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06/02/2006

Stage Academy

Possibilité pour l'étudiant de rentrer pour la première fois en contact avec son futur environnement professionnel tout en acquérant une expérience pratique, le stage, devenu passage obligé dans la plupart des cursus, est aussi une aubaine pour les entreprises elles-mêmes, leur permettant d'utiliser une main d'œuvre à très bon marché.

Pour que chacun y trouve son compte, et pour éviter de passer un mois à faire des photocopies ou à classer des dossiers, autant bien se préparer à ce monde à première vue sans pitié.

Pas encore ton diplôme en poche que déjà le monde merveilleux de l'entreprise te tend les bras. Mais attention, juste pour un mois (parfois trois). A peine le temps de prendre ses marques dans un environnement nouveau, faire connaissance des collègues, des habitudes, du langage, du chef de service, du chef de département, au-delà, ce n'est même pas la peine d'y penser. A peine le temps de savoir où se trouve la photocopieuse – juste à coté de la machine à café, tu verras, c'est très pratique - et de comprendre le système de classement des dossiers.

Driiiing! Ton réveil te tire brutalement de ce mauvais rêve, te sauvant ainsi d'une dépression certaine. Aujourd'hui, c'est ton premier jour de stage. Le cœur palpitant et la tête pleine d'appréhensions, mêlées d'excitation, les portes de verre coulissantes s'ouvrent devant toi. La réceptionniste t'accueille déjà avec autant d'empressement qu'elle le ferait pour un colis encombrant et te laisse attendre gentiment en compagnie d'un ficus en plastique que la responsable des ressources humaines t'accompagne dans ton service.

Welcome! Bienvenue dans le monde merveilleux du travail. Sauf que pour le salaire qui va avec, il va falloir attendre un peu. Mais pas de précipitation, nous somme là avant tous pour apprendre…

L'immersion, un des piliers de la formation

Traditionnels dans les études médicale où l'apprentissage de la pratique du terrain est indispensable, les stages se sont généralisés dans les écoles de commerce, où ils constituent un maillon essentiel de la formation voire le premier pas de la future carrière de l'étudiant: «L'immersion en entreprise constitue pour nous un des piliers de la formation» , explique Benoît Piraux, professeur responsable des stages à l'ICHEC à Bruxelles.

«Un stage d'observation de cinq mois est d'abord organisé en 2 ème bac. Ce n'est absolument pas un stage café-photocopie» , se défend-il. «C'est un stage véritablement opérationnel dans lequel le stagiaire effectue des tâches répondant à des objectifs fixés au préalable entre l'école, l'étudiant et l'entreprise».

Mais c'est en fin de cycle que l'expérience du stage, si elle est bien préparée, apporte les bénéfices les plus concrets à l'étudiant. «En dernière année, l'étudiant doit accomplir un stage de 3 à 4 mois en connexion directe avec le sujet de son mémoire, lui-même en relation avec un projet professionnel beaucoup plus large. L'idéal pour l'étudiant est de faire un stage dans une entreprise active dans le domaine qui l'intéresse et qu'il puisse se prévaloir au final d'une expertise dans un domaine précis qui rencontre une demande chez l'entreprise ou sur le marché».

A l'ICHEC, comme dans la plupart des écoles, c'est l'étudiant qui doit trouver son stage et contacter l'entreprise d'accueil. «Nous avons au sein de l'ICHEC une cellule chargée de faire l'interface entre l'étudiant et l'entreprise. Nous y collectons des offres de stages et nous pouvons aider l'étudiant à trouver un stage en adéquation avec son projet de mémoire et en définitive avec son projet professionnel. Mais attention, notre rôle est de trouver un stage qui convienne au projet de l'étudiant, pas de trouver un stagiaire qui corresponde aux besoins d'une entreprise».

En définitive, un stage peut s'avérer réellement "payant" pour l'étudiant: «Nous connaissons nombre d'étudiants qui ont reçu une proposition d'emploi dans l'entreprise où ils ont effectué leur stage. Ce qui n'est que logique, dans la mesure où une entreprise a eu 4 mois pour évaluer un nouvel élément qui possède en plus une expertise dans un domaine précis dont l'entreprise a besoin». Même son de cloche chez les entreprises: «Chez nous, le stagiaire effectue une vraie mission, nous assure la DRH d'une multinationale du cosmétique, quel que soit le domaine dans lequel il fait son stage. Nos stagiaires peuvent réaliser un vrai travail dans de vraies conditions: c'est le maçon au pied du mur, et c'est à l'œuvre que l'on voit le maçon ».

