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30/07/2007

FREDERIC FONTEYNE: «Donner cours m’oblige à me reposer la question du cinéma»

Avec trois films accueillis par la critique à son actif (Max et Bobo, Une Liaison Pornographique et La Femme de Gilles), Frédéric Fonteyne est un de ces réalisateurs sur lesquels on peut compter.

Alors qu’il a dirigé des grands acteurs comme Sergi Lopez, Nathalie Baye ou encore Clovis Cornillac, il dispense également tout son savoir aux étudiants en réalisation à l’IAD. L’occasion pour nous de mettre en lumière le métier de professeur de réalisation…

Frédéric Fonteyne: Je ne m’imaginais pas du tout devenir professeur de réalisation. J’ai fait ces études artistiques pour découvrir ce moyen, cette forme d’expression, mais jamais en me projetant professeur…

GUIDO: Comment êtes-vous alors devenu professeur de réalisation à l’IAD?
Frédéric Fonteyne
: En premier lieu, j’ai prodigué beaucoup de cours et de stages à des acteurs. Lorsque l’IAD m’a proposé de donner des cours de réalisation, c’était une manière pour moi de me reposer des questions sur ma pratique et mon métier, de rencontrer des jeunes aspirants cinéastes et donc de parler avec eux, de les aider à s’exprimer afin qu’ils fassent des films proches de leur propre sensibilité.

Aider les élèves à oser

GUIDO: En quoi consiste exactement votre cours de réalisation?
Frédéric Fonteyne
: En fait, je participe à un exercice très pratique qui consiste en le premier film de fiction que les élèves écrivent et réalisent eux-mêmes. Ce qui est donc important, c’est l’accompagnement lors de l’écriture, la préparation des films, la présence sur le plateau lui-même et aussi de donner quelques conseils. Je partage cette tâche avec Pierre-Paul Renders (ndlr: autre réalisateur bien connu), on n’a donc que trois ou quatre élèves chacun. On privilégie donc un parcours individuel avec chaque élève. Pour moi, le principe même de cet exercice est d’accompagner l’élève à aller au bout de ce qu’il a envie de faire.

GUIDO: Vous donnez ce cours en troisième année (ndlr: avant la réforme de Bologne). Les étudiants sont donc déjà aguerris à ce domaine lorsqu’ils entament votre cours…
Frédéric Fonteyne
: Oui et non. C’est vrai qu’ils ont acquis des bonnes bases de théorie ou des techniques de tournage auparavant, mais c’est quand même la première fois qu’un élève réalise un film lui-même de A à Z.

GUIDO: Comment appréhendez-vous vos cours?
Frédéric Fonteyne
: Ma vision de ce métier, c’est de se poser la question suivante: ‘Comment aider quelqu’un à se définir et à oser des choses?’. Personnellement, personne ne m’a appris à faire des films, mais on m’a plutôt poussé à oser. C’est donc ce que j’essaie de faire avec mes élèves.

GUIDO: Le tournage d’un film est quelque chose de très lourd. Dans ces cas-là, arrivez-vous à combiner ces deux activités?
Frédéric Fonteyne
: L’un des intérêts d’une école comme l’IAD, c’est d’avoir des professeurs qui pratiquent leur métier et qui travaillent dans le cinéma, que ce soit en tant que réalisateur ou technicien. C’est donc toute une gestion à élaborer. En ce qui me concerne, vu que je travaille en étroite collaboration avec Pierre-Paul Renders, on se distribue la charge de travail selon nos tournages respectifs. Le plus important pour moi, c’est de continuer à pouvoir faire des films. Le fait de donner cours, ça m’oblige à continuellement me reposer la question du cinéma. L’un ne va donc pas sans l’autre.

Être fou et naïf

GUIDO: Selon vous, quelles qualités doit-on développer pour réussir en tant que réalisateur?
Frédéric Fonteyne
: Comme dans tout parcours artistique, il faut être un peu fou et très naïf au départ pour oser faire quelque chose d’extrêmement difficile. Pour faire du cinéma, il est primordial d’avoir la vocation. Il faut avoir été soi-même ému par une œuvre artistique pour se lancer dans l’aventure…

GUIDO: Justement, ne pensez-vous pas que l’inné joue pour beaucoup dans ces carrières artistiques?
Frédéric Fonteyne
: Je ne pense pas que ces talents soient innés, mais il y a bien ce petit quelque chose à avoir avant d’entamer les études. Ça vient plutôt d’une éducation artistique et culturelle. Pour moi, on a envie de toucher le domaine artistique parce qu’on a rencontré l’art ou la culture d’une quelconque manière. C’est plus une ouverture au monde à travers l’art qui provoque un choc esthétique chez quelqu’un et lui donne l’envie de se consacrer entièrement à cela.

GUIDO: Quelles qualités faut-il selon vous développer pour être un bon professeur?
Frédéric Fonteyne
: Je ne suis déjà pas absolument sur d’être un bon professeur! (sourire) Par contre, ce que j’essaie de faire, c’est de considérer l’étudiant comme quelqu’un va réaliser un film, de l’aider à se chercher et à trouver des choses, quitte à ce qu’il se trompe et qu’il se rende compte par après des raisons de son erreur. Ce qui m’importe le plus, c’est qu’il fasse lui-même ses propres choix et de l’aider à les développer au mieux. En bref, ne pas lui dire ce qu’il doit faire et comment le faire, mais que ce soit plutôt lui qui choisisse ce qu’il veut faire. Il n’y a que de cette façon qu’un artiste peut se construire.

Un milieu extrêmement difficile

GUIDO: Je suppose qu’il n’y a pas d’examen à proprement parler pour votre cours?
Frédéric Fonteyne
: En effet, c’est le résultat final qui est important. On a une vision critique des rushes. On visionne donc tous les extraits qui ont été tournés et on donne un retour aux élèves. Pour moi, c’est autre chose que donner des points à un examen. On est bien obligés de procéder ainsi vu qu’on fait partie d’un cadre scolaire. On essaie d’évaluer ce choc d’un élève qui a rêvé un film, de voir la différence entre ce qu’il a rêvé et ce qui est sur l’écran et ce que d’autres perçoivent de ce film. Pour moi, c’est là le point central du cinéma; voir ce qu’on a réussi à transmettre au public.

GUIDO: On imagine aisément les difficultés du métier de réalisateur.
Frédéric Fonteyne
: C’est bien évidemment un milieu extrêmement difficile. D’ailleurs, je pense bien que personne ne s’engage dans cette voie en pensant que ce sera facile. Par contre, le plaisir qu’il en est retiré est une formidable récompense par rapport aux efforts fournis. Les années nécessaires à monter un projet sont des années enrichissantes parce qu’on se pose tout le temps des questions et qu'on est dans une démarche artistique. C’est la démarche elle-même qui donne un sens ou une orientation à un choix de vie.

GUIDO: Votre précédent film, La Femme de Gilles, date de 2003. Avez-vous un projet en cours pour le moment?
Frédéric Fonteyne
: Je suis en train de travailler sur un projet de film. Et voilà, je ne peux pas encore en parler!

(SD) 


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