SAULE: La renaissance
Comment survivre à un hit accidentel? Après une longue période de doute et de remise en question, Baptiste Lalieu – Saule à lui tout seul - a retrouvé le plaisir d’écrire et se met en danger avec son album le plus aventureux. Taillé pour la scène, le bien-nommé L’éclaircie devrait lui permettre de prouver en France qu’il est n’est pas l’homme d’un seul tube… et que le meilleur reste à venir.
GUIDO: L’éclaircie va surprendre le public. C’est un album qui s’éloigne assez fort de l’univers que tu avais développé sur tes albums précédents…
Baptiste: Il y avait l’envie de capturer une énergie live, que ce soit au niveau de l’écriture ou de la réalisation. Dès les premières démos, un truc très choral est arrivé sur le tapis. J’ai toujours trouvé intéressant de proposer des textes plutôt personnels mais dans un spectre musical assez large. Ce contraste, j’avais envie de l’explorer. J’aimais bien aussi le fait d’avoir plein de voix. C’est quelque chose que je voulais faire depuis très longtemps, le côté Arcade Fire ou Lumineers en français. En même temps, c’était un véritable défi, car aucun artiste francophone ne s’y était vraiment risqué.
GUIDO: Sur papier, c’était un peu casse-gueule, non?
Baptiste: Très sincèrement, je ne savais pas si cela marcherait. Lorsque j’ai fait écouter les premières démos de morceaux comme La femme fantôme, Ô combien ou Quand les hommes pleurent à mes amis, les retours ont été très bons. Dans un second temps, j’ai voulu travailler avec un réalisateur anglophone afin de donner encore plus de relief au son. Et c’est pour cette raison que je me suis tourné vers Mark Plati. Mark avait réalisé Hobo et Charlie (Winston) ne tarissait pas d’éloges sur sa collaboration. Ensuite, Benjamin (Grangeorge) m’en a évidemment aussi parlé lorsqu’il est revenu des États-Unis où il avait été mixer l’album chez Mark. Je savais que je pouvais y aller les yeux fermés. Et puis, je trouvais qu’il y avait un vrai sens à lui confier des morceaux tels que Comme ou Respire qui sont des titres plus pop. Plati est un bonhomme capable de s’adapter à tous les styles de musiques. Il a bossé avec des gens aussi différents que Bowie, les Rita Mitsouko ou Louise Attaque.
GUIDO: L’éclaircie est plus homogène et a nettement plus de souffle que tes albums précédents.
Baptiste: Clairement. L’album a pour titre L’éclaircie, mais il aurait tout aussi bien pu s’appeler Le souffle car il y a une reprise du souffle. Ce que j’aime dans l’image de l’éclaircie, c’est que l’on passe par une zone d’ombre, pour ensuite goûter une nouvelle fois à la lumière. Et c’est ce qui s’est passé pour moi aussi bien dans ma vie qu’au niveau de l’écriture.
«Saule me saoule!»
GUIDO: L’après-Dusty Men fut difficile?
Baptiste: Après le succès de Dusty Men, je suis passé par une période vraiment difficile. Je me suis mis pas mal de pression. Une pression un peu inutile, mais humaine. Et j’ai eu besoin de sortir de cela, de me focaliser sur autre chose. Mes gamins, ma femme, mes potes… J’avais besoin de me changer les idées. J’ai monté Gonzo avec des potes; du gros rock en anglais. Ensuite et à peu près au même moment, Franco Dragone m’a contacté pour écrire les textes de la revue du Lido. Tous les dix ans, il y a une nouvelle revue au Lido. Pour la musique, c’est Yvan Cassar, un compositeur génial qui a bossé avec Nougaro, qui s’y est collé. Le courant a super bien passé avec lui. Finalement, je me suis retrouvé à co-composer les musiques des chansons avec Yvan. On a fait une quinzaine de chansons – qui sont dans le spectacle du Lido. Je faisais cela et Gonzo en même temps. Tu imagines le grand écart? J’avais besoin d’avoir des projets périphériques, de m’éloigner de Saule…
GUIDO: Ras-le-bol de Saule?
Baptiste: Exactement. Purée, Saule me saoule! (rires). Les gens sont toujours étonnés lorsque je parle de Saule comme d’un projet. Ils me disent: «Mais Saule, c’est toi!». C’est important que Saule reste un projet pour ma santé mentale. Après avoir fait cette pause, j’y suis revenu avec envie.
GUIDO: Concrètement, ce projet avec Dragone et Cassar, cela t’a pris combien de temps?
Baptiste: Le projet Lido, cela a représenté huit mois d’allers-retours Bruxelles-Paris, mais également pas mal de boulot chez Yvan. Cela représente beaucoup de temps, c’est vrai mais c’était une expérience passionnante de bout en bout. Et puis, je suis super content du résultat. Le spectacle est formidable.
GUIDO: Une revue du Lido avec tes textes, ce n’est pas un peu surréaliste?
Baptiste: Franchement, il faut voir le spectacle! La meneuse de revue qui chante là-dessus a participé à The Voice France. Elle s’appelle Manon. Si tu as suivi l’émission, tu n’as pas pu l’oublier. C’est une nana un peu rondouillette avec des cheveux rouges et plein de piercings. Elle a une voix à la Amy Winehouse. Au début, elle devait juste faire les maquettes, mais Franco et moi avons réussi à convaincre le Lido de la prendre comme meneuse de revue. Et c’est absolument dingue car elle est super trash et a une voix fantastique. Quand tu vas au Lido et que tu vois cette nana qui chante tes compos en live, c’est absolument génial. Je suis super fier d’avoir fait ce truc.
