Du Taj Mahal à Londres, qu'est-ce qui fait courir les étudiants?
Certains passent leur vacances à faire la crêpe à Pallavas del Mar pour se remettre de la casquette de la veille chèrement acquise au méga dancing de la plage.
Fuyant la banalité et la surpopulation endémique de ces lieux communs du tourisme de masse, d'autres, en quête d'exotisme, de découverte ou de dépassement de soi, chaussent leurs Rangers et harnachent leur sac à dos pour aller courir le vaste monde.
Voyage, voyage… Plus loin que la nuit et le jour … nous modulait la chanteuse qui pétait dans son col roulé en guise de mise en plis. Jérémie, étudiant en Journalisme à l' IHECS, s'est contenté du fleuve indien, et du pays qui va avec. Taj Mahal , défilés avec éléphants et maharadjah enturbanné en prime, le Gange à Bénarès et les lépreux de Calcutta, il a fait les grands musts du sous-continent.
"J'avais depuis très longtemps une fascination pour ce pays. La culture indienne, la religion hindouiste, j'avais envie de découvrir cette mentalité qui me semblait complètement différente de la nôtre. De mon point de vue d'européen, c'était aussi un pays de malheur et de misère et je dois avouer que j'avais une espèce de fascination morbide à satisfaire. Je voulais m'y frotter, quitter mon petit confort, voir comment je pouvais me débrouiller pendant un mois dans un pays en voie de développement."
Un gros dollar imprimé sur le front
"On est arrivé en pleine nuit à New Delhi. Il y avait des corps partout, couchés dans les rues, à même le sol, sur des carrioles, sur les marches des immeubles. Des milliers de gens qui dormaient comme ça dehors. Et au milieu de tous ces gens, des vaches. Des vaches bien évidement sacrées."
Les hôtels ne sont pas chers en Inde (1 € la nuit) mais mieux vaut ne pas mégoter sur le confort… "Le grand choc a été d'affronter le monde, genre la rue Neuve période de solde puissance 10, le bruit, les odeurs et puis la foule. Quant aux voitures, tu te demandes comment elles roulent encore, elles n'ont ni rétroviseur ni clignotant. Ces rues remplies où tout le monde se crie et se klaxonne dessus. Au milieu ce chaos, une vache, impassible, se promène. Et tout le monde la laisse passer! Et le pire, c'est qu'en un mois, je n'ai pas vu un seul accident!"
Les Indiens ont un peu tendance à voir tous les touristes avec un gros dollar imprimé sur le front. Ce harcèlement permanent peut se révéler très pénible à la longue. "On attendait le train à Varanasi (Bénarès) quand un enfant estropié s'est approché de moi marchant sur ses mains me fixant avec tout le malheur du monde dans les yeux. Insoutenable. Je lui donne 100 roupies, l'équivalent de deux nuits d'hôtel. Il continue à me regarder. Je lui donne 200 roupies. Il empoche l'argent mais me regarde toujours avec cette même tristesse déchirante, quand un homme ayant vu le manège s'approche et chasse le garçon en brandissant sa chaussure. Le gamin galope sur ses mains et va retrouver ses copains d'infortunes. Tous éclatent d'un grand fou rire d'avoir une nouvelle fois plumé un touriste si facilement."
L'étape préférée de Jérémie reste Pushkar , une ville construite autour d'un lac sacré et parsemée de plus de 400 temples. "On y a trouvé un petit hôtel vraiment chouette, merci le Routard, où on a rencontré une anglaise et un sud-africain dont le métier est de parcourir l'Inde à la recherche d'objet d'art à importer en Europe." C'est vrai qu'on peut aussi gagner sa vie comme chauffeur de tram à Charleroi...
N'oubliez pas le guide
Celui qui a déjà fait un voyage 'sac à dos' sait que l'on rencontre souvent d'autres jeunes touristes européens sur la route, dans les hôtels ou les restos, tout au long du périple. "Le problème c'est que les guides style Routard et Lonely Planet sont tellement diffusées que ça se rapproche du voyage organisé: tu rencontres les même têtes tout au long de périple vu que tout le monde lit le même guide."
Un autre moment fort du voyage de notre étudiant globe-trotter: Bénarès, LA ville sacrée entre toutes sur le Gange. Un bon indice du statut de la ville, c'est qu'il y a presque plus de vaches que d'êtres humains… "C'est vrai, le Gange est dégueulasse mais il offre quand même une vue grandiose: les temples qui bordent le fleuve et ces centaines de gens qui font leurs ablutions rituelles dans cette eau brune boueuse… Comme c'est la tradition de disperser les cendres dans le fleuve, c'est aussi là que tout bon indien veut se faire incinérer. On rencontre donc beaucoup de personnes âgées, mais aussi des prêtres, des mystiques, gourous et tous les clichés occidentaux concernant l'hindouisme."
