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31/01/2005

Les cercles et associations gays: La fac sort du placard

Si depuis juin 2003 et la loi autorisant le mariage gay, homo ou hétéro, on est tous égaux devant l’Etat Civil, qu’en est-il sur les bancs de l’auditoire ou au bar de la cafèt? Si la loi fait des progrès dans la voie de la tolérance, est-il pour autant plus facile d’accepter et de faire accepter sa différence au quotidien? Est-il facile de dire et de vivre son homosexualité sur les campus?

Etat des lieux des associations étudiantes gayes et lesbiennes de la Communauté française.

Pour les jeunes homos, encore plus que pour les autres étudiants, l’arrivée dans l’enseignement supérieur, conjugué avec le fait de prendre un kot en ville, et/ou de s’émanciper de la tutelle parentale, représente un véritable tournant. Une accélération brutale dans une longue phase de prise de conscience de sa différence. Vincent est arrivé à l’ULB «du bout du monde, dans le fin fond de la province du Luxembourg où, au point de vue des structures d’accueil pour les homos, ce n’est pas vraiment ça… J’avais entendu parler du CHE (Cercle Homosexuel Etudiant) sur Internet, c’est une des choses qui a orienté mon choix vers Bruxelles plutôt que vers Namur où il n’y avait pas de cercle homo (ndlr: lacune depuis réparée avec la création en novembre 2002 du Carrefour Homosexuel Etudiant de Namur). J’ai ensuite tourné longuement autour du stand du CHE lors de la journée d’accueil. Ils se demandaient d’ailleurs quand j’allais me décider à venir lors parler!».

Un lieu d’accueil et de dialogue

Le CHE existe depuis 21 ans au sein de l’ULB, il est à ce titre le plus vieux cercle homosexuel de Belgique. Le CHE organise une activité tous les jeudis dans les locaux d’Aimer à l’ULB ainsi que des permanences le mardi midi. Contrairement aux autres cercles de l’ULB, réputé pour leur débit de boissons, c’est plutôt le débit de parole qui est ici la règle, le but du jeu étant surtout de lier des connaissances et de se retrouver entre amis. «On essaye d’accueillir des jeunes homos qui auraient des problèmes avec leur sexualité. Ou pas d’ailleurs, on n’est pas obligé d’être névrosé pour venir. Mais le principal de notre mission est l’accueil et l’intégration» nous dit Marie, la présidente du cercle. «Il y en a qui cherchent une association plus militante. Mais c’est vrai que pour le moment le militantisme est laissé à des association comme Tels Quels ou la FAGL (Fédération des Association Gayes et Lesbiennes)».

Passer la porte d’Aimer à l’ULB se fait généralement quand le processus d’acceptation de son homosexualité est déjà bien entamé. «Personne n’irait au CHE s'il n’assume pas son homosexualité avant, à la limite un minimum» nous dit Marie. «Pour les plus coincés, il y a les permanences. On a déjà eu des personnes qui sont venues au CHE et qui ne s’assumaient pas du tout, mais ils viennent quand même. Même s'ils ne s’acceptent pas, ils retrouvent quand même ici des gens qui leur ressemblent, avec qui il peuvent partager une expérience, parler de sujets communs. Les gens qui viennent aux permanences sont des gens qui ont plus de mal à arriver dans un gros groupe et qui se disent que c’est plus facile d’avoir à faire à une ou deux personnes. Y en a aussi qui viennent sans avoir l’intention de se rendre aux activités, des gens qui n’assument pas du tout et qui viennent aux permanences chercher une écoute et un accueil ou dans une démarche plus informative, voir à quoi ressemble un homo».

