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17/05/2004

Le nerd en toi

Vilain petit canard au premier rang de la classe au collège, le nerd cachait pourtant bien son jeu derrière ses grosses lunettes. Dans le sanctuaire de sa chambre, derrière son clavier ou dans ses livres, il se construisait un univers imaginaire bien à lui, qui des jeux de rôles à Matrix en passant par les jeux vidéo, se retrouve aujourd’hui dans l’imaginaire de pas mal de monde…

Serions-nous tous des nerds en puissance?

Nerd: (péj) nullard, pauvre mec. C’est par cette pauvre tentative que le très sérieux dictionnaire Français-Anglais Robert & Collins tente de nous traduire ce qui, aux Etats-Unis, est beaucoup plus qu’une injure. Le nerd, tout comme son cousin germain le geek (prononcez guiik, l’explication suivra) est évidemment né au “States”, fournisseur mondial de tendances à vocation planétaire, dans l’univers impitoyable des “high schools” (on sait tous à quoi ça ressemble à force de subir ces innombrables séries qu’on nous repasse jusqu’à plus soif sur RTL, TF1, AB3…). L’ambiance mesquine et délétère qui règne dans les collèges américains est assez justement dépeinte dans les séries précédemment citées, on y retrouve d’ailleurs souvent un personnage ayant la charge cruelle d’être le souffre-douleur de ses petits camarades: le nerd.

Nerd et geek, même combat

De la classe à la cantine, l’école est divisée en groupes et sous-groupes répartis selon une hiérarchisation très stricte, qui fait d’ailleurs un peu penser à celle d’un clan de grands singes africains. Au-dessus se trouvent les mâles dominants et leurs femelles (membres de l’équipes de foot et pom pom girls), autour gravite toute une cour de suiveurs et autres lèche-bottes envieux prêts à tout pour conserver la position enviée de “popular”. Tous sont répartis en plusieurs groupes hermétiques suivant leurs hobbys ou leurs dress codes. Il y a aussi les rebelles et autres loups solitaires feignant de ne pas rentrer dans ce jeu là, mais à qui ça ne déplairait de se taper la reine du bal de fin d’année… Et puis il y a les exclus du système, ceux qui sont tout en dessous, ceux qu’on trouve «bizarre» parce qu’ils sortent de la norme physique et vestimentaire imposée, parce qu’ils s’intéressent à autre chose que leur pucelage ou la taille de leur seins, les nerds. Le terme geek est plus inquiétant, il rime plus avec “freak”, monstre. Il renvoie aussi plus exclusivement à une passion immodérée et maladive pour l’informatique. Pour schématiser, si le nerd est le marginal, le geek est le fou du village, celui qui tranche le cou des poules avec les dents, qui a les idées les plus folles, voire les plus perverses. Catalogué dès son plus jeune age comme ringard ou, au mieux, bizarre par les fiers-à-bras testostéronés et leurs copines blondes platine, son accoutrement et son comportement limite asocial justifiant aisément, dans leur vision très étroite de la normalité, les brimades et moqueries dont il est copieusement gratifié, le nerd voit dans l’école en particulier et dans les autres en général un enfer auquel il ne trouve une issue que dans le refuge de sa chambre ou dans le contact avec d’autres nerds, dans un rassurant sentiment de communauté. Là, dans l’abri de son sanctuaire, il peut enfin s’inventer une autre réalité, bien différente que celle qu’il se prend dans la tronche tout les jours. Son inaptitude sociale plus ou moins caractérisée, provoquée par un traumatisme ou par une différence (avance intellectuelle, handicap physique, misanthropie…) l’entraîne à fuir un univers qu’il ressent comme hostile pour s’en créer un autre qu’il peut modeler et contrôler entièrement. En la matière, de nombreuses voies sont possibles et elles se croisent fréquemment: informatique, jeux vidéo, jeux de rôles, bandes dessinées, science-fiction, mangas… autant de mondes parallèles n’ayant rien de commun avec la routine du métro-boulot-dodo où notre binoclard complexé peut à loisir se transformer en quelque chose de plus que lui-même, chevalier, pirate, sorcier, super héros… voire en Dieu lui-même.

