19,2 millions de blogs… Et moi? Et moi? Et moi?
De Britney Spears à Bert Anciaux, de Nike à la voisine Jennifer, tout le monde a son blog. Simple, facile, accessible et totalement gratuit, le blog (ou blogue pour les amis de l’Académie française) permet à tout un chacun de créer son espace perso sur le Net en totale liberté.
Alternative au traditionnel site web, il permet en plus une complète interaction entre l’hôte et les visiteurs du blog. Avec comme conséquence une véritable explosion du nombre de blogs sur Internet. Panorama de la dernière lame de fond qui agite la Toile.
Chaque jour, 80.000 blogs sont créés dans le monde, soit un par seconde. Le moteur de recherche Technorati (spécialisé dans l’indexation des blogs) en comptabilise actuellement plus de 19 millions. Et on estime que le volume de la blogosphère double tous les 5 mois.
Je blogue, donc je suis
Qu’est ce qui explique un succès aussi fulgurant? Ce phénomène a débuté, on s’en serait douté, aux Etats-Unis fin des années 90 sous le nom de weblog (contraction de web et log, ce qui nous donne littéralement "carnet web") finalement raccourci en blog. Le succès des blogs est à chercher dans leur facilité de création. En effet, contrairement aux autres sites ou aux sites personnels, les blogs ne demandent pas de connaissances techniques. N’importe qui peut réaliser un blog avec des connaissances informatiques des plus élémentaires: pas de ligne de codes HTML à taper ni besoin d’un logiciel complexe de mise en page.
Arnaud, étudiant en communications, Patrick, étudiant en Sciences Politiques et William, étudiant à la Cambre ont tous trois commencé à tenir un blog en 2003. William en a même deux: "Le premier sur un site communautaire et un autre plus perso. Le premier propose une structure fixe de «blocs» dans lesquels ont peut soit éditer du texte classique, soit du HTML. A partir du moment où on comprend certains principes de base du HTML, on peut déjà bien s’amuser. Par ailleurs, l’aspect du blog sur ce site est complètement « customisable», on peut donc faire de ce blog quelque chose de très perso. Pour ce qui est des photos, tous les blogs disposent d’une interface d’édition."
Cette simplicité de l’utilisation tient à la mise en page on ne peut plus basique et standardisée de la plupart des blogs, qui permettent pourtant un large éventail de personnalisation (couleur du font, police, image, vidéo, son et même radio…). Et pour peu que l’on maîtrise les astuces du code HTML, la palette s’élargit encore. C’est ce qui a séduit Arnaud: " Un des principaux avantages du blog est la facilité à l'ouvrir et le faire vivre. C'est à la portée de n'importe qui, en tous cas si on ne souhaite qu'écrire, sans fioritures. Par contre, si l'on veut aller plus loin, cela peut vite devenir compliqué, surtout qu'il n'y a pas de support technique "allo blog". Chacun se débrouille dans son coin, mais il est possible d'obtenir de l'aide assez facilement." Pour Patrick, il n’y a qu’une contrainte : le temps: "on ne peut pas passer (toute) sa vie à ça."
Selon William, suivant l’hébergeur du blog, différentes variantes et possibilité s’offrent à l’utilisateur: "Les limites sont soit financières, soit techniques. On peut payer un blog pour obtenir des services supplémentaires, notamment au niveau de la mise en page et de la capacité d’hébergement. Soit on le construit de toutes pièces, avec tout le savoir technique que ça nécessite." Des fournisseurs d’accès ou des services dédiés aux blogs offrent la possibilité de créer un blog gratuitement en quelques clicks. Tel un carnet de bord électronique, le blog comporte des notes (aussi appelés postes), la dernière diffusée apparaissant en tête de liste. Au dessous de chaque note un lien renvoie aux commentaires et réactions laissés par les lecteurs. Il est généralement possible à n’importe qui de laisser un commentaire voir de commenter un commentaire. Les commentaires s’affichent généralement directement d’où certains problèmes de pollution, les pourriels: commentaires publicitaires, inintéressants, haineux voire racistes que l’hôte du blog aura pour tâche de traquer et d’éliminer implacablement, il devra aussi contenir les blogo-squat: bavardage sans fin et sans lien avec le poste de l’hôte des lieux, entre deux lecteurs qui doivent sans doute confondre le blog avec le chat.
