Fair Trade Campus joint l’utile à l’équitable
60% des belges sont conscientisés au commerce équitable et son succès auprès des consommateurs va croissant, non seulement au travers de boutiques spécialisées du type Oxfam-Magasins du monde, mais grâce à une présence renforcée du label d’économie solidaire Max Havelaar sur un nombre croissant de produits vendus en grande surface.
Après avoir convaincu la Communauté française ou le Palais Royal d’acheter éthique, la plate-forme formée par Oxfam-Magasins du monde, Max Havelaar et quatre autres associations interpelle les campus belges: A quand le café équitable au resto U? Jus d’orange et chocolat labellisés ont-ils droit de cité dans le frigo dépouillé de l’étudiant?
Depuis 1991, on a pris l’habitude de cette figurine découpée dans un cercle bleu et vert trônant sur les étals de bananes ou les paquets de café aux rayons des grands magasins. C’est le logo de Max Havelaar, il représente l’Humain qui est au centre de toute relation équitable. Remettre l’humain et l’environnement au centre de nos habitudes d’achat, c’est la mission que se sont fixées 6 associations (Max Havelaar, Oxfam-Magasins du monde, SOS Faim, le Crédal, Eco-consommation et Nature et Progrès) réunie au sein de la plate-forme Ça passe par moi. L’opération, lancée depuis le 1er mars, a pour objectif avoué de faire adhérer au moins 500 associations, entreprises et collectivités à une charte où ils s’engagent à soutenir les produits et les démarches du commerce équitable, de l’éco-consommation, de l’économie solidaire ou de l’agriculture biologique.
Consommer moins, consommer mieux
La Charte, à laquelle la plate-forme Ça passe par moi veut faire adhérer un maximum d’associations, collectivités et entreprises, engage ses signataires à une réflexion sur leur choix et leur démarche de consommation. Cette réflexion les invite à prendre conscience du poids politique, social et environnemental de leurs actes et de leurs choix de consommateur. Cette réflexion doit déboucher sur un engagement à adopter des démarches de consommation durable et équitable. Cet engagement doit impliquer tous les membres de l’entreprise, assos ou collectivité, qui mettra en place une politique de communication, d’information et de sensibilisation interne (le personnel) et externe (clients, adhérents, sympathisants, médias…). La Charte invite en outre à poser deux actes concrets dans les quatre secteurs complémentaires que sont le commerce équitable, l’agriculture biologique, l’économie solidaire et l’éco-consommation.
De consommateur à consomm-acteur
L’action Ça passe par moi s’adresse aussi à tout un chacun, femme active, étudiant, retraité ou chômeur. Il revient à chacun d’entre nous de prendre conscience que dans la société de consommation qui nous entoure, l’acte de consommer ou non, celui de choisir en connaissance de cause entre deux produits peut aussi être envisagé comme un acte politique pouvant, n’ayons pas peur des mots, changer la société, rééquilibrer les échanges Nord Sud et améliorer l’environnement dans lequel nous vivons. Les consommateurs de par leur pouvoir d’achat, aussi faible soit-il, constitue une force dont les choix ont acquis une influence considérable sur les décideurs économiques et politiques. Pour ça, nul besoin de pétitions kilométriques ou de manifs monstres, il suffit d’adopter une démarche de consommation responsable et consciente : acheter des produits issus du commerce équitable ou de l’agriculture biologique, se fournir localement, limiter les intermédiaires et les transports source de pollution, de gaspillage de ressource et, in fine, d’augmentation des prix, surveiller sa consommation d’énergie (éteindre les lumières, isoler son habitation, utiliser la marche, le vélo ou les transport en commun pour ses déplacements), trier ses déchets. Autant de gestes qui ne coûtent rien, ni en temps ni en argent, mais qui généralisés à une masse de consomm-acteurs peuvent changer pas mal de choses. Généralisé à une communauté universitaire représentant plusieurs milliers de personnes, ces nouvelles habitudes peuvent avoir un impact décisif, comme l’ont eu l’engagement d’institutions telles que la Région Wallonne, la Communauté Française ou le Palais royal.
