NICOLAS GILLARD: «On ne naît pas journaliste, on le devient»
A la RTBF, une jeune garde de journalistes a pris les rênes des éditions courtes (12 et 15 Minutes) du journal télévisé. Dans le sillage d'Ophélie Fontana et de Jonathan Bradfer, d'autres se sont distingués et sont désormais des visages qui comptent au sein de la télé publique. Parmi eux, Nicolas Gillard, qui ne se destinait pourtant pas réellement à une carrière de journaliste lors de ses premiers pas en tant qu'étudiant…
«J'ai en effet commencé par une licence en langue et littérature romanes. J'avais envie de devenir prof à ce moment-là. Le journalisme n'était donc bizarrement pas encore dans mon esprit à ce moment-là. Selon moi, on ne naît pas journaliste, on le devient. Même si je me vois encore faire des fausses radios sur mon enregistreur pendant ma petite enfance… L'attirance pour le média audiovisuel était peut-être présente, mais cela n'était pas encore perceptible par rapport à ce que je voulais faire.»
GUIDO: Vous avez donc étudié les romanes à l'Université Catholique de Louvain pendant quatre ans avant de bifurquer par après vers la communication. Sans regret?
Nicolas Gillard: Je suis très content d'avoir eu ce parcours. Ces études proposent une solide formation que je ne regrette pas du tout. Outre la littérature, j'ai pu aussi me perfectionner en linguistique. Cela m'a permis de bien me préparer à la suite.
Pas le dernier à faire la fête
GUIDO: A l'époque véritable cocon étudiant, comment Louvain-la-Neuve a-t-elle accueilli un Carolo comme vous?
Nicolas Gillard: Je ne veux pas avoir l'air d'un vieux papy, mais quand j'y retourne aujourd'hui, ce n'est définitivement plus comme à mon époque. Ces quatre années font encore partie aujourd'hui de mes meilleurs souvenirs. J'y ai notamment découvert le sens des responsabilités. Ce qui est génial dans les études, c'est qu'on y connaît au moins 200 personnes, qui ne sont pas des amis imaginaires, pas des amis Facebook! Des cercles d'amis immenses, que l'on croise dans la rue et à qui on dit bonjour tous les jours.
GUIDO: Qui dit cercle d'amis dit inévitablement sorties!
Nicolas Gillard: J'étais en effet un sacré guindailleur, je sortais pas mal. J'étais souvent au cercle Philo et Lettres. Même si je n'étais pas comitard, je gravitais autour du cercle et je leur rendais souvent service. Je n'étais pas le dernier à faire la fête et je dois avouer que j'en ai pas mal profité!
GUIDO: Et le baptême?
Nicolas Gillard: J'y suis aussi évidemment passé. C'était encore au Philo et Lettres et j'en garde un excellent souvenir: c'était génial! A partir du moment où on considère le baptême comme un jeu et où il n'y a pas de personnes déséquilibrées qui mènent la danse, il y a moyen de prendre du plaisir et de s'amuser lors de ce rituel du folklore estudiantin. En plus, l'ambiance était plutôt familiale dans mon cercle, tout le monde se connaissait. C'est aussi là que je me suis fait le plus d'amis; les gens des études que je continue à voir aujourd'hui, ce sont ceux qui m'ont baptisé à l'époque.
GUIDO: Quel genre d'étudiant étiez-vous?
Nicolas Gillard: Même si j'étais assez sociable et nouait des contacts assez rapidement, je n'étais pas non plus du genre à crier «Gueule en terre!» en plein milieu d'une salle! J'étais plutôt discret, mais toujours disponible pour aider mes camarades et surtout fidèle en amitié. En soirée, j'avais un côté 'chien fou' auquel il fallait faire attention! Mais cela ne m'empêchait jamais d'aller aux cours le lendemain dès huit heures et demie du matin. Dès la première sonnerie du réveil, je me brossais juste les dents et j'allais directement aux cours.
GUIDO: Vous avez aussi découvert la vie en kot…
Nicolas Gillard: J'ai adoré la vie en communauté. On était onze la première année, il était donc très difficile de se retrouver tout seul, ce qui est génial. Je cuisinais hyper mal et donc je bouffais très, très mal.
Enfin au bon endroit
GUIDO: Vous avez ensuite embrayé vers des études complémentaires en communication, pour quelle raison?
Nicolas Gillard: Pour rester une année de plus! (rires) Plus sérieusement, on a rencontré des personnes qui avaient eu le même parcours que nous et étaient en train de faire leur année complémentaire en communication. Même si je n'avais toujours pas l'idée en moi de devenir journaliste, cela m'a immédiatement attiré. Encore plus parce que j'avais entre-temps de moins en moins envie de devenir prof.
GUIDO: C'est donc durant cette année que le journalisme s'est petit à petit imposé à vous?
Nicolas Gillard: Exactement, notamment grâce aux cours pratiques de télé et de radio qui m'ont tout de suite séduit. J'ai immédiatement eu de plus grandes dispositions pour les médias audio-visuels par rapport à la presse écrite, cela se marquait d'ailleurs nettement dans mes résultats aux examens. Dans ces études, je me sentais enfin au bon endroit, dans mon élément, tout en étant content d'avoir eu un bagage solide auparavant.
GUIDO: Vous parliez d'examens, une période tant redoutée par les étudiants!
Nicolas Gillard: Je n'étudiais pas beaucoup pendant l'année, j'entamais donc chaque début de session avec une certaine excitation. Je n'ai jamais bissé, même si je suis passé par le chas de l'aiguille en première année.
GUIDO: On l'a bien compris: vous n'êtes pas prêt d'oublier ces cinq années d'études louvanistes…
Nicolas Gillard: Globalement, je pense que c'est cette ambiance de fête et d'amitiés très fortes qui nous poussent à grandir rapidement pendant ces années. Comme je le disais, je garde une excellent souvenir général de mes études, tellement inoubliable que je jetterai quand même un œil inquiet sur mes enfants quand ils auront l'âge d'y aller! (rires)
De l'UCL à la RTBF
Dès la fin de ses études, Nicolas Gillard envoie des lettres de motivation dans les radios et les télés. Sans succès. Par dépit, il postule alors dans les écoles. Toujours pas de réponse. Il décide alors de refaire un stage à la RTBF et envoie une cassette de démo de reportages réalisés pour la radio pendant ce stage. Ce qui lui permet d'atterrir sur BFM, et donc aussi Radio Contact, où il est chargé des dépêches de dernière minute. «Après un an et demi, la RTBF m'a rappelé. J'ai donc passé l'examen pour effectuer le remplacement d'une journaliste enceinte pendant trois mois. Trois mois qui ne se sont jamais arrêtés, en fait».
Des reportages sur le terrain qu'il a de moins en moins l'occasion de réaliser en tant que présentateur du 12 Minutes. Il précise: «Je fais de temps à autre un reportage, ce qui est très important pour moi. On ne décroche en effet jamais de l'état d'esprit que l'on impose à un reporter. C'est important de garder un pied là-dedans pour comprendre que ce que l'on demande n'est pas irréalisable.» Il est en effet essentiel pour lui de ne pas oublier qu'on a été journaliste avant de demander des choses irréalisables aux reporters sur le terrain.