Me, Myself and I
Avec le GSM, le sms, le mail, ou les sites de rencontre, le blog semble être devenu le nouvel outil indispensable de la trousse de survie sociale de l’homo cyberneticus de ce début de 21 ème siècle. Skyblog , le premier site francophone d’hébergement recense plus de 1,5 millions de blogs. On y retrouve des milliards de postes sur tous les sujets, du plus naïf au plus osé, mais qu’on y montre sa voiture tunée, son groupe de metal préféré, son nouveau petit copain ou ses parties génitales, un sujet est cependant invariablement récurant sur les blogs, soi-même.
Comme Arnaud, l’Homme a toujours eu un besoin viscéral de s’exprimer, de se confier, de se plaindre, mais aussi d’être écouté, conseillé et finalement aimé. Le blog est simplement le dernier avatar du besoin fondamental de s’ auto-représenter, perfectionné, enrichi et simplifié par les technologies d’aujourd’hui. Sur son blog, Arnaud parle surtout "d e moi-moi-moi-moi-moi et de ce qui m'entoure. J'ai toujours besoin de "m'exprimer". Le blog est apparu comme un nouveau mode d'expression qui offrait beaucoup de possibilités. Il y avait une autre problématique pour moi: une difficulté à maintenir un lien de proximité avec mes amis. J'ai essayé d'utiliser le blog pour ça mais ça n'a pas tellement fonctionné..."
Chacun a sa propre histoire mais c’est le même besoin qui a poussé Patrick et William, à rédiger un blog. Patrick parle des possibilités offertes par l’interactivité du blog: "Un blog, c'est une manière de communiquer proche d'autres médias (le courrier papier, l'e-mail, la discussion, la soirée diapo) avec quelques apports neufs, liés à l' hypertextualité et au caractère ouvert et permanent du web. Mon idée était de faire un site qui parlerait de plusieurs choses qui m'intéressaient, dans la politique, dans les arts, et aussi, d'une manière un peu narcissique, qui me présenterait sous tout un tas de facettes. Sur le fond, aussi, faire marrer des amis, des camarades d' unif... En ce moment, à peu près la moitié de mes postes parlent d'actualité politique, d'élections, ce genre de choses. Dans l'autre moitié, il y a ce qu'on pourrait appeler une chronique mondaine et psychologique de ma vie (sorties, visites, gens vus etc.), qui est finalement, assez largement un grand miroir, y compris photo, de ma vie de celle de mes lecteurs."
Entre l'intime et le public
En parcourant la plupart des blogs, des thèmes récurrents reviennent sans cesse que l’on pourrait résumer à «regardez moi/plaignez moi/aimez moi». "C'est exact," admet Patrick, "il est impossible de nier la dimension exutoire du blog. En fait, je pense qu'il y a une dimension assez positive, où l'on essaye déjà d'être plus clair pour soi-même." William quant à lui, "s’acharne à présenter un univers particulier. J’ai en quelque sorte une ligne éditoriale, et tous ces «efforts» sont ici pour affirmer ma différence. Et par cette différence, j’espère être aimé!" Mais pour être aimé, il faut être lu et vu. William a d’ailleurs installé un compteur sur son blog qui dit combien de personnes sont sur sa page à un instant donné. "C’est une façon de jauger la réaction des gens, leur intérêt. Pour ce qui est des commentaires, ça m’est déjà arrivé de faire des remarques à mes vrais amis pour leur dire qu’ils n’en laissaient pas assez sur mon blog. Le commentaire est une marque d’intérêt, et on a tous envie d’être intéressants, non?"