Ça passe par toi, ça passe par moi
Parallèlement à l’action Ça passe par moi, le projet Fair Trade Campus s’adresse, vous l’aurez compris, plus spécifiquement aux universités et hautes écoles ainsi qu’aux étudiants qui les fréquentent. Il invite les administrations et les étudiants à s’engager dans le commerce équitable et l’éco-consomation. Jusqu'au 15 mai, des actions d’information et de sensibilisation seront organisées tour à tour dans 5 campus pilotes: l'UCL, l'ULB, la HEC, Gembloux et l’ICHEC. En décembre sera remis un titre Fair Trade Campus aux initiatives le plus méritantes.
En 2006, la campagne sera élargie aux autres universités et hautes écoles de la Communauté Française. Cette initiative semble tomber à point nommé tant certains étudiants demeurent peu sensibilisés au commerce équitable. Ainsi, Thomas, étudiant en kiné, m’avoue que "le commerce équitable, je vois pas ce que c’est. Quitte à dire une connerie, ça a quelque chose à voir avec l’écologie?". On y est presque mais pas encore tout à fait. Solange, quant à elle, fait d’abord attention aux prix. "Je suis une étudiante boursière et je paie mon kot moi-même. Alors c’est vrai que je me suis toujours dit que le bio ou l’éthique c’était pas pour moi, c’était trop luxueux. Mais c’est vrai que je n’avais jamais remarqué que la différence de prix n’était pas si importante."
D’autres comme Nicolas sont plus impliqués: "J’essaie toujours de me procurer les produit Max Havelaar en magasin et généralement, pour les bananes en tout cas, quand il n’y en a pas, je n’achète pas autre chose. Je sais que les grandes marques font travailler leurs ouvriers dans des conditions déplorables pour une misère et que l’écologie ne fait pas vraiment partie de leurs priorités". Charles, étudiant en sciences po est quand à lui très impliqué (on en est moyennement surpris): "àla base, j’étais déjà très impliqué dans le mouvement associatif au sein de l’unif et dans le militantisme en général, je suis bénévole à Amnesty. Les problématiques du commerce équitable, de l’économie solidaire et du développement durable m’intéressent et me touche donc logiquement, de par mes études d’une part et puis parce que je suis un enfant de la mondialisation, ou plutôt de l’altermondialisation. Si il y a des actions à mener sur ces thèmes ici à l’unif, j’y prendrai part, c’est dans la suite logique de mon engagement."
Quelques idées d’actions pour étudiants désoeuvrés (Source: www.capasseparmoi.be)
Voici les types d’actions que vous pouvez mener en tant qu’étudiant pour soutenir les petits producteurs du Sud et montrer que ça passe aussi par vous:
- organiser un évènement annonçant la campagne dans votre kot, votre cercle, ou votre association
- inviter un de leurs partenaires lors d’une soirée thématique sur le commerce du café
- visiter ou organiser une expo photo retraçant le parcours du grain de café à la tasse
- rédiger un article dans un journal étudiant
- annoncer votre engagement grâce à une pétition qui sera envoyée au Recteur de votre campus l’invitant à s’engager dans la campagne
- organiser une distribution d’autocollants, de tatouages, d’affiches et de cartes postales sur votre site universitaire
- afficher clairement le slogan Ça passe par moi
- accorder une préférence claire aux produits durables et labellisés afin de privilégier une chaîne d’achat la plus courte possible et rétribuer correctement les petits producteurs
- sensibiliser votre entourage à choisir des produits équitables
- réclamer des produits équitables dans l’Horeca
- rejoindre l’équipe de bénévoles de SOS Faim et participer aux actions de mobilisation en faveur des producteurs du Sud
- soutenir les actions de SOS Faim en participant aux 20 km de Bruxelles
- souscrire un abonnement à la revue Défis Sud ou parrainer un abonnement à cette revue
- faire un don
Voici encore des actions que vous pouvez demander aux autorités de votre campus:
- organiser des dégustations de produits issus du commerce équitable: pause café équitable, menu équitable
- informer le responsable des achats du souhait de consommer équitable
- acheter des produits équitables pour les conférences, réceptions et réunions académiques
- installer des machines (de type distributeur) de produits équitables sur le campus
- publier des articles à l’attention du personnel et des étudiants via l’Intranet, un magazine interne ou Internet
- utiliser des outils de communication (affiches, cartes) dans les lieux de consommation tels que les bureaux, les restaurants universitaires
- organiser un événement pour le lancement de la campagne: organiser une conférence-débat, une expo photo, un stand d’information lors de la rentrée académique ou de la journée Portes Ouvertes
Commerce équitable: Mode d’emploi
Antoine est commercial pour Echanges Equitables, une coopérative française qui conditionne les matières premières achetées directement aux petits producteurs pour les distribuer dans les grandes surfaces ou ils pourront rencontrer le consommateur final, sous la certification de Max Havelaar. Il nous explique comment ce marché particulier s’organise
GUIDO: Comment concilier deux termes apparemment antagonistes tels que commerce et équitable. L’un évoquant la logique économique de la maximisation du profit, l’autre, un accord où tout le monde trouve son compte ?