Apprendre sur soi-même

Les écoles de communication, de marketing ou de journalisme voient aussi dans le stage un apprentissage pratique et personnel indispensable pour le futur diplômé. Thibaut, étudiant en journalisme à l'ULB vient de faire un stage à la rédaction d'un quotidien régional. «Mon stage commençait très mal. L'unif a des accords avec toutes les rédactions du pays et elle réserve des dates dans ces différentes rédactions pour que chaque étudiant fasse un mois de stage dans la presse écrite et dans l'audiovisuel. Les stages sont répartis entre les étudiants par tirage au sort. L'étudiant qui est en tête de liste peut choisir dans l'ensemble des stages et l'ensemble des dates, le second dans ce qui reste et ainsi de suite. Moi je me suis planté dans la date et j'ai complètement loupé le tirage au sort. J'ai du aller m'excuser devant le président de la section qui m'a copieusement engueulé et m'a attribué un stage d'office à Namur. Ce qui ne m'arrangeait pas du tout puisque j'habite Bruxelles» .

Ce mauvais départ ne l'a pas empêché de faire un stage plutôt bien rempli. «Mon stage s'est super bien passé. Ils m'ont tout de suite considéré comme un journaliste à part entière. Dès le premier jour, ils me donnaient trois sujets à pondre. Dès le début, je participais aussi aux conférences de rédactions. Le deuxième jour, j'ai proposé un sujet qui a fait la une le lendemain. Je pensais qu'on se contenterait de ma bonne idée et qu'on confierait le sujet à un journaliste plus expérimenté, mais non. L'info a ensuite été reprise par tous les journaux du pays et même la télé flamande. J'avais vraiment trouvé un scoop!».

Thibaut a en effet reçu des responsabilité rarement confiées à un stagiaire: «On était en pleine actualité de ce qu'on appelle les 'émeutes' en France. La proposition est lancée à la conférence de rédaction d'envoyer quelqu'un sur place pour couvrir les événements. Le rédac chef demande alors qui souhaite partir et, encore incrédule devant ma propre audace, je lève la main. Le lendemain, me voici donc en route pour Aulnay-sous-bois, avec un photographe, chargé de rapporter une vision de "l'enfer" qui s'embrasait là-bas. Et j'ai été très surpris de découvrir une réalité très différente de ce que j'avais pu en lire dans les journaux ou en voir à la télé».

Ce que Thibaut retire de son stage, plus qu'un apprentissage professionnel, c'est une leçon personnelle:  «C'était génial d'être au coeur de l'action, là où ça se passe. Ce que je retire en définitive de ce stage est extrêmement positif. J'étais content de faire enfin un peu de pratique après tous ces cours théorique de l'ULB. Confronté au terrain, tu en apprends vraiment non seulement sur le métier que tu seras logiquement amené à exercer, mais sur toi-même. J'ai compris qu'on avait tout à gagner à se mettre en avant».

En droit aussi, les stages sont une étape indispensable avant de devenir avocat. Stéphanie aujourd'hui jeune avocate se rappelle encore de sa première plaidoirie: «Lorsque j'ai dû aller plaider pour la première fois, j'en menais vraiment pas large devant ce juge, qui avait trente ans de métier derrière lui. Ça avait beau être un dossier qui se traite en 5 minutes d'audience au tribunal de police, il fallait bien que je commence quelque part. Et c'est justement à ça que sert le stage: tu acquiers une expérience que l'école ne pourra jamais t'apporter sans avoir la pression que tu pourrais avoir si tu étais employée. Lors de mon stage d'avocat, je m'occupais certes de petites affaires mais réelles. Ce qui te donne une prise directe avec le métier et une application enfin concrète de tous les syllabus et textes de loi dont tu t'es farci la tête pendant des années».

