THIBAUT ROLAND: «Partir à Louvain-la-Neuve? Une des pires décisions de ma vie!»
Depuis son arrivée en septembre dernier sur les antennes de la RTBF, le transfuge de la chaîne privée n'a pas chômé. En plus d'avoir rejoint l'équipe des Pigeons, il est aussi le joker de luxe d'Adrien Devyver dans 20:02, la nouvelle émission de décryptage du web et des réseaux sociaux. Nous avons donc donné rendez-vous à Thibaut Roland dans un resto du centre-ville de Bruxelles pour un lunch décontracté, l'occasion pour nous d'en savoir plus sur ses années d'études…
GUIDO: Bruxellois de souche, tu as entamé tes études de philo et lettres à Louvain-la-Neuve, pourquoi un tel choix?
Thibaut Roland: J'ai fait mes études secondaires au Collège Saint-Michel d'Etterbeek. Et la tradition quand on sortait de cet établissement, c'était d'envoyer des cargos complets d'élèves vers Saint-Louis. Étant de nature plutôt 'rebelle', j'ai eu envie de casser les codes. J'ai donc choisi de ne pas suivre les copains et de partir à Louvain-la-Neuve. Et je pense que ça été une des pires décisions de ma vie! Parce que je ne me suis jamais adapté à Louvain-la-Neuve. Pendant cinq ans, j'ai constamment fait l'aller-retour: je n'ai jamais passé une seule soirée étudiante à Louvain-la-Neuve! Je ne sais toujours même pas ce que c'est. Ce qui a donné cinq années un peu bizarres. Un copain m'avait dit: «Louvain-la-Neuve, c'est une station de ski sans les remonte-pentes». C'était très juste, j'ai toujours trouvé que c'était une ville en carton, en papier mâché.
«Je n'ai jamais raté une heure de cours de ma vie»
GUIDO: Tu as ensuite enchaîné avec un master en études européennes à Saint-Louis.
Thibaut Roland: Et ça a été le bonheur complet! Je me suis retrouvé avec des gens qui venaient de tous les horizons, certains avaient déjà une vie professionnelle, d'autres venaient d'autres pays. Deux super années.
GUIDO: Pourquoi des études en philo et lettres?
Thibaut Roland: Je viens d'une famille de juristes, j'étais donc prédestiné à faire le droit. Faire ces études a été en quelque sorte ma manière de m'opposer à ce diktat familial. Après coup, je regrette un peu mon choix, parce que j'ai un peu tourné en rond après deux ans d'études. J'avais l'impression de faire tout le temps la même chose. A posteriori, si j'avais pu faire tout cela en deux ans, j'aurais été le plus heureux du monde.
GUIDO: Tu étais un étudiant studieux?
Thibaut Roland: Je ne faisais que bosser, j'étais un véritable rat de bibliothèque. Je suis même sorti la première année avec la plus grande distinction. Petit à petit, je me suis laissé aller… Mais rien de catastrophique, j'ai fini mes études plus qu'honorablement. C'était en quelque sorte proportionnel à mon intérêt pour les études qui a décru au fil des années. Par contre, je n'ai jamais raté une heure de cours de ma vie! Je ne sais pas ce que ça fait de brosser!
GUIDO: C'est bizarre, on t'aurait plutôt imaginé guindailleur pendant tes études!
Thibaut Roland: On est tous un peu schizophrènes quelque part. Il y avait un espèce de conflit intérieur qui s'est plus ou moins résolu. Généralement, quand ils débarquent à l'unif, les jeunes ont une culture populaire et se dirigent vers une culture élitiste au fur et à mesure de leurs études. Par exemple, des filles qui n'ont lu que Guillaume Musso jusqu'à leurs dix-huit ans se retrouvent à ne plus jurer que par Marcel Proust à la fin de leurs études. Moi, c'est exactement l'inverse: à la fin de mes études, je ne jurais plus que par la culture populaire. Alors que je ne regardais qu'Arte à dix-huit ans, je suis aujourd'hui fasciné par Hanouna qui a réinventé un genre télévisé à lui tout seul.