Effectivement, si on s’épanche joyeusement à longueur de pages sur Internet en y ajoutant force liens et photos, c’est pour avoir un écho, un avis, positif ou négatif, sur ce qu’on dit. "J’ai assez peu de commentaires, ce qui est frustrant," nous confie Patrick. "J’ai parfois l'impression de parler dans le vide, surtout quand on vient de mettre à plat un état d'âme bien sombre. C'est évidemment beaucoup plus marrant, plus captivant, quand tout le monde parle, voire poste. Paradoxalement mon lectorat est assez silencieux, mais très exigeant. Si moi je me tais trop longtemps, il se plaint..."
Le blog, journal virtuel, se situe à la frontière de l’intime et du public. Frontière pas toujours facile à délimiter selon Arnaud: "On compare le blog au journal intime à cause du contenu de beaucoup de blogs dans lesquels les blogueurs racontent leur quotidien. En vérité, les blogs ressemblent à tout et n'importe quoi: à des carnets de voyage, des pages critiques ciné et musique de magazine, des pamphlets politiques, etc. En ce qui me concerne, j'ai plutôt tendance à parler de moi et je n'ai toujours pas défini avec clarté ce qu'il était préférable de garder pour moi et ce que des inconnus pouvaient savoir et, dans ce dernier cas, à quoi cela pouvait servir."
Dans le cas de William, "tout est une histoire de sélection. Il y a des évènements dont je ne veux pas forcément parler, mais pas toujours par pudeur. Au bout d’un moment, on cherche une forme de sensationnalisme et on cherche LE truc qui va faire que les gens vont laisser des commentaires. On ne montre finalement que ce qu’on veut bien montrer. Parler de son propre malheur en excès peut être une forme inavouée de sensationnalisme. On voudrait présenter sa vie dans ce qu’elle a de plus exceptionnel."
Défouloir virtuel
Son concept simple et sa facilité d’utilisation prête le blog à tous les usages et tous les thèmes, de l’homme politique utilisant son blog comme une tribune pour exprimer des avis en dehors de la ligne officielle du parti ou pour adopter un ton plus direct ou plus proche de l’électeur, au journaliste amateur pouvant soutenir les thèses les plus révolutionnaires ou fantaisistes. Sans oublier l’adolescent qui profite de cet espace d’expression parfois plus proche du mur à tagger virtuel que du journal en ligne, pour extérioriser sa haine pour sa prof de français ou exorciser sa frustration sexuelle.
Ce qui peut donner lieu à certains dérapages inhérents à un média dont les atouts majeurs sont l’accessibilité et la liberté d’utilisation: informations non vérifiées, racisme, diffamation… Jusqu’à avoir éveillé un écho dans l’actualité ses derniers temps, tels ces lycéens français renvoyés pour avoir insulté leur professeurs sur leurs blogs, ou cet employé anglais viré parce qu’il y critiquait son patron.
Là encore, la limite entre réflexions intimes et prises de positions publiques est floue, tandis que le contrôle des messages tout comme celui des sites web (en dehors du débat de savoir s’il est souhaitable) semble impossible. "Certains hébergeurs surveillent le contenu édité par les blogueurs, d’autres ne sont finalement que des machines et se fichent bien de ce que vous pouvez poster. Beaucoup d’images d’actualité sont reprises, surtout les plus drôles ou les plus choquantes. La plupart du temps, la notion de droit de l’image, ou même de la musique n’est pas prise en compte. C’est un média très fugace et personnel. Ça fourmille et je pense qu’il serait très difficile de légiférer à ce propos", pense William.
Avec un média que tout un chacun peut utiliser pour y exprimer ce qui lui passe par la tête, Arnaud voit une autre dérive, l’ennui. "La quantité de choses vides et inintéressantes sur la blogosphère est abyssale."
Vous aussi, allez donc faire un tour sur la toile parcourir les bavardages de blogueurs, admirez, aimez, détestez, donnez votre avis, réagissez ! Et si l’envie vous démange d’avoir votre petit espace, votre petit mur à griffonner, en trois clicks, c’est réglé ou presque…
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(AG)