Marché de dupe

D'un point de vue légal, en matière de stage, c'est le vide juridique le plus complet. Aucune loi fédérale, régionale ou communautaire n'encadre les stages en entreprise. Ce sont les écoles et les entreprises qui fixent les règles: indemnités, horaires, fonctions, encadrement…

Le plus souvent, les stages en entreprise réalisés dans le cadre des études ne sont pas rémunérés. Ce qui est tout à fait logique puisque l'étudiant effectue son stage dans le cadre de ses études. Même si le stagiaire produit un travail réel, il doit être formé, encadré et supervisé par un maître de stage.

Passage obligé durant les études, une fois le diplôme en poche, les stages deviennent aussi souvent l'unique porte d'entrée au monde professionnel. Devant le flot de jeunes diplômés sortant de l'école en quête d'un emploi, les entreprises n'ont que l'embarras du choix et deviennent de plus en plus exigeantes dans une situation économique toujours morose. Triste paradoxe, elles exigent de plus en plus souvent une expérience professionnelle de 12 à 24 mois minimum. S'opère alors un marché où les stages ressemblent à un CDD déguisé, le salaire en moins. Les entreprises ont besoin des stagiaires (puisqu'elles ne les payent pas) et les stagiaires ont besoin des entreprises (puisqu'ils rêvent d'être payés un jour).

Devant un avenir professionnel bouché, de nombreux jeunes diplômés accumulent les mois de stages espérant décrocher un contrat en fin de courses. Les déceptions sont parfois amères. Ainsi, Catherine qui a fait un stage de 6 mois à la rédaction d'une grande radio privée: «Je sortais d'études de son à l'IAD, mais j'avais terriblement envie de devenir journaliste, on m'a donc proposé un stage d'un mois à la rédaction, non rémunéré évidement. Ça m'a énormément plu, j'étais motivée et on a prolongé mon contrat. En tout, je suis restée 6 mois chez eux, en me levant parfois à trois heures du matin pour être là à quatre heures et préparer le journal du matin. J'y croyais, je me disais qu'en montrant ma motivation et mes capacités, ils me proposeraient quelque chose. A la fin de mes six mois, j'ai reçu un bon d'achat de 50 € à valoir dans une parfumerie en guise de remerciement. Sachant que c'est la station de radio la plus écoutée en Belgique, j'étais vraiment dégoûtée».

Pas embauché, pourtant viré

Nicolas sortait de l'UCL en Sciences Eco, attiré par l'événementiel, il décroche un stage dans une PME active dans le secteur. «Sur vingt employés, on comptait huit stagiaires. Le boulot dans l'évènementiel est extrêmement stressant: les clients exigent tout à la minute et mettent l'agence, donc finalement ma responsable, sous pression, et c'est en fin de chaîne, c'est-à-dire sur moi, que toute la pression accumulée se répercute. J'essayais de faire de mon mieux pour répondre à leur demande, je m'impliquais, je faisais des propositions, je recevais des évaluations positives, tout semblait bien se passer, même si je ne supportais pas l'ambiance de travail et que je ne trouvais pas mon compte dans le boulot. Au bout d'un mois, mes responsables ont demandé à me voir. Elles m'ont sorti toute une série de soi-disant manquements dans mon travail et de failles dans mon comportement, sur lesquels je me suis défendu point par point. On ne doute pas du tout de tes capacités, ni de la qualité de ton travail, m'ont-elle assuré, mais l'évènementiel n'est sans doute pas fait pour toi. Il y a eu comme une erreur de casting. On te verrait plutôt en Relations Publiques, un truc plus cool, moins speed. J'étais sur le cul! Complètement estomaqué, je me suis fait gentiment conduire à la porte. Heureusement, j'ai pas trop mal réagi. Je n'ai pas baissé les bras. Par contre, j'ai décidé que les stages, c'était terminé. Un mois après, j'ai trouvé un CDD de chargé de communication, finalement je n'avais pas trop perdu au change».

C'est vrai que le monde de l'entreprise peut parfois être un univers (im)pitoyable. La seule façon de tirer son épingle du jeu est de savoir ce qu'on veut et où on va. Sans être un requin avec des dents à rayer le parquet, il faut constamment garder à l'esprit son intérêt comme prioritaire à celui de l'entreprise.

(AG)


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