Le CHE, comme la plupart des cercles homosexuels wallons (voir infra), n’a aucun problème avec le rectorat avec qui le dialogue est bon. Il bénéficie de locaux et du statut de cercle culturel et semble bien accepté dans la communauté ulbiste comme nous le confirme Marie: «On n'a jamais eu de problèmes avec qui que ce soit. Pour la dernière soirée du CHE, on est passé dans tous les cercles et on a vraiment été très bien accueilli. J’ai tout de même l’impression que nos affiches sont arrachées plus vite que les autres».

Un coming out différemment franchi

Entre le fait de vivre son homosexualité à l’abri d’un cercle limité, association ou milieu gay, assumer son homosexualité ouvertement et s’afficher en public avec son ou sa petit(e) ami(e), il y a des étapes différemment franchies et des vécus particuliers aux individus. Pour les membres du comité, «on est tous sorti du placard avec nos amis, au cours… Dans le milieu familial jusqu’à un certain point» nous dit Vincent. D’autres sont carrément affirmatives, comme Julie: «Je suis bi et fière de l'être».

Bien dans sa peau, Grégory a pourtant plus de mal: «Je ne le crie pas sur tous les toits. Je ne vois pas vraiment l’intérêt de le dire autour de moi.» Il n’empêche qu’un besoin de visibilité et d’identification est palpable, histoire de ne pas se sentir seul dans sa différence: «Je suis venu ici parce que je n’ai pas d’amis gays à l’unif et je me demande un peu où ils sont. Ce serait quand même chouette de savoir que je ne suis pas tout seul dans l’auditoire!». En même temps, il admet volontiers que l’anonymat offert par le campus est assez confortable: «L’unif reste très anonyme. Ça ne me pose pas de problème pour vivre mon homosexualité. En humanité, ça me stressait plus. Tout le monde se connaît et ça fait directement une réputation. C’est depuis que j’ai 17 ans que j’ai vraiment commencé. Mais je n’aurais pas eu l’idée de le dire autour de moi, j’étais plus jeune et j’avais peur des réactions des gens».

Le regard des autres et particulièrement celui de leurs amis, voilà la hantise des jeunes gays et lesbiennes. Va-t-on me rejeter maintenant que l’on sait ce que je suis? Que va-t-on penser de moi? Pour Julien, c’est clair et net: «Moi, on ne m’a jamais demandé quoi que ce soit. De toute façon, si on me le demande, je mentirais. Je l’ai dit à une seule personne avec qui je m’entendais bien, mais c’est devenu son seul sujet de conversation et ça m’a vraiment gonflé». Pour Grégory, c’est la crainte d’en être «réduit à ça». Bref, l'homosexualité est vécue et ressentie d'une façon différente par les étudiants.

L'avis de Citizen G

Gérald est membre de l’association Tels Quels, association emblématique, aux avant-postes de la lutte pour la reconnaissance des droits des gays et des lesbiennes. Responsable de Tels Quels Jeunes, il nous parle des problèmes spécifiques des jeunes homos.

Tels Quels est une institution dans le milieu bruxellois, le QG bruxellois de l’association a été l’un des tous premiers lieux gays de la capitale. Pour beaucoup de jeunes, dès l’âge de 16 ans, en découverte d’eux-mêmes, le café de la rue du Marché au Charbon constitue un refuge, un lieu d’accueil, d’écoute et de conseil (prévention et PMS), mais aussi de rencontre, de dialogue et d’activité avec d’autres jeunes.

Tels Quels Jeunes est aussi un lieu de conseil et de prévention dans un milieu gay, très axé sur le sexe, où des jeunes mal aiguillés peuvent se perdre dans des bras trop accueillants… «L’accueil des jeunes a vraiment changé ces dernières années. Avec la visibilité accrue des homosexuels, notamment à la télévision, on tombe sur des jeunes qui s’assument de plus en plus tôt et qui ont donc une sexualité de plus en plus précoce. Le milieu est comme un miroir aux alouettes où tout est facile, c’est la fête en permanence, la séduction instantanée, le sexe sans tabou, la drogue à disposition. Ils ont une manière de voir complètement à coté de la réalité. C’est la génération Star Ac’/Britney Spears: c’est comme tu veux, quand tu veux, avec qui tu veux. Mais il y a un vrai malaise derrière tout ça, comme s’ils devaient s’étourdir dans la fête pour oublier ce qu’ils sont. Dans ces cas-là, on essaye de les rappeler à l’ordre, les prévenir qu’ils déconnent, mais on ne peut pas être derrière eux tout le temps non plus».

