'avoir des bases, d'assister à des pièces de théâtre ou d'étudier des auteurs. Mais c'est vraiment après que ça se passe.
GUIDO: Vous n'aviez pas envie d'essayer de percer au cinéma?
Virginie Hocq : Le Conservatoire reste une bonne base, mais vu qu'on reste en Belgique, je n'avais pas envie de me leurrer en voulant à tous les coups percer au cinéma. Il faut y aller par étapes. Maintenant que je joue en France, en Suisse ou au Canada, je sors donc des contrées de la Belgique et je me rends compte qu'il y a plein de choses différentes à expérimenter. Cependant, je trouve quand même que le cinéma a des côtés de théâtre de paresseux! On passe beaucoup de temps à attendre au cinéma alors qu'au théâtre, on est obligé de répéter, on se voit tous les jours afin de retravailler le texte. Et, à partir de la première représentation en public, on doit donner chaque soir l'impression que l'on redécouvre à chaque fois le texte.
"J'aime le côté caméléon du comédien"
GUIDO: Est-ce que vous avez toujours été plus attirée par le registre comique que le registre classique?
Virginie Hocq : Quand j'ai fait le Conservatoire, je me destinais plutôt vers un théâtre plus classique. Vu qu'il y a peu d'élus dans notre métier, je me suis dit que je devais bouger mes fesses à la sortie de mes études afin de percer dans le milieu. J'ai donc commencé à écrire, je me suis inscrite à l'Impro Amateurs, … C'est dans ce cadre que j'ai écrit mon premier spectacle pour les Riches Claires.
GUIDO: Un spectacle comique évidemment.
Virginie Hocq : Oui, c'est évident que j'ai cette fibre en moi et que je fais vibrer celle-là davantage, mais ce n'est pas pour ça que je n'ai pas envie de tout jouer. Je peux passer de l'un à l'autre. Par exemple, dans mon spectacle actuel, il y a certains passages plus doux et des personnages plus touchants, comme le trisomique Franky. Pour moi, le métier de comédien, c'est comme une tringle remplie de vêtements de scène. Il faut donc enfiler toutes ces peaux de personnages. Je trouve cela très excitant, ce côté caméléon de la profession, de pouvoir un jour être un clown et le lendemain une droguée…
GUIDO: Passons au côté social de vos années d'études. On imagine que vous étiez alors la rigolote de service…
Virginie Hocq : Justement, non. Quand j'étais au Conservatoire, je misais sur tout le monde sauf sur moi. J'avais l'impression de ne pas être à la hauteur de toutes les autres filles alors que j'avais toujours été la première à l'Académie auparavant. Mais, dans la vie, on devient toujours à un moment ou à un autre le plus petit de quelqu'un. Vu ce manque de confiance en moi, j'étais plutôt calme et je pense que les profs gardent un bon souvenir de moi.
GUIDO: Et en ce qui concerne les sorties?
Virginie Hocq : Quand j'ai eu mon kot, je me suis dit: "A moi la liberté et les sorties". Et pourtant non, après les cours, mon seul bonheur était de rentrer à l'appartement et faire des petites bouffes. Il faut aussi dire qu'à l'époque, j'avais un job d'étudiant de barmaid au Sinatra, à Waterloo. Le monde de la nuit, j'en avais soupé!
GUIDO: Existe-t-il un baptême étudiant au sein du Conservatoire Royale de Bruxelles?
Virginie Hocq : Au Conservatoire, le baptême, c'est juste une petite représentation horrible devant tous les anciens qui nous regardent et nous jugent. En gros, je ne sortais pas vraiment beaucoup. En fait, ce que je n'aime pas, ce sont les lendemains. Au Conservatoire, on ne pouvait pas se permettre de brosser, on devait souvent jouer avec d'autres personnes et une absence pouvait donc mettre en péril un autre étudiant.
(SD)