GUIDO: Tu ne regrettes pas aujourd'hui de ne pas avoir davantage écumé les guindailles étudiantes?
Thibaut Roland: Non, parce que ça n'a jamais fait partie de mon caractère. Michaël Miraglia a essayé de m'initier aux sorties en boîtes de nuit. Je l'ai suivi quelques fois pour lui faire plaisir, mais ça ne fait pas partie de mes gênes. Je ne suis définitivement pas un homme de la nuit.
«J'étais un étudiant asocial»
GUIDO: Si tu devais te retrouver face au Thibaut Roland étudiant, que lui dirais-tu?
Thibaut Roland: «Espèce de con!» Parce que j'étais vraiment un asocial. Quand les autres étudiants venaient vers moi pour me parler après les cours, je les envoyais bouler. J'avais décidé d'être un autiste. J'avais le mythe de l'écrivain maudit, du grand romancier qui doit nécessairement vivre seul. J'étais vraiment un con. Avec le recul, je me demande encore aujourd'hui comment j'ai pu me comporter de la sorte.
GUIDO: On connaît ta passion pour le sport, c'était déjà le cas à l'époque?
Thibaut Roland: Le seul dénominateur commun au cours de toute ma vie, c'est le foot. Que j'aie dix, vingt ou trente ans, le foot a toujours fait partie de ma vie. Quand je ne lisais pas des bouquins à la maison, je regardais le foot. Notamment cette émission culte, La Tribune. Ces années mythiques avec Stéphane Pauwels, Rodrigo Beenkens et Benoît Thans. C'était mon rendez-vous du lundi soir.
GUIDO: Des souvenirs marquants de cette époque?
Thibaut Roland: Je me souviens notamment d'un examen oral de philo au contenu très fort. Je me le suis tellement approprié avec mon histoire personnelle que je me suis mis à pleurer devant le prof. Je me souviens d'avoir pensé «Mais il va me prendre pour un taré!», alors que je me suis retrouvé au final avec un 20/20! Ça reste un moment énorme. Parfois, je recroise ce prof par hasard et il y a toujours ce lien assez spécial qui nous unit parce que j'ai vécu un moment de vérité devant lui. À ce moment-là, je n'étais plus un étudiant, juste un mec qui se mettait à nu avec ce qu'il vivait intérieurement. Ça reste un souvenir excessivement poignant. Mes meilleurs souvenirs ont eu lieu lors d'examens oraux! Je me marrais de tester mes effets à l'avance. En quelque sorte, le prof est ton premier public. J'adorais y amener la petite info que le prof ne nous avait pas enseignée.
GUIDO: Tu as fait des jobs d'étudiants?
Thibaut Roland: J'ai fait un peu de tout. J'ai travaillé chez Atos, une société pour laquelle j'aidais un peu les ressources humaines. J'ai aussi travaillé au Ministère Bruxellois de l'Économie de l'Emploi où je faisais la revue de presse pour le personnel le matin. J'ai aussi poussé les caisses au marché matinal. C'est infime comme expérience mais ça t'aide à voir le monde autrement quand tu dois te lever à quatre heures du matin pour lever des caisses. Quand tu te dis qu'il y a des gens qui ne font que ça de leur vie, tu dis «respect». Et évidemment que ces personnes ont le droit d'avoir la retraite à 55 ans. Pour moi, un métier n'égale pas un autre.
GUIDO: Lors de tes études, tu avais déjà l'ambition de percer à la télé?
Thibaut Roland: Oui, dans le foot. Je voulais devenir journaliste sportif. Mais le média qui me fascinait le plus, c'était la radio. Je suis ensuite arrivé en presse écrite un peu par hasard et après, tout s'est enchaîné rapidement.
Photos: (c) RTBF - Martin Godfroid