Rien n’est acquis

Le militantisme revendicatif des années nonante semble lui aussi bien loin derrières les paillettes. «Ils ont l’impression qu’il n’y a plus rien à revendiquer, que les homos sont acceptés par la société, mais ils oublient qu’il a fallu des siècles pour en arriver là, que tout n’est pas rose pour autant et surtout que rien n’est acquis. Les étudiants par contre s’impliquent beaucoup plus que les ados. Ils organisent des activités, font preuve d’initiatives, c’est véritablement la relève d’un mouvement gay et lesbien qui s’essouffle un peu».

Lors des deux dernières gay prides, le TQJ, les cercles étudiants et les associations de jeunes homos francophones ont défilé sur un char commun. «On en avait marre des images stéréotypées que les médias renvoyaient de nous aux hétéros: des travelos, des mecs à moitié à poil, en cuir… Tellement loin de ce qu’on était et de ce qu’on vivait au quotidien. On a donc défilé tous en T-shirt noir sur de la musique, simplement pour montrer l’image de jeunes, filles et garçons, responsables comme tous le monde, ni folles ni camionneuses».

Gérald est un ancien de l’IHECS, école de communication bruxelloise bien connue et à priori fort peu suspecte d’intolérance et d’étroitesse d’esprit. Son coming out en a pourtant dérangé plus d’un… «A l’IHECS, tout le monde se veut ouvert, comme on se veut négligé avec un Levi’s 501 troué et des T-shirt Diesel. L’homosexualité, les gays, c’est super 'in'. Si tu es 'fashion', émancipé et que tu rentres dans un stéréotype, tout le monde va t’aimer. Mais moi, je n’ai pas 'gay' écrit sur mon front et quand j’ai décidé de faire mon coming out, j’ai non seulement reçu très peu de soutien ou de marques de sympathie mais des gens se sont carrément détournés de moi. Certains sont revenus vers moi mais beaucoup plus tard, quand le cap était passé et que j’allais mieux».

Et quand il a voulu faire du militantisme au sein de l’école, il s’est carrément heurté à certains professeurs. «J’ai d’abord pensé fonder un cercle homo, mais on m’a tout de suite dit que l’école était trop petite, que ça ne se justifiait pas, que la tolérance était déjà bien présente. J’ai ensuite demandé à installer une valve, comme celles du cercle, à destination des étudiants homos avec des messages de prévention, un agenda des soirées, des activités… Ce qui m’a été accordé, sauf que par la suite mes messages ont été systématiquement arrachés et la valve phagocytée par des petites annonce ou des pubs pour les soirées du cercle. Un prof est même venu me harceler un soir sur mon lieu de travail par ce que ma petite valve, qui ne représentait pas vraiment une présence 'invasive' de la visibilité gaye, c’était déjà trop pour lui. Comme quoi, certains ont encore un bout de chemin à faire…

(AG)

Quelques site utiles:

CHE (Cercle Homo Etudiant ULB)
www.ulb.ac.be/students/che

CHEL (Cercle Homosexuel Etudiant Liégeois)
www.chel.be

CHL (Cercle Homosexuel de Louvain)
http://membres.lycos.fr/chlln

ALLIAGE (Association de gays et de lesbiennes de Liège)
http://www.alliage.be 

CHEN (Carrefour Homosexuel Etudiant de Namur) http://etudiants.fundp.ac.be/%7Echen

TELS QUELS
www.telsquels.be


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