NATASHA ST PIER: "J'ai fini ma crise d'adolescence!"
C’est à l’occasion d’un show-case donné par l’artiste canadienne dans les locaux de VivaCité à Mons que nous avons eu la chance de rencontrer la très sympathique Natasha St Pier. Avec elle, nous revenons sur son nouvel album tout simplement intitulé
Natasha St Pier!
GUIDO: Tu as fait un break important entre le précédent album et le nouveau. Pourquoi avoir décidé de te retirer de la musique pendant tout ce temps?
Natasha St Pier: La musique ne m'intéressait plus vraiment. J'en avais fait pendant tellement d'années sans m'arrêter que j'en étais devenue non pas blasée mais épuisée. Je n'arrivais même plus à en voir les bons côtés. J'étais trop fatiguée. J'ai donc tout stoppé pendant un an, même les Restos du Cœur. J'en étais arrivée à ne plus regarder de clips à la TV ou à écouter de musique à la radio! Je me suis isolée complètement. M'arrêter m'a permis de reprendre le goût et l'envie de faire de la musique. A partir de là, les idées sont revenues.
L'inévitable Pascal Obispo
GUIDO: Tu chantes depuis l'âge de 14 ans et tes albums s'enchaînent les uns après les autres. Penses-tu dès lors être une privilégiée du milieu?
Natasha St Pier: Je pense avoir beaucoup de chance, oui. Tout le monde n'a en effet pas la possibilité de faire ce métier-là pendant aussi longtemps. J'ai aussi ce privilège de pouvoir m'arrêter ou continuer quand j'en ressens l'envie alors que certains n'ont pas l'occasion d'entamer de carrière.
GUIDO: Tu n'as donc pas eu l'occasion de poursuivre des études universitaires?
Natasha St Pier: J'ai commencé des études supérieures en soins infirmiers à l'âge de seize ans. C'est à cette époque que l'on m'a proposé Notre-Dame de Paris. Je me suis alors dit que je reviendrais aux études par après. C'est là qu'on m'a proposé l'Eurovision et un album avec Pascal Obispo! J'ai enchaîné les albums à une telle cadence que je n'ai jamais repris mes études.
GUIDO: Ton album est tout simplement intitulé Natasha St Pier. Est-ce parce que c'est celui qui te ressemble le plus?
Natasha St Pier: Je pense que chaque album nous correspond à un moment de notre vie. Sauf que ce nouvel album parle des gens qui m'entourent et donc de ce que je suis. C'est donc pour cette raison qu'il se devait de porter mon nom.
GUIDO: Tu t'es de nouveau entourée de la même équipe (notamment Pascal Obispo) pour réaliser ce nouvel album. Est-ce un besoin, une évidence de fonctionner ainsi?
Natasha St Pier: Pas vraiment. D'ailleurs, à la base, je voulais faire cet album avec quelqu'un d'autre que Pascal. J'avais tellement évolué pendant ces deux années de pause que quand le moment est venu de retravailler j'avais envie que les changements qui avaient eu lieu dans ma tête s'entendent musicalement. J'ai donc travaillé un certain temps avec d'autres personnes. Pourtant, Pascal m'a quand même proposé des chansons qui étaient plus belles que les chansons des autres! J'ai donc forcément été vers les chansons que je préférais.
L'esprit de famille
GUIDO: Tu as déclaré que L'instinct de survie était la chanson de cet album qui te correspondait le mieux. Pourquoi?
Natasha St Pier: En premier lieu parce que c'est moi qui ai écrit le texte. Cette chanson raconte l'histoire réelle de ce que ma grand-mère a vécu (ndlr: son départ vers une rude contrée, le Nouveau-Brunschwick où la chanteuse a grandi). C'est la vie de ma grand-mère, c'est grâce à cela que je suis là aujourd'hui. C'est donc aussi mon histoire.
