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03/11/2004

Une dernière taffe avant l'extinction des feux

Sale temps pour les fumeurs. Avec le prix du paquet de blondes qui augmente au même rythme que les lieux déclarés non-fumeurs. Derniers bastions en date tombés dans le camps des croisés de l’air pur: les trains et gares de la SNCB et en ce mois de septembre, les couloirs de l’ULB.

C’est peut-être le moment de l’écraser pour de bon… Fabrizzio Bucella, vice-président de l’Université, défend et explique son projet.

 

GUIDO: Depuis quand pensez-vous à une telle mesure?
Fabrizzio Bucella : A titre personnel, cela fait longtemps que l’idée m’est venue d’avoir un espace partagé où chacun se respecte et où les non-fumeurs ont droit à une qualité d’air un minimum perturbée. Ça faisait aussi longtemps que ça existait dans les pays anglo-saxons et en Flandre. C’est une idée qui a été fort étayée par les études menées sur le tabagisme passif. La volonté est vraiment de protéger les non-fumeurs et principalement les étudiants. Qui reste une des cibles privilégiées et plus fragile de l‘industrie du tabac. Il y a deux ans, j’avais proposé qu’on interdise de fumer dans certains bâtiments. Une espèce de projet pilote. Les réactions ont été très positives. On nous a même reprochés d’avoir limité la mesure à certains bâtiments au lieu de l’étendre à d’autres. Et ce tous corps confondus: tant chez les étudiants, que chez les profs, dans le personnel administratif…

Notre but avec cette nouvelle mesure n’est pas de stigmatiser les fumeurs mais seulement de permettre aux non-fumeurs de respirer. C’était incroyable parfois le nuage de fumée qu’on devait traverser dans certains couloirs. Il ne faut pas beaucoup de fumeurs dans un espace fermé et non aéré pour qu'il devienne vite invivable, même pour les fumeurs.

Concrètement, comment cela s’est-il mis en place?
Fabrizzio Bucella : Nous n’avons pas imposé cette mesure de but en blanc. C’est un processus qui a duré un an. Nous avons commencé en septembre 2003 avec comme objectif la rentrée 2004. Commencer en milieu d’année, c’est pire que tout. Vous devez commencer avec de nouvelles résolutions, avec de nouveaux étudiants, en rentrant de vacances, sur de nouvelles bases. La charte pour une université sans fumée est incluse dans une action «Santé – Propreté – Sécurité». Il y avait en effet un sentiment diffus de manque de propreté sur les sites de l’ULB et nous avons décidé de faire d’une pierre deux coups. Nous avons édité une petite brochure, illustrée par Pierre Kroll, reprenant la charte et les consignes élémentaires de propreté et de sécurité qui sera distribuée en priorité aux fumeurs par des stewards jobistes.

Concrètement, nous avons fait de même qu’il y a deux ans quand nous avons banni la cigarette des restaurants U. Nous avons simplement apposé des autocollants rappelant que l’on se trouvait dans un espace non-fumeur et retiré les cendriers. Nous avons placé 300 cendriers à l’extérieur, disséminés sur tous les sites de l’ULB. Aujourd’hui, il est interdit de fumer partout hormis dans les bureau individuels et les kots, ce qui est un simple respect de la vie privée.

C’est peut-être une bonne occasion pour arrêter de fumer…
Fabrizzio Bucella : Tout à fait, nous avons ici une antenne de l’hôpital Bordet d’aide à l’arrêt du tabac et un autre centre sur le site d’Erasme. Nos services de la médecine du travail organisent des consultations pour orienter tous ceux qui souhaitent arrêter de fumer. On a estimé que cela faisait partie de nos responsabilités.

Le tabac t'abat!

On fait le point sur les méfaits du tabac avec Juan Coulon, tabacologue à la Fédération Belge Contre le Cancer.

GUIDO: Quels sont les dangers du tabac pour les jeunes fumeurs?
Juan Coulon : Au plus on commence tôt à fumer, plus les effet néfastes du tabac se révèleront rapidement. On voit maintenant des jeunes fumeurs dans la vingtaine qui présentent des pathologies qui normalement auraient dû apparaître dans la quarantaine chez les fumeurs de longue durée. On peut commencer à voir des cancers de la gorge. Le cas du cancer du poumon est rare chez le jeune mais existe chez de gros fumeurs fumant plus de deux paquets par jour. Pour le tabagisme, il y a un effet de durée et de dose: au plus vous avez fumé et fumé longtemps, au plus les risques sont importants. Au plus on commence tôt, au plus l’effet de dépendance à la nicotine va se manifester tôt aussi. Et bien sûr: au plus les difficultés pour arrêter seront importantes.

GUIDO: L’image de la cigarette évolue-t-elle chez les jeunes?
Juan Coulon : Les jeunes n’estiment plus le fait de fumer comme valorisant. Plus de 70% des jeunes souhaitent arrêter de fumer mais échouent parce qu’il ne savent pas comment faire. Ils sentent bien qu’il y a un problème mais ils ne savent comment s’y prendre. Ils sont aussi très au fait des méfaits liés au tabac mais ils sous-estiment les effets de la dépendance. Ils ont toujours l’impression qu’ils peuvent maîtriser leur tabagisme, qu’ils vont pouvoir arrêter quand ils le veulent. Ce qui est évidement un leurre.

GUIDO: Pourquoi est-il si difficile d’arrêter de fumer?
Juan Coulon : Il faut voir à quel niveau de maturation est le fumeur. On a différents stades. Le premier stade est celui de la pré-contemplation, le fumeur ne se pose pas de question, fume et est heureux comme ça. C’est le stade du fumeur heureux. Deuxième stade: la contemplation. Il commence à douter et à avoir envie d’arrêter. Ensuite, il passe au stade de la préparation où il y a toute une démarche à faire avant le stade d’arrêt proprement dit.