Puissance nerd

Alors qu’ils sont mis à l’écart pour leur différence, leur a-normalité durant l’âge cruel de l’enfance, on peut remarquer partout les signes d’une culture et d’un monde en voie de «nerdisation» L’informatique et les nouvelles technologies, dont les nerds sont les incontestables créateurs et spécialistes, pénètrent de plus en plus dans notre vie quotidienne. Sans parler du travail, où rares sont les jobs où l’on peut se passer de l’informatique, de plus en plus de foyers sont équipés d’un micro-ordinateur et d’Internet. Dès lors, Bill Gates est devenu plus puissant qu’un chef d’état et plus célèbre qu’une rock star, tandis qu’Internet est en train de modifier nos comportements et notre façon de communiquer et de s’informer d’une façon décisive. Plus l’informatique se banalisera et deviendra un outil de tous les jours, plus les connaissances générales de cet outil se répandront dans la population, bref plus nous nous «nerdiserons». A la vérité, les nerds se foutent de la tendance comme qu’en-dira-t-on, déjà catalogué et remisé au fond du panier sans espoir de faire surface, n’ayant rien à perdre ni à prouver, ils peuvent se permettre de vivre comme ils l’entendent. Pour être honteusement pompé par la suite par les exploiteurs de hype marketing-gourou et autre papesse du papier glacé, à l’ego inversément proportionnel à l’imagination. Les nerds sont à l’avant-garde d’une culture occidentale privilégiant toujours plus la création individuelle, l’originalité, la différence et le respect de celle-ci. Sitôt quitté les bancs de l’école et le carcan familial, un avenir radieux et sans limites attend le nerd. Tim Burton, un des plus talentueux représentants de la culture nerd, à propos d’Edwards aux mains d’argent, qu’il décrit comme largement autobiographique disait: « j’ai eu l’occasion de revoir mes anciens camarades d’école lors d’une réunion d’anciens et j’ai eu la joie de constater que tous les vilains petits canard du fond de la classe, dont je faisais partie, avaient l’air heureux, épanouis et avaient réussi leur vie. Les autres à coté avaient l’air de ringards tristes». A l’exemple de Burton, le nerds ont petit à petit pris le pouvoir à Hollywood, ils montent les projets les plus ambitieux et les plus attendus, jouissent des plus gros budgets et que montent-ils? Des films de nerds dont les personnages, les univers et la philosophie sont nerd: Les frères Wachowsky avec la trilogie Matrix (le geek qui devient super héros dans un univers virtuel), Sam Raimi avec Spiderman (le nerd humilié par ses camarades qui, caché derrière son masque, protège la veuve et l’orphelin), Robert Zemeckis avec Harry Potter (le petit avorton à lunettes marqué par un sceau du destin, qui sauve toute l’école), Peter Jackson avec Le Seigneur des Anneaux (dont l’univers est à la base de l’Heroïc Fantasy et du jeu de rôle et dont le héros a tout du Nerd insignifiant), Bryan Singer avec X Men (pire que des freaks, les mutant doivent cacher leurs pouvoirs comme des maladies honteuses)… Et le succès s’est à chaque fois trouvé au rendez-vous. La preuve que nous sommes tous quelque part un peu «nerdy», nous avons tous un univers imaginaire bien à nous qui ne demande qu’à vibrer et à s’exprimer sans honte et sans complexe.

Un nerd sous la loupe

David est en dernière année d’informatique. Démesurément grand, on a du mal à ne pas remarquer ce viking à barbe rousse qui toise le commun des mortels de ses deux mètres de haut. Pas l’air commode notre grizzly derrière ses lunettes rectangulaires, mais avec son pull XXL, son pantalon à poches informe et ses Adidas tellement usées qu'elles semblent avoir connu les temps glorieux du Commodore 64, le nounours tient là le costume complet du parfait nerd.

GUIDO: Es-tu un nerd?
David
: Ca dépend des moments. Parfois j’ai besoin de m’échapper dans mon petit monde, mais c’est subjectif, ce sont les autres qui me considèrent ainsi.