GUIDO: Tu sembles en effet très attachée à ta famille…
Natasha St Pier: Pour moi, la famille est quelque chose de très important, surtout dans un monde qui est de plus en plus instable. On ne sait plus en quoi croire ni à qui se fier. Personnellement, je crois en ma famille ou dans les gens que j'aime. Ces gens-là deviennent de ce point de vue le centre de mon univers.
GUIDO: Je suppose que celle-ci est restée au Canada. La séparation n'est-elle pas trop difficile à vivre?
Natasha St Pier: Quand ça ne va pas, je ne peux évidemment pas leur dire que je descends pour le week-end! Il faut que j'aie cinq à six jours de libres pour que ça en vaille la peine. La technologie nous aide pas mal à communiquer, mais quand on se voit, c'est sur de longues périodes très intenses.
GUIDO: Cet album regorge de chansons plus positives et moins tristes que par le passé. Est-ce le reflet de ce que tu vis actuellement dans ta vie privée?
Natasha St Pier: Je suis plus mature, donc plus apaisée. Ma crise d'adolescence est finie! Comme j'étais bien dans ma vie, j'avais envie que cela se ressente dans l'album, que ce soit en quelque sorte son fil rouge.
Faire les choses par étapes
GUIDO: Cet album présente un son plus 'électro' que les précédents.
Natasha St Pier: En France, on met les gens dans des cases. Sous prétexte que tu es une chanteuse de variétés, tu es condamnée à chanter des 'piano-voix' toute ta vie. Même si j'adore ce type de chansons, j'aime aussi écouter Rihanna, Whitney Houston, AC/DC, … J'ai donc essayé d'intégrer ces influences, mes humeurs du moment dans ce nouvel album. Si j'écoute du jazz dans le futur, j'aurai alors envie d'intégrer cela dans mon prochain album. C'est un truc qu'on n'a pas tellement le droit de faire en France. Par exemple, mon premier single (Embrasse-moi) a un peu déstabilisé les gens là-bas, contrairement à la Belgique où il n'y a pas eu de telles réactions. J'avais envie de casser ces carcans parce que ce que l'on veut voir d'un artiste, c'est l'étendue de sa personnalité, pas juste un segment.
GUIDO: Tu cites beaucoup d'artistes anglophones comme inspiration. Tu n'as jamais eu envie de sortir un album en anglais?
Natasha St Pier: J'en ai eu beaucoup envie par le passé, l'anglais permettant de voyager plus facilement. Pourtant, il faut se rendre compte qu'avec le français, on peut également beaucoup se déplacer, notamment en Europe de l'Est par exemple. Pour le moment, les seuls pays que je ne fais pas sont le Canada anglais et les Etats-Unis. D'un côté, je suis un peu tentée de le faire parce que c'est chez moi. D'un autre côté, cela me laisse un endroit du monde où je peux me balader tranquille vu que personne ne m'y connaît!
GUIDO: Justement, n'est-ce pas trop contraignant d'être sans cesse reconnue dans la rue?
Natasha St Pier: ça peut l'être parfois. Si un jour je suis extrêmement fatiguée et que quelqu'un m'arrête dans la rue par exemple. On appartient en quelque sorte aux gens qui ne se rendent pas vraiment compte qu'on n'a pas toujours du temps à leur consacrer.
GUIDO: Et la presse people?
Natasha St Pier: Elle me laisse passablement tranquille. J'espère que ça va durer!
GUIDO: Il n'y a pas de tournée prévue pour défendre cet album.
Natasha St Pier: En effet. Je fais juste une tournée de festivals cet été. Je ne veux pas mélanger une tournée de spectacles en scène et la promo. Ce qui m'aurait obligé à ne pas être à 100%. Je préfère donc faire les choses par étapes.
GUIDO: Est-ce que tu as encore des rêves que tu aimerais concrétiser dans ta carrière future?
Natasha St Pier: J'ai encore envie de sortir d'autres chansons qui toucheront les gens comme Tu trouveras ou Mourir demain. Ce sont de telles chansons qui construisent une carrière et qui font qu'on ne nous oublie pas même quand on n'est plus là.
(SD)