GUIDO: Quels sont les motifs qui encouragent les jeunes à arrêter de fumer?
Juan Coulon : Le fumeur a avant tout besoin d’un motif personnel suffisamment important pour le pousser à arrêter, un motif auquel il puisse se raccrocher en cas de doute. Les jeunes en général n’arrêtent pas pour des raisons de santé, mais le font soit pour des raisons financières ou sous la pression des proches, souvent le (la) petit(e) ami(e), une maladie ou un décès dans la famille lié au tabac, mais la question de la santé ne vient qu’en quatrième position. On a besoin d’une raison très précise, très importante qui possède une grande charge affective (par exemple, pour une fille: le désir d’avoir un enfant). Le coût du tabac pour un étudiant est aussi un excellent motif d’arrêt.

GUIDO: Comment faire pour arrêter de fumer?
Juan Coulon : Si on sait arrêter seul, tant mieux. Mais si on rechute, autant se faire aider par des gens qui ont une formation, parce qu’on risque de se décourager pour de bon et de fumer encore dix ans. On peut commencer par aller voir son médecin généraliste et puis aller voir un tabacologue dans un centre de lutte contre le tabac. Il y en a un dans chaque université en Communauté française (voir coordonnées en bas de page).

Il y a également des livres, notamment un livre américain ( ndlr: Allen Carr 'La méthode simple pour en finir avec la cigarette') qui a de grandes qualités notamment sur la question de la dépendance psychologique et comportementale, mais il minimise la dépendance physique et écarte l’usage des substituts de nicotine, qui peuvent pourtant être indispensables dans bien des cas. Il faut résoudre les symptômes physiques pour pouvoir se concentrer sur les syndromes psychologiques. Les substituts sont aussi importants car ils empêchent de prendre du poids. Certains devront avoir un soutien psychologique car leur tabagisme était instrumental, il masquait un mal-être.

GUIDO: Ne peut-on pas envisager de simplement réduire sa consommation?
Juan Coulon : Le grand fantasme du fumeur est de croire qu’il va pouvoir limiter sa consommation et se contenter de fumer par exemple en soirée ou juste une après le repas. Mais quand on arrête de fumer, on fait passer le principe de réalité avant celui du plaisir. C’est une notion freudienne de base. Le principe de réalité dit: si je continue à fumer, je me bousille. Le principe de plaisir dit: je prends plaisir à fumer. Mais en fait, le fumeur prend une cigarette pour éviter le déplaisir dû au manque. Le plaisir est confondu à la satisfaction d’un manque. On ne peut pas réduire parce que quand on a beaucoup fumé, il y a une mémoire du tabac qui est imprimée dans le cerveau d’une façon indélébile. Et une fois qu’on arrête, il suffit d’une petite excitation sur cette mémoire pour recommencer. Ensuite, au point de vue strictement médical, une cigarette par jour est un déjà facteur de risque pathologique.

Une triple dépendance à la cigarette

Tout fumeur est soumis, si pas dès la première cigarette, très vite, à une triple dépendance.

1. Une dépendance chimique liée essentiellement à la nicotine.
2. Une dépendance comportementale qui est liée au fait qu’il y a des réflexes conditionnés qui associent une situation, un contexte avec le fait de fumer.
3. La dépendance psychologique: il peut y avoir des émotions difficiles à gérer chez le fumeur, dans un contexte d’anxiété ou de dépression où la cigarette peut être utilisée comme un outil de gestion de ce contexte.

Du fait de cette triple dépendance, des effets toxiques de deux types peuvent se manifester:

- Les effets microscopiques qui commencent dès les premières cigarettes. Dans la fumée de cigarette, il y a environ 4000 substances chimiques en suspension dont plus de 40 cancérogènes. Elle renferme des gaz toxiques (monoxyde de carbone, oxyde d'azote, acide cyanhydrique, ammoniac, …) et des métaux lourds (cadmium, mercure, plomb, chrome,…). Les cigarettiers rajoutent notamment de l’ammoniac qui facilite la pénétration de la nicotine dans le sang et augmente ainsi la dépendance. Ils rajoutent aussi du sucre et du cacao pour améliorer le goût, le rendre plus doux, moins acre. Quand on fume, on ingère en grande quantité du monoxyde de carbone (CO), produit de la combustion, qui a la propriété de se fixer plus facilement que l’oxygène (O 2) sur les globules rouges. Le CO remplace donc l’O 2, ce qui va diminuer l’oxygénation de ses organes et notamment celle de son cerveau. C’est comme ça que l’on explique ce qu’on appelle «le syndrome du lundi matin» caractéristique de l’étudiant qui a passé son WE à boire et à fumer. Le lundi, on constate une diminution de la concentration au cours et une diminution des performances intellectuelles.  

- Les effets macroscopiques visibles. Lors de mes consultations chez les étudiants, il n’est pas rare de rencontrer des jeunes de 20 ans qui fument deux paquets par jours. A ce moment, on arrive à des problématiques physiques du type 'bronchites chroniques', qu’on voit généralement chez le fumeur âgé. Le tabac a aussi des effets sur la fertilité des femmes, il diminue la production d’œstrogène et augmente le risque de fausse couche, parfois d’une façon irréversible. Le tabac peut enfin provoquer des problèmes d’impuissance chez les hommes.

(AG)

Pour toutes questions ou aide à l’arrêt du tabac, la ligne Tabac-Stop où des médecins et des psychologues vous répondent: 070 227 227 (0.174€ la minute) ou consultez le site de la Fédération contre les Affections Respiratoires et pour l’ Education à la Santé: www.fares.be pour connaître les adresses des Centres d’ Aide aux Fumeurs (CAF)

 

 


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