Impossible de faire un trip en Inde sans faire un petit pèlerinage sur les pas de Mère Teresa. "On est donc parti pour Calcutta… et j'ai détesté. C'est une ville très occidentale dans son architecture, très coloniale, mais sale. Très très sale. Plein de jeunes américains, allemands, anglais, étaient là pour faire du bénévolat. Comme si Calcutta était la capitale mondiale de la misère."
London calling
Préférant améliorer son anglais plutôt que son karma, Valérie, jeune diplômée d'HEC, a sauté dans l'Eurostar suivant l'appel qui draine chaque année des milliers de jeunes continentaux aimantés par cette so cool Britannia .
"Après avoir bossé trois mois en sortant de mes études, il fallait que je trouve autre chose… Je voulais améliorer mon anglais et découvrir le monde… Donc plutôt que de végéter à Liège où il ne se passe plus grand-chose, la plupart de mes amis étant partis à l'étranger, et n'ayant pas de petit copain pour me retenir, j'ai choisi de partir à la découverte de Londres. J'avais quelques appréhensions, mais finalement, qu'avais-je à perdre?"
Valérie est du genre de ceux qui ne préparent pas trop leurs voyages. Après quelques recherches sur Internet, elle opte pour Sud-Ouest de Londres. Pas précisément l'endroit le meilleur marché de la ville. "Londres est culturellement en avance, tout est fashion et tout le monde se fout de la façon dont tu es habillé ou de ton genre. Je me suis même retrouvée a une soirée punk (pas du tout mon genre à priori). Le résultat s'est avéré plutôt marrant. C'était tout public, du petit golden boy au vieux un peu ringard en passant par le grunge complètement trash ." Londres est peut-être une ville cosmopolite, mais personne ne se mélange: les Italiens restent avec les Italiens, les Français avec les Français, les Australiens avec les Australiens.
"J'ai atterri, crevée, dans une auberge bien pourrie, genre avec des Australiens qui boivent de la Foster devant les Simpsons et qui passent leur journée dans l'auberge. J'ai pris la chambre la moins chère. 15£/25€ par nuit pour une chambre de 8 lits. Avec les Aussies , je te raconte pas la nuit. Dit comme ça, ça fait vraiment pauvre fille… Mais bien vite lassée des Simpsons , il me fallait trouver une chambre et un job pour la payer."
Staff required
Notre étudiante a donc décidé de prendre le taureau par les cornes. Elle s'est rendue dans un Job Center qui propose différentes annonces de boulot et met à leur disposition un téléphone. "J'ai commencé à arpenter les rues en déposant mes CV dans tous les endroits avec une affiche 'Staff required '. Dans la restauration et les magasins, ils recherchent toujours du monde. La concurrence est rude mais visiblement il n'exige pas que tu sois bilingue… Le lendemain, je recevais un appel pour faire un essai et le jour d'après je commençais le boulot. C'est pas le job de mes rêves mais pour le moment ça me permet de vivre. C'est un petit restaurant italien plutôt pas mal réputé à mon avis et le week-end c'est hyper bondé." Prochaine étape donc: trouver un 'vrai' travail.
"Trouver un logement à Londres qui ne te pompe pas l'intégralité de ton salaire (pourtant confortable), c'est une autre paire de manche que de trouver un job… Il y a des sites Internet ( www.gumtree.com , www.moveflat.com pour ceux qui seraient intéressés), ou le journal Loot ."
"Vu mon budget, soit je partage une mini chambre et un lit superposé avec un inconnu. Bof… Soit j'opte pour un quartier moins cher. J'ai évidemment choisi de trouver un boulot dans une des régions les plus chères de Londres… Soit j'augmente un peu le budget. Ce qui veut dire que mon loyer sera équivalent à la moitié de mon salaire… Mais comme j'ai envie de me trouver un chez moi où je me sente bien pour enfin socialiser un peu, il va falloir que je m'y résolve. Donc retour à la case 'trouver un vrai travail'."
"En attendant, j'ai atterri chez une copine, Fay , qui s'est retrouvé à Londres par hasard quand on lui a proposé, après son stage, de remplacer quelqu'un pendant 6 mois à ici. Fay vit dans une chouette maison qu'elle partage avec un Allemand et une Hollandaise. C'est ce que je recherche mais son budget logement est plus élevé que le mien. Il y a une bonne ambiance, c'est comme ça que je vois un peu la vie en communauté: quand je rentre le soir, je suis pas toute seule, on se fait sa popote puis on fait des petites soirées autour d'un verre de vin ou d'un Pictionary et puis le reste du temps tu vis ta vie.
Je ne suis pas dans un contexte où je peux facilement rencontrer des gens. En Erasmus par exemple, c'est hyper facile: tu arrives dans un pays toute seule mais finalement tu te retrouves avec des gens qui vivent la même expérience que toi avec qui, j'ai envie de dire, tu es 'obligée' de devenir amie. Et puis, vous avez en commun le fait d'être perdu tout seul dans un autre pays. Ici, je me vois mal me planter sur Leicester Square et crier que je veux me faire des amis!"
(AG)