GUIDO: Après ce grand écart, tu as ensuite recommencé à composer pour Saule?
Baptiste: J’ai écrit pour le Lido, pour Gonzo, … L’écriture est comme un muscle. Et après cela, mon muscle était chaud, l’envie de composer pour Saule était à nouveau là. Le tout premier titre que j’ai écrit pour l’album, c’est L’éclaircie et cela a véritablement donné le déclic pour la suite. L’éclaircie, c’est une chanson qui allait complètement à l’encontre de tout ce que l’on me demandait. C’est une ballade folk avec des cœurs à la Bon Iver. Ensuite, j’ai eu envie de faire un pied de nez aux gens de mon label français qui me disaient «Fais un morceau comme Dusty Men». Et dans Comme Dusty Men, il n’y a pas que Dusty Men, il y a aussi Comme… Dans la société dans laquelle on vit aujourd’hui, on ne vit que par référence. Il faut faire comme truc, comme machin. Donc, j’ai voulu faire un morceau très orienté radios mais en prenant le contre-pied dans l’écriture. Et puisqu’on me demande de faire une chanson Comme, c’est ce que j’ai fait!
«J'ai vécu sur un nuage pendant quelques mois»
GUIDO: Il y a un gros malentendu autour de ce duo avec Charlie… qui est un hit accidentel et qui a pas mal bouleversé ton existence.
Baptiste: Beaucoup de gens pensent que c’était Charlie qui m’avait apporté Dusty Men sur un plateau alors que j’ai tout écrit. Perso, j’ai vécu sur un petit nuage pendant quelques mois. Je me suis retrouvé à Taratata, sur des grosses scènes, … L’album a bien fonctionné en France et en Belgique mais vu le succès du morceau, mon label français espérait vendre nettement plus que 10.000 albums sur le territoire français. C’était honorable mais sans être un carton. Ils ont ressigné pour ce nouvel album et ils me font donc confiance. En Belgique, je ne suis pas étiqueté comme le gars qui a fait un hit. J’ai fait un AB sold-out, le public me suit depuis des années et l’accueil sur l’album Géant a été très bon.
GUIDO: Tu sens une certaine pression en France avec ce nouvel album?
Baptiste: En France, c’est clair que je me dis qu’avec cet album, il y a une carte à jouer. Et ainsi prouver que le mec qui a écrit Dusty Men, c’est un gars qui a trois albums à son actif avant L’éclaircie, que vous pourrez découvrir sur scène et qu’il a un vrai univers. Et pas juste le mec qui chante avec Charlie. En France, le challenge est vraiment intéressant. Les radios adorent Comme. Cela prend du temps d’imposer un titre sur les ondes en France, mais je suis convaincu qu’on va avoir de chouettes résultats avec le single d’ici quelques mois. Il y a un vrai défi en France, et c’est le moment de montrer qui est Saule. Je suis assez confiant pour cet album. Je pense que j’ai fait un bon disque, un disque qu’il est facile de défendre en live. L’une des grandes forces de Saule, c’est le live. On a un nouveau tourneur en France qui l’a bien compris. Je suis impatient d’être en tournée et aller défendre ce nouvel album, d’autant plus que j’ai un super groupe. (rires). C’est d’ailleurs le même groupe que sur la tournée précédente. Durant les deux dernières années, on a fait un paquet de dates ensemble et nous sommes super rodés.
GUIDO: On t’a vu sur scène avec Gonzo. C’est juste un groupe de potes ou vous comptez sortir un album?
Baptiste: Gonzo, c’est un projet que j’avais monté avec des potes pour le fun. La sauce a bien pris et on s’est retrouvé à faire pas mal de grandes scènes et lors d’interviews, on nous a demandé quand on allait sortir notre album. Pour nous, c’était une récré. On n’avait même pas pensé à enregistrer un album. Là, mes potes savent qu’ils ne peuvent pas compter sur moi pour le moment mais on se retrouvera ensuite pour remettre cela sur le tapis parce qu’on a vraiment pris du plaisir. On a tous d’autres projets et Gonzo doit rester un projet récré. Le jour où on enregistre un album, on va s’enfermer en studio et inviter plein de monde, aller à fond dans le délire. Attention, musicalement on prend cela très au sérieux, mais le projet se veut délirant. Donc, Gonzo, c’est une parenthèse que j’ai refermée et que je vais certainement rouvrir à un moment donné.
GUIDO: Tu viens de participer au tournage d’un long métrage. Peux-tu nous en parler?
Baptiste: J’ai été contacté par Samuel Tilman, qui m’a proposé un second rôle assez important dans un long métrage. J’ai fait le Conservatoire d’art dramatique de Bruxelles et c’était l’occasion de me retrouver pour la première fois devant la caméra. Le scénario était top et j’avais adoré un court métrage de Samuel qui se passait en montagne (Nuit Blanche). Au casting, il y a du beau monde: Fabrizio Rongione, Yoann Blanc (de la série La Trêve), Natacha Régnier. Le film s’appelle Une part d’ombre et devrait sortir l’année prochaine. On a tourné en octobre et j’ai pu caser cela dans mon agenda…
Saule: L’éclaircie (PIAS)
Photos: (c) Paul Rousteau