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19/03/2004

Etre ou ne pas être… brosseur? That's the question!

Qu'on était bien, qu'on avait chaud dans nos petites écoles secondaires. Là même où nos professeurs nous mâchaient la matière, histoire qu'on comprenne bien. Où nous avions des devoirs, des leçons, des préparations, et un mercredi après-midi. Puis, du jour au lendemain, on nous a catapulté au statut d'étudiant.


Adieu petit cocon, bonjour la liberté, bonjour les cours où la présence n'est légalement pas obligatoire. Et ho, ne mettons pas la charrue avant les bœufs. Pas obligatoire, c'est vite dit.

Tout d'abord, dans le supérieur (graduats, etc.), ça l'est tout autant, en théorie. Dans le règlement, ils appellent ça l'assiduité. Bon, c'est pas d'application partout, loin de là. En principe, on vous laisse le loisir, l'opportunité, que dis-je le privilège, de pouvoir justifier vos absences, sans que papa-maman soient prévenus. Et là, pour caricaturer, libre cours est donné à votre imagination. Et elle est prolifique, cette imagination.

Murielle, attachée au secrétariat des étudiants d'une Haute Ecole Bruxelloise: "Outre les traditionnelles indigestions, les excuses les plus fréquemment données sont les inondations de kot. C'est fou ce que les plombiers peuvent être occupés à Bruxelles! Les décès d'un proche sont également, et bien malheureusement, dans le top five. Je me souviens d'un étudiant qui a perdu sa grand-mère maternelle cinq fois en trois ans. Quant aux plus malins, ils s'inventent des conférences-débats."

Que les étudiants qui la reconnaissent ne s’inquiètent pas, Murielle conserve ces statistiques par pur plaisir personnel. "Y’en a bien qui collectionnent les timbres," dit-elle. C’est que selon Murielle, les cas discutés en conseil de direction restent extrêmement rares. "En dehors des abandons, où l’étudiant ne se présente simplement pas aux sessions d’examens, soit un certain pourcentage chaque année, nous avons eu un cas il y a deux ans, qui est allé un peu plus loin que l’avertissement. Mais dans l’enseignement supérieur de plein exercice, c’est-à-dire dans un système où les cours pratiques et les ateliers font partie intégrante de la formation, l’absentéisme systématique est finalement exceptionnel. Bien sûr, cela dépend aussi des profs. Certains ont l’art de foutre la trouille, ou de se faire respecter, tout simplement. Chez d’autres, par contre, les classes sont systématiquement désertées. Dans le supérieur, on ne chahute plus, on déserte. C'est plus calme. On peut pas s'en plaindre."

Les brosseurs prennent le temps de vivre

Mais que font les étudiants lorsqu'ils n'assistent pas au cours? "Il faut vraiment que je vous fasse un dessin?," me répond-elle ironiquement. Ben non, bien sûr, j'ai moi-même été student: ils glandent, se promènent, bossent, s'intéressent, guindaillent, dorment, courent, je pourrais remplir le Guido Campus Magazine entier si je continuais. En gros, ils vivent. Et ça, profs et administrations ne le voient pas toujours d'un très bon œil. Brosseur = paresseux pour la plupart, ne nous voilons pas la face.

On se rassure, du côté des étudiants, si les 'présences requises' les bardent un peu ("on est plus des gosses", z'avez pas tort), ils se plient plutôt bien au système. Jérôme, étudiant en deuxième année de communication: "On ne peut vraiment pas dire qu’ils sont chiants avec les présences. Je brosse en moyenne une à deux journées de cours par semaine. Mais jamais un atelier, puisque les présences y sont systématiquement prises. Et je n’ai jamais eu le moindre problème en rapport avec ça."

