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27/09/2010

Jamel Debbouze: «Avec Hors-la-loi, j'ai vraiment le sentiment de défendre les couleurs de la France»

Après le formidable Indigènes qui racontait l'histoire de soldats originaires des colonies engagés dans la deuxième guerre mondiale au sein des forces armées françaises, Rachid Bouchareb remet le couvert et s'intéresse cette fois au destin de trois frères chassés de leur terre algérienne dans Hors-la-loi. Dans le rôle de l'un d'eux, Jamel Debbouze, enfant chéri du cinéma français à qui tout réussit depuis quelques années. A l'occasion de son passage à Bruxelles, l'acteur revient sur ce film qui a fait sensation au dernier Festival de Cannes.


A l'exception de Samy Naceri, empêtré depuis quelques années dans des ennuis judiciaires, le réalisateur a fait appel, pour ce nouveau film, au même casting que celui qu'il avait constitué pour Indigènes. Ce sont donc de nouveau Roschdy Zem et Sami Bouajila qui entourent un Jamel Debbouze «fou de joie» de les retrouver et forment un trio de frères plus vrai que nature. «Quand Rachid Bouchareb m’appelle, j’ai l’impression que c’est Raymond Domenech qui téléphone à ses joueurs pour reformer l’équipe de France: j’ai le sentiment de faire partie d’une sélection privilégiée pour défendre des projets que Rachid a dans la tête. Le tournage était très serein. Cependant, étant donné que le film n'est pas une comédie, on n'était évidemment pas morts de rire entre les différentes prises. Même si, heureusement, nous n'étions pas aussi sombres que nos personnages. Ce qui me plaît bien également, c’est qu’on a le sentiment de défendre les couleurs de la France puisqu’on raconte un pan de l’histoire de France à chaque fois.»
 
Un pan de l'histoire sur lequel l'acteur a évidemment dû se documenter avant de se lancer dans le tournage du film: «Comme j’ai habité à Barbès, le film a été un magnifique prétexte pour retourner dans les arrière-boutiques des bars et des épiceries: je voulais que les gens qui ont participé à cette histoire me la racontent de vive voix. J’ai ainsi rencontré d’anciens membres du FLN ou des personnes qui ont subi son intransigeance – j’ai même discuté avec quelqu’un à qui les hommes du FLN avaient coupé le nez parce qu’il n’était pas d’accord avec leurs méthodes! Du coup, j’ai pris conscience à quel point des gens ont souffert dans leur chair et sont morts pour défendre des convictions.»
 
Après Indigènes
 
Dans Hors-la-loi, Jamel Debbouze incarne Saïd qui fait fortune dans les bouges et les clubs de boxe de Pigalle. Un cousin éloigné de Saïd (aussi), le rôle qu'il tenait dans Indigènes? «Dans Indigènes déjà, mon personnage était un être fragile qui ne semblait pas très intéressé par ce qui se passait autour de lui et qui voyait presque la guerre comme un jeu. De même, Saïd, dans ce film, se sent moins concerné que ses frères par la guerre. Ce qui l’intéresse avant tout, c’est d’assouvir sa passion pour reconquérir le cœur de sa mère qui le considère comme un voyou et un moins que rien: il souffre énormément d’avoir été rejeté par elle. Du coup, il se consacre totalement à la boxe qui lui permettra, pense-t-il, d’atteindre son objectif. Il ne pense pas que la révolution puisse faire de lui un homme libre car il se sent déjà libre dans sa tête.»
 
Libre dans sa tête et aspirant à prendre une revanche sur la vie. «Il aspire en tout cas à gagner le respect qu’on accorde à ceux qui sont les mieux lotis. Saïd est un homme fier qui voudrait être logé à la même enseigne que les Français qu’il côtoie. Du coup, pour lui, la fin justifie les moyens. Mais son moteur principal, comme pour tous ceux qui sont venus en France pour avoir une vie meilleure, c’est la considération.» Dans le film, chacun des frères prend des décisions différentes lors de leur arrivée en France. Alors que son personnage s'enrichit dans les matches de boxe, ses deux autres frères s'engagent, l'un en Indochine et l'autre au sein du Mouvement pour l'Indépendance de l'Algérie. «Il est malgré tout protecteur envers ses frères… En tant que petit dernier, qui a sans doute été plus choyé que ses frères, il a un rapport plus fort à la famille que les autres. Il est moins froid que Messaoud (Roschdy Zem) et beaucoup moins obnubilé par l’idéologie qu’Abdelkader (Sami Bouajila). Et dès qu’il sent que ses frères sont en danger, son instinct ultime le pousse à aller vers eux, même s’il n’adhère pas à leur cause et qu’il est hostile à la guerre.» L'acteur considère-t-il ces Hors-la-loi comme des terroristes? «Non, ce ne sont pas des terroristes, mais plutôt trois frères meurtris qui se battent pour leur liberté. J'ai la chance de ne pas vivre dans un pays en guerre, et je me demande comment j'aurais réagi à leur place. Certainement avec moins de courage!»
 
