JALI: L’homme pressé
À peine six années après avoir commencé à apprendre la guitare de manière complètement autodidacte, Jali est devenu coach de The Voice et s’apprête à faire un carton avec son second opus. Rencontre avec un homme pressé, boulimique de musique et de contacts, quelques jours seulement avant la sortie officielle de son second opus.
GUIDO: Tu as décidé d’appeler ton nouvel album Une seconde avant l’aube…
Jali: J’avais envie d’un titre qui ne soit pas juste celui d’une des chansons de l’album. Il me semblait indispensable qu’il soit représentatif de l’ensemble, un peu comme on donne un titre à un livre. Le titre d’un roman évoque souvent une partie de l’histoire et est un peu annonciateur. Je voulais également que ce titre fasse écho avec celui du premier album: Des jours et des lunes. Un peu comme dans les livres, il y a une suite. Il y a le tome deux. J’ai mis beaucoup de temps à me décider, non pas parce que j’y pensais tout le temps, mais parce que je repoussais sans cesse l’échéance. J’avais besoin d’avoir toutes les chansons pour cela. C’est seulement lorsque toutes les chansons ont été enregistrées que j’ai commencé à réfléchir à ce qui était le plus représentatif de l’ensemble.
«Ce nouvel album est plus lumineux»
GUIDO: On dit que l'heure la plus sombre vient juste avant l'aube…
Jali: Je n’y avais pas pensé et c’est une magnifique image. Une seconde avant l’aube. C’est ce moment qui est encore un peu hier, et pas encore tout-à-fait demain. Tu as le côté du possible et de l’imaginaire. Le premier rayon de soleil met fin à tout ce que tu as pu faire la veille. Et en même temps annonce tout ce que tu pourras faire demain.
GUIDO: Ce nouvel album est nettement plus coloré que Des jours et des lunes.
Jali: Je pense, oui. Ce nouvel album est plus lumineux. Des jours et des lunes était plutôt personnel, plus intimiste. Le premier album, je l’avais fait tout seul. Et en plus, c’était une période où j’apprenais la guitare sur Internet. Alors, j’écoutais et je reproduisais. Assez logiquement, j’avais envie d’aller dans les sonorités que j’écoutais. C’est ce que j’aimais à l’époque, des trucs plutôt folk.
GUIDO: Et aujourd’hui, tu as changé?
Jali: Ensuite, il y a eu la première tournée. Et cela m’a donné envie de faire un disque plus rythmé, de pouvoir faire danser les gens en concert. Et ça, je n’ai pas pu le faire avec le premier album, à part peut-être sur quelques titres. J’ai aussi eu envie d’enregistrer un album qui ressemble à ce que j’écoute. Et chez moi, ou dans la voiture, j’écoute de tout. Je n’écoute pas que de la musique acoustique, du folk. J’écoute du hip-hop, de l’électro, des vieux titres des années 80 ou le nouveau titre de Rihanna qui est sorti hier… Et j’avais donc envie que l’on retrouve tout cela dans mon album. Et donc, Une seconde avant l’aube, c’est un album de pop. C’est un album court, qui s’écoute le temps d’un trajet en voiture et que tu as envie d’écouter d’une traite car il y a toutes les émotions dedans. Il y a la joie du matin quand tu es content d’aller au travail, les moments le soir où tu es pensif. J’ai voulu que l’on retrouve toutes les émotions, toutes les saisons dans un seul album.
«Si mon père m’avait poussé à faire de la guitare lorsque j’avais 10 ou 12 ans, je serais un tueur aujourd’hui!»
GUIDO: Le premier single, Pars, fait parfaitement le pont entre le premier et le second album.
Jali: C’est une chanson que j’ai composée avec un Anglais, Blair MacKichan. Je pense que ce morceau fait parfaitement le lien entre le premier album – plus intimiste et plus acoustique – et les sonorités plus électro, un peu plus larges que l’on entend sur Une seconde avant l’aube. Dès le bridge du troisième couplet de Pars, on peut sentir un changement au niveau musical. Et la phrase «Il n’y a que les collines qui ne bougent pas», c’est vraiment le point de départ de ce second album. Je n’ai pas envie de rester statique, j’ai envie d’être en mouvement. Et certainement pas de faire un Espanola 2. J’ai envie de montrer que ma musique est en mouvement mais que je reste le même. C’est pourquoi lorsqu’on me dit «ton album est différent, mais je te reconnais», cela me rassure. Cela veut dire que ma mission est accomplie, que c’est toujours moi, mais avec un décor différent.