Antoine : Le CE est une démarche de développement durable qui vise justement à concilier 3 piliers: développement économique (viabilité économique des projets), développement social et respect de l’environnement. C’est effectivement la maximisation du profit qui est dangereuse pour les producteurs mais un profit raisonnable est indispensable à tout projet économique. C’est un commerce à visage humain que prône le CE, un partenariat où tout le monde s’y retrouve.
C’est parce que le rapport de force n’est pas en leur faveur que les petits producteurs n’arrivent pas à imposer leurs conditions.
GUIDO: Qu’est-ce que c’est qu’un prix juste?
Antoine : Un prix juste n’existe finalement pas en économie puisque le principe de l’économie de marché est la fixation par le jeu de l’offre et de la demande. Cependant, ce principe est d’inspiration libérale (par opposition à une situation ou l’Etat intervient). Or, il existe des imperfections de ce système qui ne conduit pas à rendre les conditions équitables pour toutes les parties. C’est pour cela qu’un système d’une économie de marché où les acteurs sont libres doit être accompagné par des règles, des "lois" garantissant qu’une partie ne pourra pas imposer des conditions discriminatoires sur une autre.
GUIDO: Comment rémunérer équitablement tout le monde sans finalement faire payer la note au consommateur?
Antoine : L’idée du CE est de se passer des intermédiaires qui n’apportent pas une réelle valeur ajoutée à la filière pour équilibrer les bénéfices liés au commerce auprès de chaque acteur (producteur, exportateurs, distributeurs…).
GUIDO: Les produits issus du commerce équitable sont-ils nécessairement bio?
Antoine : Certains le sont, d’autres non. Tout dépend du choix du distributeur mais il n’y a pas d’impératif à ce sujet. Le CE contient dans ses impératifs des conditions liées au respect de l’environnement. Le secteur de la banane est très caractéristique dans ce domaine.
GUIDO: Comment les petits producteurs du Tiers Monde peuvent-ils jouer à jeu égal avec ceux de l’Occident qui bénéficient de subvention alors qu’eux ont à payer des taxes?
Antoine : Justement, ces subventions sont abusives et constituent des mesures protectionnistes des pays du Nord. Ceux-ci donnent des leçons de libéralisme (ouverture des économies, des marchés du Sud aux produits du Nord ) alors qu’eux-mêmes sont hyper protectionnistes (Etats-Unis, Europe): subventions, quotas d’importation…
GUIDO: Enfin, quelles sont les catégories socioprofessionnelles les plus enclines à acheter équitable?
Antoine : Les bobos, ceux qui ont un pouvoir d’achat plutôt élevé et qui sont aussi les personnes les plus à même de comprendre cette "démarche intellectuelle". Il existe effectivement un frein par rapport au prix pour les personnes les plus modestes mais c'est quand même un peu plus compliqué que ça.
(AG)