L'acteur a-t-il retiré une fierté particulière à toucher de près ce sujet encore jamais mis en lumière par le cinéma? «Je n'ai pas ressenti une fierté particulière, mais j'étais quand même assez content de participer à ce film afin de combler un vide de l'histoire pour beaucoup de jeunes. En effet, c'est une période assez opaque, dont on ne nous parle pas assez souvent. Ce qui est dommage. Le cinéma peut permettre de réconcilier des gamins issus de l'immigration qui ont toujours ce contentieux avec la France sans trop savoir pourquoi.»
 
Fantasmer sur Robert De Niro
 
Pour travailler le personnage, Jamel Debbouze s'est autant inspiré de voyous rencontrés au cours de sa vie que de ses idoles: «En premier lieu, je me suis inspiré d’anciens voyous que j’ai rencontrés et qui ont bien connu l’époque où les Corses tenaient Pigalle. D’autre part, j’ai été influencé par les acteurs qui m’ont fait le plus fantasmer, comme Robert De Niro ou Joe Pesci, que j’ai adorés chez Martin Scorsese où les notions de clan et de protection sont très importantes: pour eux, comme pour Saïd, le plus important, c’est de ne pas subir les événements passivement et de respecter un certain code de l’honneur.»
 
Dans le film, Abdelkader (Sami Bouajila) est un militant radical qui va jusqu'au bout de son combat, jusqu'à en oublier son humanité. L'acteur arrive-t-il à comprendre ce genre de réactions? «Pas vraiment. Je n’arrive pas à comprendre que l’on puisse défendre corps et âme une idéologie: aucune idéologie ne mérite d’être défendue jusqu’à la mort. Je suis convaincu que l’on peut toujours parvenir à ses fins sans verser une goutte de sang. Dans le même temps, je suis bien conscient d’être un bourgeois parisien et de ne pas avoir vécu tout ce qu’Abdelkader a enduré: la mort est constamment à ses trousses et il finit par se laisser embrigader quand il est en prison. Et on sent bien qu’il n’a pas d’autre alternative.»
 
Après le tournage d'Indigènes, Rachid Bouchareb a appris à connaître ses trois acteurs principaux et sa direction d'acteurs s'en est bien évidemment ressentie. «Sa direction d’acteur a évolué parce qu’il nous connaît et qu’il sait donc à qui il a affaire. Il sait parfaitement jusqu’où, en tant que comédiens, on peut aller et il a même révélé chez nous des possibilités de jeu qu’on ne soupçonnait pas. À force de travailler avec les mêmes acteurs, il peut se permettre d’être de plus en plus exigeant. C’est très gratifiant pour un comédien.»
  
Ce qu'ils en disent
 
Rachid Bouchareb:
«À l’époque d’Indigènes, il était déjà évident que j’allais tourner un deuxième volet avec ces mêmes acteurs. Je trouvais que c’était une gymnastique intellectuelle intéressante d’écrire un nouveau chapitre en gardant ces comédiens en tête: au même titre que la période 1945-62, cette troupe faisait partie de nos données de départ. Pour autant, je ne savais pas d’emblée quel comédien camperait tel ou tel rôle. C’est au cours de mes recherches et de mes discussions avec Roschdy, Jamel et
Sami, que cela s’est décidé. On s’entend tellement bien et on a partagé tant de choses sur le plan humain que nos rapports dépassent largement le cinéma.»
 
Sami Bouajila:
«La complicité entre nous existait déjà. Du coup, lorsque Rachid nous a proposé ce projet plus ambitieux encore qu’Indigènes, on s’est immédiatement mis au travail et on a vite repéré les écueils: comment ne pas tomber dans un film ouvertement militant et perdre la dimension du cinéma d’aventures qui nous plaisait?»
 

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