INDILA: La Tour de Babel
Elle est sans aucun doute l’une des artistes les plus marquantes de ces derniers mois et nous a offert avec Dernière danse LE tube surprise de l’hiver. On espérait en savoir plus sur la personnalité et le parcours de la femme qui se cache derrière cet immense hit, mais Indila aime cultiver le mystère et botte systématiquement en touche dès qu’on lui pose des questions personnelles. Rencontre avec une enfant du monde!
Indila: Moi, c’est simple… Je suis une artiste qui traverse vos vies pour le moment, et qui porte une note de musique. Ma version de la musique que j’ai envie de partager avec le reste du monde, et c’est une musique universelle qui porte un message universel. Mon message à travers cette musique, c’est d’abord de la remercier, elle. Et la meilleure façon de la remercier, c’est de la mettre en avant, et pas moi. C’est pourquoi quand je parle, j’évite de parler de moi…
GUIDO: On trouve très peu d’infos sur Indila en surfant sur le web. C’est donc volontaire?
Indila: Absolument. Je considère que c’est la meilleure façon de rendre hommage à la musique. De la faire briller, uniquement elle. Car je sais de manière certaine que ce que les gens aiment d’abord avec un artiste et une chanson, c’est cette chanson… et pas la vie de l’artiste, d’où il vient et où il a grandi. Ce sont des informations secondaires. Ce qu’on aime surtout, c’est ce moment précis qui nous accompagne lorsqu’on ferme les yeux et que l’on écoute la musique de quelqu’un. Et moi, c’est vraiment cela que je veux préserver. Je ne veux pas que l’on se trompe d’intérêt et je me dis que la meilleure manière de rendre à la musique ce qu’elle m’a donné, c’est de ne parler que d’elle.
Douce France, le pays de mon enfance
GUIDO: Dans le premier couplet du titre Dernière danse, tu chantes Ô ma douce souffrance…. Est-ce un hommage au célèbre Douce France de Charles Trenet?
Indila: C’est fait exprès, bien évidemment. C’est d’abord pour la symbolique de rendre hommage à Trenet. Douce France est une chanson qui a bercé ma jeunesse et que je chantais souvent avec ma petite sœur. Il faut savoir que Dernière danse est le tout premier titre que j’ai écrit en français pour mon compte. Auparavant, j’avais écrit pour d’autres artistes, mais Dernière danse est mon premier texte dans la langue de Trenet. Et j’ai trouvé intéressant de rendre symboliquement hommage à l’un de nos plus grands poètes par le biais de cette chanson. Pendant longtemps, je m’étais interdit d’écrire en français car j’avais l’impression que l’émotion que je livrais était trop grande pour la langue française. Le mot français me semblait trop petit, trop étriqué pour contenir mon émotion. Du coup, avant d’écrire dans ma langue maternelle, j’ai chanté dans des langues qui n’existaient pas, en ‘yaourt’…
GUIDO: Aujourd’hui, Dernière danse a très largement traversé les frontières. C’est une surprise pour toi?
Indila: Oui… et non. J’adore cette chanson, donc j’aurais tendance à dire que je ne suis pas surprise que les gens aient été touchés par la mélodie et le texte. Et en même temps, cela m’étonne qu’elle puisse avoir été vue des millions de fois sur YouTube. Cet engouement me dépasse tout de même un peu.
GUIDO: Ta démarche musicale actuelle va surprendre les personnes qui ont pu te découvrir à travers tes collaborations avec Rohff, Soprano ou Youssoupha...
Indila: Ce sont les premiers à m’avoir tendu la main. J'ai vécu de très belles expériences en collaborant avec ces artistes du milieu urbain. Ils m’ont donné l’opportunité de présenter une facette de mon univers. Même si, pour être honnête, je n’avais pas beaucoup de place pour défendre ma musique. Avec ce premier album, je peux m'exprimer pleinement et librement, sans contrainte. Lorsque tu collabores avec un autre artiste, il faut à la fois tirer son épingle du jeu et penser à l’autre. Ce n’est pas facile… Je pense que les personnes qui me suivent ne seront pas si surprises par ma démarche artistique actuelle, par les compositions de Mini World. Mon combat, c’est de rappeler que les frontières, c’est uniquement dans nos têtes. Et c’est pareil en musique. Je n’ai aucun souci à passer d’un genre musical à un autre, à condition que l’émotion soit présente, que l’on voyage, que l’on oublie deux secondes les soucis du quotidien.
Racines musicales
GUIDO: Quelles sont tes racines musicales?
Indila: C’est à la fois le rap, la musique hip-hop, la musique de la rue, la chanson française, la musique orientale et la musique indienne. J’ai adoré les chansons que l’on retrouve dans les films indiens de Bollywood. En fait, j’écoute tous les styles de musique. J’ai grandi en appréciant la musique à 360 degrés.
GUIDO: Tu as écrit les mélodies et signé tous les textes de l’album. Mais tu travailles en binôme avec Skalpovich, qui s’est chargé de la réalisation…
Indila: Skalpovich est un artiste qui a composé toutes les musiques, qui vont ensuite accueillir mes mélodies et mes textes. C’est un véritable magicien. Et notre entente est absolument magnifique. Je lui dois beaucoup. Il prend ce que je lui donne, et il le fait voler très très haut. Il honore ma musique! Lorsqu’on compose un titre, on ne se fixe aucune limite, aucune barrière. On ne se parle qu’en musique. Skalpovich et moi, on se connaît et on s’apprécie depuis longtemps. Notre entente est absolument magnifique.
GUIDO: Mini World est d’une tonalité plutôt mélancolique?
Indila: Mon album raconte l'histoire de la vie qui passe. Je parle de tous ces moments qu'on vit au quotidien. Et la vie est faite de bons moments, mais également de périodes plus difficiles. Dans mes textes, j'aborde des thèmes très réalistes, qui peuvent tous nous toucher. Je puise bien entendu dans mon expérience personnelle, dans ce que je vis. C'est vrai que le thème de l'absence et celui du vide sont fort présents dans ce que j’écris. Et que mes compositions sont plutôt mélancoliques, mais j’ai veillé à faire en sorte qu'il y ait également dans ce disque de l'amour et de l'espoir! Je voulais faire passer comme message que la vie peut être difficile mais qu'elle vaut la peine d'être vécue.
Indila: Mini World (Universal)