ALEX VIZOREK: Guindailleur à Bruxelles, intello de gauche à Paris!
Alors qu'il sera à l'affiche du Théâtre de la Toison d'Or du 5 au 29 octobre avec son one-man-show Alex Vizorek est une œuvre d'art, nous avons rencontré l'humoriste révélé par le Belge Comme Eddy Show. L'occasion pour nous de lui parler de ses années d'études partagées entre Solvay, l'ULB et le Cours Florent à Paris.
GUIDO: Tu as donc commencé par des études à Solvay.
Alex Vizorek: En effet, j'y ai toujours réussi mon année, mais à chaque fois en deux sessions! Ce qui fait que je n'ai jamais eu de vacances pendant cinq ans. Je crois être le seul à avoir fait un tel grand chelem! A partir de la troisième année, j'ai cumulé avec des études de journalisme à l'ULB. Avant de partir pour Paris et le Cours Florent.
«Les étudiants en journalisme avaient un manque de confiance en eux, ce que les Solvaysiens devraient parfois avoir!»
GUIDO: Pourquoi avoir choisi des études en économie et management?
Alex Vizorek: Bonne question! Je ne savais pas quoi choisir, étant donné qu'à 18 ans, je n'avais pas encore les "couilles" de partir à Paris faire le comédien. Donc, me connaissant, je savais qu'il fallait me donner quelque chose de difficile pour que je le réussisse tout juste. J'avais donc le choix entre Droit, Médecine, Polytech et Solvay. J'ai procédé par élimination: Polytech, c'était trop de chiffres, le Droit, c'était trop de lettres et on ne s'improvise pas médecin. Restait donc Solvay!
GUIDO: Quelle était l'ambiance à Solvay?
Alex Vizorek: Je m'y suis vachement bien marré. Je suis beaucoup sorti tout en gardant à l'esprit que je devais réussir mon année.
GUIDO: Et la différence entre les étudiants de Solvay et ceux de journalisme?
Alex Vizorek: Je me suis fait mes meilleurs amis à Solvay, on a grandi ensemble en quelque sorte. Mais je pense que les personnes les plus variées que j'ai rencontrées, c'est pendant mes études de journalisme. Des personnes qui ont un peu un manque de confiance en eux, ce que les Solvaysiens devraient parfois avoir! J'ai rencontré beaucoup de gens géniaux, je suis donc content d'avoir fait ces deux formations.
GUIDO: Tu t'es donc senti prêt ensuite à affronter le Cours Florent?
Alex Vizorek: Pas nécessairement. T'arrives là-bas à 23 ans et tu vois des gamins de 18 ans s'exécuter quand on leur demande de se rouler par terre. Alors que toi, tu y réfléchis en te demandant si c'est intéressant de se rouler par terre! Tu le fais donc avec un lâcher-prise assez différent.
GUIDO: Pour beaucoup, le Cours Florent relève du mythe, qu'en est-il réellement?
Alex Vizorek: C'est une usine, plutôt. Il y a plus de 1500 étudiants qui y rentrent chaque année! Il n'y a en effet pas de sélection: il faut vraiment être bègue ou unijambiste pour qu'on te conseille de faire autre chose. J'y ai rencontré des tas de personnes intéressantes, il y a une espèce d'esprit Florent qui règne entre les murs de cette école.
«J'étais un festif organisé et responsable»
GUIDO: Te souviens-tu de ta première scène en tant qu'humoriste?
Alex Vizorek: C'était au Théâtre de la Main d'Or à Paris qui organisait tous les dimanches des scènes ouvertes. J'y ai testé un de mes sketches, qui a très bien marché. Ce jour-là, je pense que ma mère a été un peu rassurée et a dû se dire: «tiens, on va peut-être en faire quelque chose»!
GUIDO: La vie d'étudiant à Paris est-elle différente de la vie bruxelloise?
Alex Vizorek: Oui, parce que j'ai aussi choisi de la différencier. A Bruxelles, j'étais en plein dans l'esprit étudiant, la fête, vas-y que j'te déguise, je vomis dans un coin, etc. Ce qui n'est pas tout-à-fait parisien quand même. Là-bas, on se donnait plutôt rendez-vous l'un chez l'autre pour regarder un film de Rohmer ou jouer à la guitare! J'ai bien aimé les deux; il m'arrive d'ailleurs de revenir faire l'intello de gauche à Paris ou de guindailler à Bruxelles. Même si cela trop longtemps à mon goût que je n'ai plus remis les pieds dans un TD!
GUIDO: Tu étais donc plutôt fêtard pendant tes années d'études bruxelloises?
Alex Vizorek: Je les ai toutes faites, les guindailles, sauf le baptême. Je veux bien manger de la bouffe pour chien, mais il faut juste me le demander gentiment! J'étais un festif organisé et raisonnable, j'aimais bien la complémentarité entre la fête et l'acquisition de savoirs. Même si j'étais torché de la veille, j'allais aux PUB chercher mes syllabus, sur lesquels je m'endormais quelques heures plus tard en bibliothèque!
GUIDO: Quel regard portes-tu sur l'étudiant de 18 ans que tu as été?
Alex Vizorek: J'étais sans doute un peu con! (rires) Même si j'ai beaucoup de nostalgie pour celui que j'étais. Quand tu arrives pour la première fois dans un auditoire, tu te retrouves devant 600 étudiants et tu as l'impression qu'il y en a 150 qui te ressemblent. Avant de comprendre que tu es différent des autres.
«On a créé un club de fléchettes»
GUIDO: Tu habitais alors chez tes parents, une situation difficile pour un fêtard comme toi?
Alex Vizorek: Non, car il existait un contrat tacite entre nous, un contrat entre employeur-employé en quelque sorte: si mes années d'études étaient réussies, ils me laissaient tranquille, même si j'avais parfois droit à des remarques le lendemain au petit-déjeuner!
GUIDO: Y a-t-il des souvenirs plus marquants que d'autres de cette époque qui te reviennent en mémoire?
Alex Vizorek: J'avais une vieille Volvo à l'époque, et un de mes potes une vieille Daihatsu blanche. Il y avait alors souvent des contrôles les week-ends dans le Bois de la Cambre. Tous les potes qui roulaient en nouvelle Punto ou en Golf, tout ce qui brillait et avait l'air jeune, étaient systématiquement arrêtés par les flics alors que nous continuions notre petit bonhomme de chemin dans nos vieilles bagnoles!
GUIDO: Les fléchettes ont également occupé une partie importante de ton temps.
Alex Vizorek: En effet, on ouvre là un sujet de première importance! Avec des amis, on passait beaucoup d'hivers à regarder les compétitions de fléchettes sur la BBC. A cette époque-là, les joueurs avaient encore le droit de boire leur 'pint' de bière et de fumer pendant la partie. Lors d'une finale interminable, le présentateur annonce qu'un des joueurs vient de battre le nombre de pints bues en un seul match! Impressionnant! Cela nous a tellement marqué qu'on a décidé en deuxième année de fonder un club de fléchettes, les Montmartre Bears, on a même participé au championnat de Bruxelles et on est monté en troisième division! Et cela nous a surtout permis d'écumer de nombreux cafés extraordinaires et improbables de Bruxelles.
GUIDO: Si ta carrière de comique n'avait pas décollé, vers quel métier te serais-tu alors tourné?
Alex Vizorek: Certainement journaliste. Pendant tout un temps, j'ai été journaliste sportif et j'en garde un très bon souvenir. Sans doute, j'aurais persévéré dans ce domaine-là.
Plus d'infos et réservations sur www.ttotheatre.be