GUIDO: Nerd, tu trouves ça péjoratif ?
David
: Oui, tout le monde se fout toujours de leur gueule. Parce qu’ils sont différent des autres, qu’ils ont des passions hors du commun. Les gens se moquent toujours de ce qui est différent. C’est comme le racisme. Je me sens un peu comme une blonde (rires): parce qu’elle est blonde, elle est forcément demeurée. Quand tu es un nerd, tu passes forcément ta vie sur ton écran à taper des lignes de codes, tu es complexé par ton physique ingrat et tu as une vie sexuelle déplorable. Or je peux vous dire que côté vie sexuelle, ça va très bien… Non, je crois que comme pour les blondes, toutes ces insultes cachent un peu de jalousie.

GUIDO: Pourquoi?
David
: Parce qu’on est passionné par ce qu’on fait, que c’est une charge pour les autres et que nous on prend notre pied là dedans. On est les seuls à maîtriser quelque chose que personne ne comprend et dont tout le monde a besoin, l’informatique. Ca nous donne un pouvoir, ça aiguise des convoitises et des jalousies.

GUIDO: Quelles sont tes passions?
David
: D’abord, il y a les jeux vidéo, depuis que j’ai douze ans, ça me bouffe pas mal de mon temps, et pas mal de mes économies aussi… J’ai eu toutes les consoles de jeux, toutes. Depuis le Commodore 64 jusqu’à la Game Cube. Quand j’étais adolescent, je vivais avec mes parents aux Etats-Unis, j’étais déjà donc un peu à part parce que j’étais étranger, et puis parce que j’ai toujours été plus grand que tout le monde. Je n’ai jamais été très intéressé par le sport, je me nourrissais assez mal, surtout avec la bouffe américaine hyper grasse. J’ai donc commencé à prendre du poids et donc à faire des complexes sur mon physique. Je me suis donc d’autant plus renfermé sur moi-même et à me construire un univers à moi, à la Ally Mac Beal, mais bon, pas au point de voir des bébés qui dansent partout... D’autre part, j’ai souvent du déménager à cause du travail de mon père, je n’ai donc jamais pu construire d’amitiés durables. Je compensait avec les jeux vidéos qui un, me permettaient de me faire plein de copain «intéressés» qui venait pour jouer et puis je pouvais m’évader complètement. C’est pour ça que j’ai toujours préféré les jeux de rôles plutôt que les jeux de baston. Les ordinateurs sont venus plus tard. Mon père a acheté un PC quand j’avais 14 ans, je me suis déjà amuser à ouvrir la bête et à l’explorer sous toutes les coutures et puis j’ai passé des mois à essayer de comprendre le DOS. A l’époque, l’installation de Windows tenait en 70 diskettes qu’il fallait installer une à une, c’était très long, mais ça m’amusait, et puis, quand j’ai découvert Windows, son interface graphique, la souris, les icônes, les couleurs, ça m’a foutu une baffe dans la gueule. A partir de ce moment-là, j’ai vraiment commencé à m’intéresser à l’informatique.

GUIDO: Tes passions ont changé depuis?
David
: J’arrive moins à rentrer dans mon monde. Enfin, j’y retourne toujours très souvent, mais ça a moins d’importance qu’avant. Peut-être parce que j’en ai moins besoin. J’ai beaucoup plus de confiance en moi, et je me suis investi aussi bien dans mes études que dans ma vie privée. J’ai donc aussi moins de temps à y consacrer. Je suis aussi nettement plus difficile pour les jeux aujourd’hui. Même si j’ai une Xbox, une Playstation, une Game Cube et un PC, je n’achète plus que 6 jeux par an et j’en trouve un par an qui m’accroche vraiment, qui me fasse vraiment basculer dans un univers intéressant. Les jeux sont devenus de plus en plus complexes, collent de plus en plus au réel, il y a donc de moins en moins de place pour l’imaginaire. Mon dernier flash c’était Final Fantasy X. Quant à l’informatique, c’est devenu un travail. J’ai grandi aussi, j’ai découvert d’autres façons de m’amuser… 

(AG)
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