Un temps pour tout

A l’unif, les cours, hormis bien sûr les séances d’exercices et les travaux pratiques, ne sont légalement pas obligatoires. Les pics d’audience dans les auditoires ont en général lieu en début d’année académique, ou dans les semaines qui précèdent les sessions d’examens. C’est vrai, on ne vous apprend rien. "En début d’année, explique Arnaud, ULBiste en première licence de Sciences Eco, le but est de bien imprimer la gueule des profs - ce qui est toujours utile en cas d’examen oral -, de repérer ceux qui auront autant d’effet qu’un Prozac au réveil, de vérifier la concordance entre le discours du prof et ce qui est inscrit dans les syllabi. Avant les sessions, j’y retourne de manière assidue histoire de me remémorer la tête des profs que j’ai zappés, et de faire le plein de tuyaux et d’exercices récapitulatifs. Entre les deux, j’ai plein de choses plus intéressantes à faire: mon job d’étudiant, histoire de pouvoir bouffer et... sortir, bien évidemment. Pour le reste, je récupère des notes ci et là. Je n’ai jamais voulu m’enfermer dans le circuit des rats d’auditoires. J’aurais trop l’impression de passer à côté de plein de choses. Ils ne se rendent pas compte que ce sont leurs meilleures années. Maintenant, je connais quelques extra-terrestres qui font systématiquement la fermeture de la Jefke en rampant et qui débarquent pimpant le lendemain, 8h00 pétantes, dans l’auditoire. J’ai essayé: pas tenu deux jours."

Bianca est de cette race: "Mes parents m'ont toujours répété "quand on sait sortir, on sait se lever." Je l'ai pris au pied de la lettre. Bon, j'avoue que j'ai souffert: il y a des jours où je ne peux pas dire un mot dans l'auditoire, tellement j'empeste la chope ingurgitée la veille de façon exagérée. Mais je me suis rendu compte que le simple fait d'écouter le prof imprimait déjà la matière dans mon cerveau. Et tant que je gagne, je joue! Par contre, je peux très bien comprendre que chez d'autres, cela ne marche pas comme ça."

Tout juste! Parce que finalement, aller au cours, c'est très bien. Aller pieuter dans l'auditoire, c'est pitoyable. Au mieux, on se repose... mal, parce que pour cette activité, on n'est jamais mieux que dans un bon lit; au pire on perd son temps, et si vous avez du temps à perdre, c'est assez dommage. Isabelle, aujourd'hui médecin, se souvient de ses candis: "En première et deuxième, je crois que si j'ai loupé 10 heures de cours en tout et pour tout, c'est beaucoup. C'était ma manière à moi de me rendre compte de l'avancement de la matière, d'organiser mon travail, tout en ne passant pas à côté des guindailles, bien sûr. Ces deux années m'ont permis de me connaître, d'adopter un rythme de travail qui me convenait. A partir de la troisième candi, j'ai pu lâcher du lest, découvrir d'autres choses. J'avais trouvé ma méthode. Finalement, l'unif, c'est une question d'organisation."

Dans "université", il y "univers", non?

Ce n'est pas Gaël qui le contredira. Ce dernier écrivait dans La Savate du 20 novembre 2000 ce qu'il appelle une "Eloge au brossage". Je devine déjà le dédain de certains d'entre vous face à une 'telle ignominie', parue, est-il nécessaire de le rappeler, dans le journal de l'AGL, association louvaniste ô combien sérieuse. Mais je vous invite à aller le lire dans sa totalité sur le site de l'AGL (www.agl.ucl.ac.be/savate/, si c'est pas vous mâcher la matière, ça!). Un billet pertinent, qui ne plaira pas à tout le monde, puisqu'il pointe ce sentiment d'insécurité que peut ressentir un étudiant lâché dans la jungle universitaire. Puisqu'il pointe surtout la prise de conscience, la prise de responsabilité du jeune dans un nouvel environnement:

"J'ai plutôt l'impression que le refus du brossage traduit une incapacité à se prendre en charge; à juger soi-même de ses capacités et de prendre dès lors des risques pesés et justifiés en vue d'une réussite optimale. Mais il est tellement plus rassurant de suivre aveuglément le lit académique! Qu'elle sera facile en effet la justification en cas d'échec. Il suffira de dire qu'on a fait tout ce qu'il fallait et que, si on a raté, ce n'est pas de sa faute? Toujours la bonne vieille culpabilité." En gros, fini de jouer, les cocos, on devient adulte!

Attention, ne lui faites pas dire ce qu'il n'a pas dit: les cours au bûcher, les students au troquet! "Je ne voudrais pas ici défendre les brosseurs qui ne réussissent pas leurs études. Il y a obligation à mettre tout en œuvre pour réussir, du moins c'est ce qu'il me semble à la lumière du coût social d'une année universitaire. Il me paraît par contre devoir dénoncer la pathologie de celui ou celle qui refuse catégoriquement de brosser." Et de rappeler que l'unif, finalement, c'est l'endroit idéal pour s'intéresser à un tas d'autres choses! 

(NR)
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