GUIDO: Sur Par Amour, on pense souvent au son de Christine & The Queens…
Jali: C’est une artiste que j’adore. Et c’est évident que son disque a influencé ce morceau. C’est Simon Dusausoy qui a réalisé l’album, un gars avec une culture musicale… impressionnante. Sur Par Amour par exemple, je suis arrivé avec une maquette guitare-voix et je lui ai dit «Simon, je voudrais que cela sonne comme un mélange entre Christine & The Queens, The Weeknd et de la chanson française». Je trouve le résultat plutôt convaincant. On écoute beaucoup de choses avant d’avancer. Christine, c’était l’un des albums que l’on mettait souvent pendant les pauses. Drake ou The Weeknd aussi. Frank Ocean… Toutes ces références-là, on les retrouve dans l’album. Dans le premier, on retrouvait du Tracy Chapman, ou du Joe Dassin dans l’écriture.
GUIDO: Tu as commencé la musique sur le tard, mais le moins que l’on puisse dire, c’est que tu n’as pas traîné en chemin!
Jali: J’ai commencé la guitare vers 19 ou 20 ans parallèlement à mes études à l’IHECS. Je regrette d’ailleurs de ne pas avoir commencé plus tôt… Si mon père m’avait poussé à faire de la guitare lorsque j’avais 10 ou 12 ans, je serais un tueur aujourd’hui (rires). En fait, il m’a poussé à faire le solfège avant de commencer à jouer et j’ai arrêté après un an. Et en plus, il m’a laissé abandonner sans insister (rires). Du coup, j’ai appris la guitare très tard, sur Internet. Il y a quelques mois, j’ai commencé à apprendre le piano. Et je m’y suis pris exactement de la même manière. Sur Internet, de manière autodidacte.
GUIDO: Donc, tu as commencé la guitare à 19 ans et tu sors ton premier album trois ans plus tard. Et un second à 26 ans!
Jali: Oui, ça a été très vite. J’ai souvent l’impression d’avoir vécu deux années en une depuis que je suis de retour du Rwanda où j’ai fait mes secondaires.
«Je préfère me protéger et rester dans une certaine insouciance»
GUIDO: Tu as composé l’entièreté de l’album?
Jali: J’ai composé l’entièreté de l’album, à l’exception d'Elena, qui a été écrit par Veence Hanao. J’ai fait une version qui était complètement différente de la sienne et qu’il aime beaucoup. J’ai écrit un titre pour le groupe Delta, qui devrait sortir un album cette année ou l’année prochaine. J’ai également composé une chanson pour Cléo. J’adore écrire des morceaux pour d’autres artistes. Je travaille actuellement sur une chanson d’amour d’une fille pour un garçon, et c’est une démarche différente. C’est passionnant. J’ai l’impression de vivre d’autres vies, de mettre d’autres casquettes.
GUIDO: La chanson En quarantaine, c’est ta réponse au titre Toute la vie des Enfoirés qui a fait polémique?
Jali: J’ai vécu comme un ermite ces six derniers mois. J’ai vu qu’il y avait une polémique sur la chanson, mais franchement j’ai trouvé le débat stérile. La chanson En quarantaine, je l’avais écrite pour quelqu’un d’autre au départ. On m’avait fait la commande d’une chanson avec un thème un peu fédérateur. Moi qui ai aujourd’hui 26 ans, j'ai le sentiment de me mettre volontairement en quarantaine pour me protéger. Quand je rentre après une longue journée de promo par exemple, je ne vais pas regarder le JT. Je n’ai aucune envie de voir qu’il y a eu un attentat, un kidnapping, … Je préfère me protéger de tout cela et rester dans une certaine insouciance. Mais cette insouciance, elle me fait parfois du mal. Alors je me pose souvent la question: «Est-ce que je dois aller dans la rue et manifester ou suivre le troupeau?».
GUIDO: Ton expérience en tant que coach, qu’est-ce qu’elle t’a apporté?
Jali: Lorsqu’on m’a approché pour me proposer le fauteuil de coach, je ne pouvais pas refuser. Le challenge et l’expérience humaine sont extraordinaires. J’avais des craintes car je n’avais jamais fait ça. Et j’avais peur de l’image que j’allais donner. J’ai donc décidé de ne rien calculer et d’être assez franc, direct avec mes talents.
Jali: Une seconde avant l’aube (A.R.E Music/Universal)